Brazzaville referme ce 29 mai une séquence appelée à faire date dans l’histoire récente du financement du développement africain. Pendant cinq jours, les 61es Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement auront offert bien davantage qu’un rendez-vous statutaire : elles auront posé les bases d’un nouveau récit financier continental, dans un moment charnière à la fois pour l’institution panafricaine et pour le Congo, engagé dans sa trajectoire de transformation à travers la vision Congo 2060 et son Plan national de développement intégré.
Au terme des travaux, le ministre congolais de l’Économie et président du Conseil des gouverneurs, Ludovic Ngatsé, a estimé que les conclusions étaient « à la hauteur des attentes », saluant une mobilisation intellectuelle et politique qui aura permis d’aligner les ambitions du continent avec les instruments nécessaires à leur concrétisation.
L’un des faits majeurs de cette édition reste l’adhésion du Conseil des gouverneurs à la vision portée par le président du Groupe, Sidi Ould Tah. Ses « quatre points cardinaux », nouvelle boussole stratégique de l’institution, ont reçu une approbation nette, consacrant une orientation fondée sur la mobilisation massive de l’épargne africaine, l’accélération des investissements structurants, la transformation productive et le renforcement de la souveraineté financière du continent.
À Brazzaville, le nouveau patron de la Banque a donné le ton d’une présidence qui entend faire de la BAD « une banque de solutions pour l’Afrique que nous voulons ». Une formule qui résonne comme un manifeste pour une institution appelée à sortir de la simple logique de financement pour devenir un catalyseur de transformation.
En convoquant le poète congolais Tchicaya U Tam’si — « Mon continent est un point d’interrogation sur la carte du monde » — Sidi Ould Tah a lancé un appel à transformer cette interrogation en affirmation. L’Afrique, a-t-il insisté, ne peut plus demeurer dans l’attente de solutions exogènes ; elle doit bâtir sa propre architecture financière, puiser dans ses ressources internes et inventer les mécanismes adaptés à ses ambitions.
C’est précisément ce que symbolise désormais l’élan de Brazzaville.
Dans un monde fragmenté, marqué par le recul de l’aide publique, la volatilité géopolitique et les tensions sur les marchés financiers, les Assemblées 2026 auront acté une conviction forte : le financement du développement africain ne peut plus reposer sur les schémas hérités.
Pour le Congo, pays hôte, cette séquence intervient à un moment hautement stratégique. L’accueil de ces assises continentales a servi de vitrine à une ambition nationale renouvelée. En articulant la réflexion panafricaine autour de la NAFAD avec les objectifs de Congo 2060, Brazzaville a voulu démontrer que la réforme de l’architecture financière africaine trouve une traduction concrète dans les trajectoires nationales de développement.
Au-delà des discours, ces Assemblées auront surtout consacré une bascule : celle d’une BAD qui, sous l’impulsion de Sidi Ould Tah, affiche la volonté de devenir l’instrument central d’une Afrique qui finance enfin son propre destin.
Brazzaville ferme ainsi ses portes avec une certitude : plus qu’un sommet, cette édition 2026 aura été le point de départ d’un mouvement. Un signal politique, financier et symbolique. Une impulsion.
L’histoire retiendra peut-être que c’est ici, sur les rives du Congo, qu’a véritablement commencé la traduction opérationnelle de la Nouvelle architecture financière africaine.


Dans son discours de clôture, le Premier ministre du Congo, Anatole Collinet Makosso, a estimé que ces assemblées de Brazzaville constituent une rupture doctrinale. Il a salué la mobilisation de 3,5 milliards de dollars en faveur du Fonds du Bassin du Congo, ainsi que la décision de l’Angola de rejoindre la reconstitution du FAD avec une contribution de 6,5 millions de dollars, portant ainsi à 25 le nombre de pays donateurs.