Dans un entretien avec Financial Afrik, en date du 5 mars 2026, le professeur des universités, expert international Abderrahmane MEBTOUL revient sur les impacts des tensions au Moyen Orient en partant des hypothèses conservatrices.
Quel état des lieux faites-vous de la situation énergétique du Moyen Orient et de l’Afrique ?
Le paysage énergétique du Moyen-Orient et de l’Afrique reste dominé par des réserves d’hydrocarbures considérables, qui confèrent à ces deux régions une importance stratégique majeure dans l’équilibre énergétique mondial. Selon le magazine Oil & Gas Journal, les pays du Moyen-Orient concentrent certaines des plus importantes réserves pétrolières de la planète. L’Arabie saoudite arrive en tête avec 267,19 milliards de barils, suivie de l’Iran (200 milliards), de l’Irak (145,01 milliards), des Émirats arabes unis (113 milliards), du Koweït (101,5 milliards) et du Qatar (25,24 milliards). Des réserves plus modestes sont également recensées à Oman (4,9 milliards de barils), en Égypte (3,3 milliards) et au Yémen (3 milliards).
En Afrique et au Maghreb, les ressources pétrolières restent également significatives. La Libye dispose d’environ 48,36 milliards de barils de réserves, suivie du Nigeria (37 milliards), de l’Algérie (12,2 milliards), de l’Angola (7,78 milliards), du Soudan (5 milliards) et du Sénégal avec environ 2,5 milliards de barils. S’agissant du gaz naturel, le Moyen-Orient occupe également une place centrale. Les données actualisées indiquent que l’Iran détient les plus importantes réserves avec près de 32 100 milliards de mètres cubes, devant le Qatar (24 700 milliards), l’Arabie saoudite (6 000 milliards), les Émirats arabes unis (5 900 milliards), l’Irak (3 500 milliards), l’Égypte (2 200 milliards) et Oman (700 milliards de mètres cubes).
En Afrique, les principales réserves gazières se concentrent au Nigeria (5 500 milliards de mètres cubes), au Mozambique (4 500 milliards), en Algérie (2 450 milliards) et en Libye (1 500 milliards). À ces volumes s’ajoute le projet gazier transfrontalier Grand Tortue Ahmeyim, développé conjointement par le Sénégal et la Mauritanie, dont les ressources sont estimées à environ 530 milliards de mètres cubes.
Par ailleurs, certaines zones du bassin levantin suscitent un intérêt croissant. Selon la Fondation pour la recherche scientifique, des réserves extractibles d’environ 35 milliards de mètres cubes de gaz se trouveraient au large de Gaza. Plus largement, l’ensemble du bassin levantin recèlerait près de 2 000 milliards de mètres cubes de gaz naturel, auxquels pourrait s’ajouter un volume comparable encore enfoui sous le plateau continental. Cette richesse énergétique contribue en partie aux tensions géopolitiques autour du contrôle de ces ressources.
Enfin, les tensions actuelles au Moyen-Orient rappellent l’importance stratégique du détroit d’Ormuz, en grande partie contrôlé par l’Iran. Ce passage maritime constitue l’un des principaux verrous énergétiques de la planète : environ 20 à 21 millions de barils de pétrole brut, de condensats et de produits pétroliers y transitent chaque jour, soit plus de 20 % de la consommation mondiale d’hydrocarbures et près d’un tiers du pétrole transporté par voie maritime. Ces flux confèrent à cette zone une dimension géopolitique majeure dans la sécurité énergétique mondiale.
Le conflit USA, Israël, Iran dure depuis bientôt une semaine, quels sont les déterminants du cours des hydrocarbures ?
Le cours du pétrole obéit à une dizaine de déterminants majeurs, mêlant facteurs géopolitiques, économiques et énergétiques. Le premier facteur est géostratégique. Les tensions au Moyen-Orient, notamment autour du conflit impliquant l’Iran, les États-Unis et Israël, ainsi que les perturbations en mer Rouge, pèsent sur les marchés. Le détroit d’Ormuz, par où transitent près de 20 à 25 % des hydrocarbures mondiaux, reste un point névralgique. Toutefois, cet effet demeure conjoncturel : le baril pourrait ponctuellement dépasser les 100 dollars si les tensions s’aggravent, mais sur l’ensemble de l’année 2026, une moyenne autour de 65 à 70 dollars paraît plus probable.
