À l’occasion des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement tenues à Brazzaville, Michel Djombo, ministre du Développement industriel, des Zones économiques spéciales et de la Promotion du secteur privé, s’est prêté au jeu des questions-réponses de Financial Afrik. Dans cet entretien, il détaille les projets structurants destinés à attirer les investisseurs, la stratégie nationale de transformation locale des matières premières pour renforcer la valeur ajoutée sur le territoire, ainsi que les réformes engagées pour améliorer le climat des affaires et soutenir l’émergence d’un secteur privé compétitif. Entretien.
Le Congo ambitionne d’accélérer son industrialisation. Quels sont aujourd’hui les principaux projets industriels ou zones économiques spéciales que le gouvernement considère comme stratégiques pour attirer les investisseurs africains et internationaux ?
Les projets s’articulent principalement autour des zones économiques spéciales, non pas parce qu’elles constituent un élément isolé, mais parce qu’elles représentent un véritable levier au service de la politique d’industrialisation du pays. Certains investisseurs potentiels hésitent encore à s’implanter au Congo, estimant que le marché national est trop limité. Le pays fait ainsi face à un enjeu d’attractivité.
Or, le Congo dispose d’un potentiel important en tant que pays de transit, au cœur d’une sous-région dotée de facilités logistiques. Même si certaines infrastructures restent à finaliser, notamment des tronçons routiers du corridor 13 au nord du pays, la position stratégique du Congo, combinée à son port en eau profonde performant, lui permet de jouer un rôle central dans les échanges régionaux. À travers le corridor de Brazzaville, le pays peut être compétitif sur les exportations vers la RDC, la Centrafrique, l’est du Gabon et même certaines zones du Cameroun. Les zones économiques spéciales visent ainsi à dépasser les limites du marché national en offrant aux investisseurs une vision régionale. Il ne s’agit pas seulement d’investir au Congo, mais d’exploiter un potentiel sous-régional.
Au-delà de la refonte de la stratégie industrie–ZES, plusieurs projets sont déjà en cours. Le pays compte quatre zones économiques spéciales en développement : Pointe-Noire, Maloukou-Brazzaville (les plus avancées), ainsi que Ouesso-Lombo et Oyo.
Deux modèles de développement coexistent. Les zones de Pointe-Noire et de Brazzaville sont confiées à des développeurs privés chargés d’aménager les espaces industriels. L’État, de son côté, assure les infrastructures de base : électricité, eau, fibre optique et accès logistiques.
Ces développeurs agissent comme des promoteurs industriels, proposant des installations prêtes à l’emploi, usines, entrepôts, services logistiques, ainsi que des facilités fiscales et administratives via des guichets uniques regroupant les différentes administrations.
Le secteur privé africain fait encore face à des difficultés d’accès au financement et à l’énergie. Quelles réformes ou mesures concrètes le gouvernement congolais met-il en œuvre pour favoriser l’émergence de champions industriels nationaux ?
Le problème du financement concerne surtout les très petites entreprises. Beaucoup de porteurs de projets ont des idées, souvent portées par la passion, mais sans réelle structuration économique. À ce stade, les banques ne peuvent pas toujours suivre. Dans de nombreux cas, notamment dans la transformation agroalimentaire, les entrepreneurs se plaignent d’un manque d’accompagnement financier, alors que leurs projets ne disposent pas encore de business models suffisamment solides. Une TPE qui n’a pas encore fait ses preuves ne peut pas s’attendre à un financement immédiat ou à une confiance automatique des institutions. Il est donc essentiel que les porteurs de projets améliorent la qualité de leurs dossiers et la viabilité de leurs modèles économiques. Un autre enjeu majeur concerne la qualité des ressources humaines et la capacité à démontrer la crédibilité des projets.
Quelles réformes ou mesures concrètes le gouvernement congolais met-il en œuvre pour améliorer le climat des affaires ?
Le climat des affaires a longtemps été une préoccupation du secteur privé. Un livre blanc publié en 2021 par le patronat a identifié plusieurs freins structurels, auxquels le gouvernement entend apporter des réponses. Des réformes sont en cours et des textes doivent être adoptés afin d’améliorer l’environnement des affaires. L’objectif est de produire des résultats visibles dans les 18 prochains mois. Un exemple concret concerne le secteur extractif, notamment pétrolier et minier. Ces entreprises font face à des saisies financières répétées, souvent décidées en première instance, avant d’être annulées en appel. Cette situation crée une insécurité juridique et financière qui limite le rapatriement des revenus. Les entreprises concernées réduisent alors leurs transferts au strict minimum nécessaire pour leurs opérations locales.
Qu’en est-il du climat des affaires pour les petites entreprises ?
Le secteur privé a souvent dénoncé la pression excessive exercée sur les TPE et les petits commerces, notamment à travers les contrôles et la parafiscalité.
Des avancées existent pourtant, comme le régime fiscal forfaitaire libératoire pour les très petites entreprises réalisant un chiffre d’affaires inférieur à un certain seuil. Ces entreprises paient un impôt forfaitaire unique, sans contrôle fiscal approfondi.
Cependant, d’autres administrations continuent d’intervenir, ce qui limite l’efficacité du dispositif. L’enjeu serait donc d’harmoniser l’ensemble des prélèvements autour d’un mécanisme unique, avec une clé de répartition entre administrations. Cela permettrait de réduire la pression sur les petits commerces tout en assurant une meilleure formalisation de l’économie. Seules les structures de contrôle liées à l’hygiène, à la sécurité et à la conformité réglementaire devraient continuer à intervenir.

