Sage mise sur une digitalisation sur mesure pour accélérer la transformation des entreprises africaines
Dans un entretien accordé à Financial Afrik, Abdellah Marrakchi, Directeur Afrique francophone & Outremer de Sage, revient sur les dynamiques à l’œuvre dans la transformation numérique des entreprises africaines, entre accélération réglementaire, adoption progressive des technologies et contraintes structurelles.
Présent dans plus de 120 pays et actif depuis plus de 30 ans sur le continent, le groupe déploie ses solutions dans une trentaine de marchés africains, couvrant les fonctions clés de gestion : comptabilité, paie, ERP, Cloud et intelligence artificielle. Une offre que l’éditeur positionne comme adaptable aux spécificités locales, dans un environnement encore marqué par l’hétérogénéité des niveaux de maturité numérique.
L’un des marqueurs récents de cette transformation reste la montée en puissance de la facturation électronique. Déjà largement déployée en Amérique latine notamment au Brésil, au Mexique ou au Chili cette réforme s’étend progressivement en Afrique. Plusieurs pays, dont la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Maroc ou encore la Tunisie, ont engagé des dispositifs similaires, avec pour objectif de renforcer la transparence fiscale, de réduire la fraude à la TVA et d’élargir l’assiette contributive dans des économies où le secteur informel demeure prépondérant.
Sur le volet technologique, l’intelligence artificielle s’impose comme un levier complémentaire plutôt que substitutif. Chez Sage, elle est intégrée sous forme d’assistant à travers des solutions comme « Copilot » destiné à automatiser certaines tâches administratives, fiabiliser la donnée et faciliter la prise de décision. Une approche qui maintient l’humain au centre des processus, tout en réduisant les frictions opérationnelles.
Malgré cette dynamique, plusieurs freins persistent, en particulier pour les PME. Le coût d’acquisition des solutions reste un obstacle majeur. Pour y répondre, l’éditeur met en avant un basculement vers des modèles d’abonnement, sans licence initiale, permettant une adoption plus progressive et moins capitalistique des outils numériques.
Cette logique graduelle se retrouve également dans la manière dont les entreprises abordent leur transformation. Selon Abdellah Marrakchi, les PME privilégient souvent une entrée par briques fonctionnelles comptabilité, facturation ou gestion de la relation client avant d’élargir vers des systèmes plus intégrés, incluant la gestion de trésorerie, les immobilisations ou encore des outils de pilotage avancé basés sur la donnée.
Enfin, les politiques publiques jouent un rôle structurant dans cette mutation. Plusieurs pays africains ont engagé des stratégies nationales du numérique visant à renforcer la contribution du digital à l’économie. Au Sénégal, par exemple, le secteur représenterait déjà près de 10 % du PIB.
À l’échelle du continent, le marché IT est estimé à environ 6 milliards de dollars et pourrait doubler dans les cinq prochaines années, confirmant la place croissante du numérique dans les trajectoires de croissance.
Dans ce contexte, la transformation digitale des entreprises africaines s’inscrit dans une dynamique à la fois progressive et structurante, portée par les réformes, l’innovation technologique et l’évolution des modèles économiques.