Le deuxième facteur est la croissance de l’économie mondiale. La demande d’énergie dépend directement de l’activité des grandes économies. Pour 2026, la croissance mondiale devrait rester modérée, entre 2,6 % et 3,3 %, soutenue par les investissements technologiques et l’essor de l’intelligence artificielle, malgré un ralentissement attendu aux États-Unis et en Chine.
Troisième facteur : l’action de l’OPEP+, qui ajuste l’offre mondiale par ses décisions de production. Quatrième facteur : le rôle des États-Unis, devenus l’un des principaux producteurs mondiaux grâce au pétrole et au gaz de schiste.
Cinquième facteur : la Russie. Une normalisation progressive de ses exportations en cas d’apaisement du conflit avec l’Ukraine pourrait contribuer à détendre les prix.
Sixième facteur : l’arrivée de nouveaux producteurs, notamment en Afrique, dont les réserves pétrolières et gazières devraient prendre une place croissante dans l’offre mondiale à l’horizon 2030.
Septième facteur : les nouvelles perspectives énergétiques dans l’Arctique, où se concentreraient environ 13 % des réserves mondiales de pétrole et 30 % de celles de gaz.
Huitième facteur : la sécurité des routes maritimes énergétiques, notamment le détroit d’Ormuz et la mer Rouge, qui concentrent une part essentielle du commerce mondial et dont les tensions renchérissent les coûts du transport.
Neuvième facteur : les niveaux de stocks stratégiques, notamment aux États-Unis et en Chine, ainsi que les fluctuations monétaires, en particulier l’euro et le dollar, avec en toile de fond la volonté de certains pays des BRICS de diversifier les monnaies de règlement des transactions énergétiques.
Enfin, le dixième facteur, décisif à long terme, est la transition énergétique. Le développement des renouvelables, de l’hydrogène et des politiques d’efficacité énergétique transformera progressivement le modèle énergétique mondial et influencera durablement les prix des hydrocarbures.
Quelles sont les conséquences sur les économies africaines en général ?
Signalons d’abord que les États-Unis maintiennent une présence militaire en Afrique principalement concentrée autour de la Corne de l’Afrique et du Sahel pour des missions de contre-terrorisme et de renseignement. Le pivot central est Camp Lemonnier à Djibouti, leur seule base permanente sur le continent. La plupart des installations situées en dehors de Djibouti sont considérées comme des « sites de sécurité coopératifs ».
Dans ce contexte, l’Afrique risque d’être impliquée indirectement dans des conflits par procuration, avec des répercussions possibles sur la sécurité et sur les investissements étrangers.
Le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran provoque par ailleurs une forte volatilité sur les marchés énergétiques, avec une hausse du baril de Brent qui menace d’alimenter l’inflation mondiale et de peser sur les économies africaines importatrices, à travers l’augmentation des prix des carburants et des factures d’importation.
Il n’existe pas une Afrique mais des Afriques. Toutefois, de manière générale, les impacts pourraient être plus douloureux pour une majorité de pays du continent, notamment au Sahel. Plusieurs effets sont à anticiper :
Une hausse des coûts de transport et d’électricité : le renchérissement du pétrole se répercute directement sur les coûts du transport et sur la production d’électricité thermique.
Une inflation importée : la hausse des prix du carburant entraîne une pression inflationniste généralisée sur les économies africaines.
Une pression accrue sur les devises : les pays africains importateurs nets d’hydrocarbures, en particulier en Afrique de l’Ouest et de l’Est, voient leurs factures d’importation s’alourdir, ce qui creuse les déficits commerciaux et pèse sur les réserves de change.
Quel rôle les producteurs africains du pétrole et du Gaz pourront-ils jouer pour stabiliser le marché mondial ?
