« Notre participation au Forum de Dakar témoigne de l’engagement des Émirats arabes unis à travailler avec leurs partenaires africains … »
Dans le sillage de la 10e édition du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité (20-21 avril 2026), Financial Afrik s’est entretenu avec Shakhboot bin Nahyan Al Nahyan, ministre d’État au Ministère des Affaires étrangères des Émirats arabes unis. L’occasion de faire le point sur les enjeux et les perspectives des rapports entre l’émirat et l’Afrique.
Le récent Forum international sur la paix et la sécurité en Afrique a réuni des dirigeants afin d’aborder les défis sécuritaires en constante évolution sur le continent. Quels ont été les principaux résultats des discussions de cette année, et comment les Émirats arabes unis entendent-ils soutenir leur mise en œuvre?
Lors des échanges avec les dirigeants africains à l’occasion du Forum de Dakar cette année, y compris avec le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko, l’accent a été mis conjointement sur l’amélioration de la gouvernance, le renforcement de la coopération régionale, ainsi que l’investissement dans les systèmes d’alerte précoce, la médiation, l’emploi des jeunes et la résilience, afin de répondre aux causes profondes de l’instabilité, notamment les pressions climatiques et la fragilité institutionnelle. Cette conférence s’est tenue dans un contexte d’insécurité mondiale accrue, marqué notamment par le conflit en cours impliquant l’Iran, où les attaques terroristes non provoquées contre les Émirats arabes unis et les pays voisins, ainsi que les perturbations du commerce maritime, ont démontré à quelle vitesse l’instabilité peut dépasser les frontières nationales.
À bien des égards, cela reflète les dynamiques que nous observons au Sahel, où l’insécurité peut rapidement se transformer en défis régionaux et économiques plus larges, soulignant ainsi la nécessité de réponses coordonnées et préventives. Au Sahel, nous soutenons la mise en œuvre de ces priorités de deux manières. Premièrement, par la coopération sécuritaire, notamment à travers le renforcement des capacités dans le domaine de la défense. Deuxièmement, en investissant dans les fondements économiques et sociaux qui favorisent la paix, car une stabilité durable ne peut être garantie par les seuls moyens militaires. Notre participation au Forum de Dakar témoigne de l’engagement des Émirats arabes unis à travailler avec leurs partenaires africains, à la fois sur les besoins sécuritaires immédiats et sur les conditions de long terme nécessaires à la stabilité.
Les tensions régionales récentes ont mis en évidence la vulnérabilité des routes commerciales mondiales. Comment les Émirats arabes unis œuvrent-ils au renforcement de la résilience des chaînes d’approvisionnement mondiales, en particulier pour leurs pays partenaires en Afrique?
Les attaques iraniennes ont rappelé une réalité fondamentale : le détroit d’Ormuz n’est pas seulement un enjeu régional ou propre au Golfe ; c’est une artère vitale pour l’économie mondiale. Environ un cinquième des approvisionnements énergétiques mondiaux y transitent chaque jour, ainsi qu’une part importante des flux mondiaux de gaz, du commerce pétrochimique et des engrais essentiels à la production alimentaire mondiale. Toute perturbation ne se limiterait pas à la région. Elle affecterait directement les marchés mondiaux de l’énergie, la sécurité alimentaire et les chaînes d’approvisionnement, avec de graves conséquences pour des centaines de millions de personnes, y compris en Afrique.
C’est pourquoi les menaces de l’Iran de fermer ou de perturber le détroit sont si dangereuses et doivent être dénoncées sans ambiguïté. Il ne s’agit pas d’une tactique de négociation, mais d’une tentative d’instrumentaliser une voie maritime internationale vitale pour exercer une pression sur le reste du monde. Une telle démarche s’apparente à de la piraterie et à du terrorisme économique, et reviendrait à prendre l’économie mondiale en otage.
Aucun pays ne devrait pouvoir menacer la circulation de l’énergie, des denrées alimentaires, des engrais et des biens essentiels dont dépendent tant de pays. Pour les économies africaines en particulier, toute perturbation du détroit d’Ormuz se traduirait par une hausse des coûts de l’énergie, une pression accrue sur la sécurité alimentaire et des tensions supplémentaires sur les chaînes d’approvisionnement. Le comportement de l’Iran ne menace donc pas seulement le Golfe ; il menace également les pays partenaires en Afrique, en Europe, en Asie et au-delà.
En réponse, les Émirats arabes unis entretiennent un dialogue étroit et continu avec leurs partenaires africains afin de contribuer à atténuer ces risques. Plus largement, les Émirats arabes unis œuvrent au renforcement de la résilience des chaînes d’approvisionnement à travers leurs ports, leurs réseaux logistiques, leurs partenariats énergétiques, leurs investissements dans la sécurité alimentaire et leur coopération de long terme en matière d’infrastructures à travers l’Afrique.
