La Banque africaine d’import-export (Afreximbank) a organisé, le 5 mai à Abidjan, une tournée stratégique consacrée à ses solutions de paiement innovantes, l’Afreximbank Trade Payment Services (AfPAY) et le Cross-Border Interbank Payments and Settlements (CIPS). Cette initiative s’inscrit dans une dynamique de modernisation des systèmes de paiement en Afrique de l’Ouest, avec pour objectif de fluidifier les transactions transfrontalières et de renforcer l’intégration financière régionale.
Au cœur de cette démarche, AfPAY et le CIPS apparaissent comme des outils technologiques capables de répondre aux principaux obstacles qui freinent encore les paiements internationaux en Afrique : lourdeurs opérationnelles, coûts élevés et faible transparence. En intégrant le renminbi (RMB) dans ses mécanismes de règlement, Afreximbank entend offrir une alternative crédible aux circuits traditionnels, en facilitant des transactions plus rapides, plus sûres et plus efficientes.
Dans ce contexte, Emilie Nono Ketcheuzeu, responsable des relations clients pour l’Afrique de l’Ouest francophone à Afreximbank, a mis en avant la portée stratégique de cette initiative :
« Aux banques de diversifier leur capacité de règlement, à notre continent de renforcer sa position dans les chaînes de valeur mondiales. Aujourd’hui, nous ne lançons pas simplement une solution de paiement, mais nous posons les bases d’un écosystème financier plus inclusif, plus efficace et plus souverain. »
L’adossement au système CIPS, infrastructure de référence pour les paiements transfrontaliers en monnaie chinoise, ouvre aux institutions financières de la région une passerelle directe vers les flux commerciaux avec la Chine. En limitant le recours aux conversions multiples de devises, cette solution pourrait améliorer la compétitivité des entreprises africaines tout en optimisant les opérations de trésorerie des banques partenaires. Dans l’espace de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), où les échanges intra-régionaux demeurent encore en deçà de leur potentiel, une telle innovation est susceptible de jouer un rôle structurant.
S’exprimant au nom de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers de Côte d’Ivoire (APBEF-CI), son vice-président, Habib Blédou, a souligné les limites persistantes des échanges entre l’Afrique et la Chine :
« Chaque année, entre 250 et 300 milliards de dollars s’échangent entre l’Afrique et la Chine. En Côte d’Ivoire, cette relation s’est traduite en 2024 par plus de 3 milliards de dollars d’importations. Ces chiffres traduisent une réalité : notre économie est déjà profondément ancrée dans une relation avec un pays d’un milliard et demi d’habitants. Mais une question s’impose : dans quelles conditions ces échanges s’opèrent-ils pour nous ? Aujourd’hui encore, une part significative de ces flux repose sur des circuits indirects, ce qui génère des coûts — au moins 5 à 10 % de la valeur des transactions — et allonge les délais pour nos entreprises. Nous échangeons beaucoup, mais nous ne maîtrisons pas encore pleinement les règles du jeu. »
À travers cette offensive financière, Afreximbank affirme sa volonté de repositionner les banques africaines au cœur des échanges internationaux, en leur donnant les moyens de mieux capter la valeur générée par le commerce extérieur. L’ambition affichée dépasse ainsi la simple innovation technique : il s’agit aussi de renforcer la souveraineté monétaire et financière du continent dans un environnement commercial de plus en plus concurrentiel.
Avec un total d’actifs et de garanties estimé à 48,5 milliards de dollars à fin 2025 et un réseau de plus de 400 banques partenaires dans 52 pays, Afreximbank poursuit son expansion. L’institution ambitionne d’atteindre 500 banques partenaires d’ici à la fin de l’année, consolidant ainsi davantage sa présence sur les marchés internationaux.