Les principaux pays pétroliers et gaziers en Afrique sont concentrés en Afrique du Nord et dans le Golfe de Guinée, avec le Nigeria, la Libye, l’Algérie, l’Angola, l’Egypte, le Congo, le Gabon, le Ghana, le Tchad, la Guinée Equatoriale , le Sénégal-Mauritanie ( site de projet Grand Tortue Ahmeyim -GTA- ) le Cameroun et des petites réserves au Niger. Ces pays détiennent la majorité des réserves, la Libye (39%) et le Nigeria (30%) dominant le pétrole brut. Les principaux pays gaziers en Afrique, détenant la majorité des réserves et de la production, sont l’Algérie, le Nigéria, l’Égypte et la Libye, qui concentrent près de 78 % des réserves africaines. Le Mozambique, le Sénégal, la Mauritanie et la Tanzanie émergent comme de nouveaux acteurs clés avec d’importantes découvertes . Dans le contexte de ces tensions au Moyen-Orient, les producteurs africains de pétrole et de gaz (Nigeria, Angola, Algérie, Sénégal, Mozambique), peuvent stabiliser le marché mondial en augmentant leurs exportations vers l’Europe et l’Asie. Ils offrent une alternative sûre, loin du détroit d’Ormuz, permettant de compenser une partie des ruptures d’approvisionnement.
Quel est le coût économique à supporter par les USA, Israël et Iran ?.
POUR LES USA : Coût élevé d’intervention militaire et risque de ralentissement économique interne lié à l’inflationLe Bureau du budget du Congrès (CBO) a estimé que sur le coût à long terme de la guerre, a été estimé à 2 400 milliards de dollars, environ 1 900 milliards dépensés en Irak, soit 6 300 dollars par citoyen américain. Pour le cas actuel le montant est beaucoup plus important et ce n’est que le début. À peine engagée, l’offensive américaine contre l’Iran affiche déjà une facture vertigineuse. Selon Forbes, entre le déploiement des forces, les pertes d’avions et les frappes, la facture pour les contribuables américains franchit déjà le cap des 1 milliard de dollars et pourrait frôler les 100 milliards en dépenses militaires s’il se prolonge. rappelant que la guerre en Ukraine a coûté « au bas mot » 150 milliards de dollars aux États-Unis, en aide militaire et économique Le président américain semblait fonder une grande partie de sa stratégie en vue des élections de mi-mandat, en novembre, sur sa capacité à faire baisser le coût de la vie, à l’aide du seul levier sur lequel il a une maîtrise indirecte : le prix du pétrole. Or, il a choisi un chemin qui pourrait conduire à une augmentation spectaculaire des cours du brut au risque de relancer l’inflation, qui avait plombé son prédécesseur, Joe Biden, lui permettant en grande partie de revenir au pouvoir en 2024
POUR ISRAEL : Impact majeur sur l’activité économique, avec des fermetures d’entreprises et la faillite d’infrastructures clés comme le port d’Eilat Selon le ministère des Finances, le coût de la guerre avec l’Iran pour l’économie israélienne devrait atteindre 9,4 milliards de shekels par semaine, (0,33 dollar US )si toutes les restrictions mises en place à l’échelle nationale sont maintenues , l’économie étant totalement paralysée .En plus Le gouvernement israélien estime que ses guerres contre le Hamas et le Hezbollah pourraient finir par coûter plus de 60 milliards de dollars affectant gravement l’économie israélienne.
POUR L’ IRAN : l’Iran avec une population de plus de 90 millions d’habitants, un vaste territoire quatre fois la France , connaît un contraste, des richesses qui ne correspondent pas à son réel PIB avec des disparités sociales une population relativement pauvre, où les ou les gardiens de la révolution, avec un effectif de plus de 150.000 nerf du pouvoir contrôlent plus de 50% des richesses. Ce conflit, en plus des sanctions qui affectent tout le pays, connaît actuellement des destructions d’infrastructuresoù les frappes ciblent les sites militaires, économiques et énergétiques, limitant drastiquement les exportations de pétrole. La paralysie du commerceet un forttaux d’inflation, plus de 50% accentuent les tensions sociales , amplifiées par une dévaluation drastique de la monnaie et si le conflit venait à durer à l’ épuisement de ses réserves de change déjà faible estimées à 39 milliards de dollars en juin 2025 affectant toute l’économie dépendante pour ses ressources en devises pour plus de 80% des hydrocarbures ; D’où la stratégie à vouloir généraliser le confit avec des frappes sur les monarchies du Golfe, la fermeture du détroit d’Ormuz menaçant l’économie mondiale , espérant des pressions sur les USA pour arrêter le conflit .