Notre message est clair : la liberté de navigation doit être protégée et les voies navigables internationales doivent rester ouvertes. L’Iran ne doit pas être autorisé à prendre l’économie mondiale en otage. Protéger les systèmes vitaux dont dépend le commerce mondial est essentiel non seulement pour le Golfe, mais aussi pour l’Afrique et pour l’ensemble de la communauté internationale.
Le Sénégal est devenu un partenaire clé des Émirats arabes unis en Afrique de l’Ouest. Comment évaluez-vous la trajectoire actuelle des relations entre les Émirats arabes unis et le Sénégal, et quels sont les domaines prioritaires pour la coopération future?
Le Sénégal est devenu l’un des partenaires les plus importants des Émirats arabes unis en Afrique de l’Ouest. Ce qui distingue aujourd’hui cette relation, c’est son ampleur : elle couvre le commerce, les infrastructures et la coopération sécuritaire, et positionne les deux pays comme des partenaires stratégiques de long terme. Dans le contexte mondial actuel, l’importance de partenariats solides et fiables comme le nôtre est devenue encore plus évidente. Le développement du port en eau profonde de Ndayane par DP World, un investissement de 1,1 milliard de dollars, reflète une forte confiance dans le rôle du Sénégal en tant que pôle commercial régional. Cette dynamique est renforcée par des flux d’investissement soutenus : les investisseurs basés à Dubaï ayant engagé plus de 840 millions de dollars américains au Sénégal au cours des treize dernières années.
Les transports et la logistique resteront également au cœur de la relation, alors que le Sénégal renforce sa position de porte d’entrée vers l’Afrique de l’Ouest. L’énergie demeure un domaine d’intérêt particulier, notamment les énergies renouvelables, secteur dans lequel les Émirats arabes unis ont déjà soutenu des projets d’énergie solaire et de stockage par batteries.
Plus largement, les Émirats arabes unis considèrent le Sénégal comme un partenaire stable et tourné vers l’avenir, et demeurent déterminés à renforcer la coopération d’une manière qui soutienne la croissance à long terme et la prospérité de nos deux pays.
Plus largement, à travers l’Afrique, quels secteurs — tels que les énergies renouvelables, les infrastructures ou l’innovation numérique — offrent les plus grandes opportunités d’élargissement des partenariats avec les Émirats arabes unis ?
Les Émirats arabes unis sont convaincus de l’importance de bâtir des partenariats résilients, stratégiques et alignés sur les priorités nationales de long terme. Dans ce contexte, leur engagement et leurs partenariats à travers l’Afrique revêtent une importance d’autant plus essentielle. Les plus grandes opportunités d’élargissement des partenariats avec les Émirats arabes unis se situent dans les secteurs qui associent croissance économique et résilience à long terme, en particulier les énergies renouvelables, les infrastructures et l’innovation numérique. À ce titre, les Émirats arabes unis ont déjà investi plus de 110 milliards de dollars sur le continent ces dernières années.
Les Émirats arabes unis ont mobilisé plus de 70 milliards de dollars pour des projets d’énergies renouvelables et de transition verte à travers le continent, notamment à travers des initiatives telles que le programme de Masdar, doté de 10 milliards de dollars, et la plateforme Etihad 7, qui vise à élargir l’accès à l’électricité à jusqu’à 100 millions de personnes d’ici 2035.
Nous voyons également un potentiel considérable dans les secteurs des infrastructures et de la logistique. À travers DP World, AD Ports Group et les financements du Fonds d’Abou Dhabi pour le développement, les Émirats arabes unis investissent dans les ports, les corridors de transport et les infrastructures énergétiques.
L’Afrique s’est révélée être un continent particulièrement réceptif à l’innovation numérique, notamment à l’intelligence artificielle (IA). Afin de soutenir cette dynamique, les Émirats arabes unis ont lancé une initiative de 1 milliard de dollars pour l’IA en Afrique, destinée à accélérer le développement des écosystèmes d’intelligence artificielle sur le continent, en soutenant les infrastructures, les talents et l’innovation. Cette initiative est complétée par des partenariats tels que l’accord de 1 milliard de dollars américains avec le Ghana visant à développer l’un des plus grands pôles d’innovation et d’intelligence artificielle d’Afrique.
En renforçant les infrastructures, en diversifiant les sources d’énergie et en améliorant les capacités numériques, les Émirats arabes unis travaillent aux côtés des pays africains pour bâtir des économies résilientes, capables de résister aux chocs extérieurs et de maintenir une croissance durable.