Quels sont les scénarios quant à l’issue du conflit Iran Israël -USA ?
Scénario escalade limitée . des frappes ciblées sans occupation au sol, permettant une stabilisation rapide des marchés après une période de haute tension. Ce scénario d’escalade limitée verrait un impact négligeable sur l’inflation et la croissance américaines. Avec ce scénario il y aurait réductions de taux directeurs par la Réserve fédérale (Fed) considérant toute hausse très modeste de l’inflation globale comme un phénomène passager.
Scénario ESCALADE LONGUE ET RISQUE DE choc pétrolier : Dans le second scénario avec la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz par l’Iran et intensification du conflit ,un quart du pétrole mondial transitant par ce passage, qui constitue également une voie maritime essentielle pour le gaz naturel liquéfié, les engrais et les métaux industriels, une guerre de plusieurs mois, entraînerait via une crise énergétique durable, une hausse constante des prix du pétrole et dans ce second scénario, le choc serait suffisamment important pour affecter négativement la croissance économique, l’inflation et le marché de l’emploi, avec le risque d’une situation stagflationniste à savoir un risque haussier pour l’inflation et baissier pour la croissance
Quelle conclusion tirez vous de ce contexte inédit ?
L’énergie est le cœur de la sécurité des Nations et le principal bénéficiaire de ces tensions est la Russie, premier réservoir mondial de gaz naturel plus de 35.000 milliards de mètres cubes gazeux, les compagnies américaines ayant l’intention d’investir massivement aussitôt le conflit avec l’Ukraine réglé, proche à la fois de l’Europe ayant une capacité à travers les canalisations opérationnelles d’environ 150 milliards de métrés cubes gazeux et de l’Asie à travers tant le GNL que des canalisations avec le Force de Sibérie opérationnel depuis 2019, qui livre du gaz à la Chine, l’oléoduc Sibérie-Pacifique (ESPO) transporte le pétrole russe vers la Chine, le Japon et la Corée du Sud et le projets Fore Sibérie 2 en voie de réalisation pour augmenter ces volumes, visant à fournir jusqu’à 50 milliards de mètres cubes gazeux supplémentaires via la Mongolie d’ici 2030.
Concernant leurs impacts sur le cours des hydrocarbures, il n’est pas dans l’intérêt du futur de l’économie mondiale, ni des Etats Unis d’Amérique, où avec le retour de l’inflation avec le risque pour le président Trump de perdre la majorité au parlement, son élection ayant été due en grande partie de sa promesse de maîtriser l’inflation, encore moins de l’Europe et de l’Inde , de la Chine fortement dépendantes de l’importation de l’énergie , ni d’ailleurs de l’Iran qui risque l’asphyxie financière si ce conflit se prolonge.
Ce conflit qui annonce une nouvelle reconfiguration des rapports de force au Moyen Orient, doit être replacé dans le cadre des tensions au Moyen Orient , devant combattre toute forme d’extrémismes où pour la sécurité même de l’Etat d’Israël s’impose un Etat palestinien fiable, l’histoire ayant montré que les religions, judaïsme, le christianisme et le monde musulman ont combattu toute forme de haine et ont cohabité ensemble pour une prospérité partagée Et pour terminer je suis convaincu que l’Afrique, qui sera ce que les Africains voudront qu’elle soit, expliquant toutes les convoitises et les interférences étrangères sera la locomotive de l’économie mondiale entre 2040/2050 sous réserve d’une bonne gouvernance et la valorisation du savoir.

