Pour restaurer son potentiel de 65 millions d’hectares supplémentaires de forêt à un coût moyen variant entre 300 et 1.000 USD par hectare, selon les écosystèmes et les techniques utilisées, l’Afrique doit mobiliser 65 milliards USD. L’information a été révélée le 27 mai 2026 à Brazzaville par le Fonds mondial pour la nature (WWF) lors de la présentation de son nouveau rapport d’impact sur l’Initiative de restauration des paysages forestiers en Afrique (FLR) qu’il a présenté en marge des travaux des assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) qui se déroulent à Brazzaville, au Congo, du 25 au 29 mai 2026.
Le rapport de WWF insiste sur « la nécessité de passer d’un financement fragmenté, dominé par des subventions ponctuelles, à des mécanismes structurés associant capitaux publics, financements concessionnels et investissements privés ». Pour les opérateurs économiques, cette transition ouvre un nouveau champ d’opportunités. « La restauration n’est plus perçue uniquement comme une dépense environnementale, mais comme un secteur productif émergent », souligne le document de l’organisation non gouvernementale (ONG) internationale vouée à la protection de l’environnement et au développement durable. Les chaînes de valeur déjà identifiées (apiculture, agroforesterie, épices écologiques, bois certifié, restauration des mangroves ou encore services écosystémiques) offrent des perspectives de rentabilité mesurables. Le WWF indique que « plus de 30 entreprises portées par des femmes et des jeunes ont déjà vu le jour dans cinq pays, souvent avec des tickets d’investissement modestes mais à fort impact social ».
Un enjeu double pour le secteur privé africain
Les investisseurs institutionnels et les fonds d’impact trouvent également dans la restauration un levier de diversification. Les projets FLR sont de plus en plus intégrés aux Contributions déterminées au niveau national (CDN). Ce qui les rend éligibles aux financements climat, aux obligations vertes et aux mécanismes carbone. À ce jour, 35,7 millions d’hectares restaurés ou à restaurer sont déjà inscrits dans ces cadres nationaux, créant une visibilité accrue pour les bailleurs et les investisseurs.
Pour le secteur privé africain, l’enjeu est double. D’une part, capter les financements concessionnels et climatiques disponibles à l’échelle internationale. D’autre part, structurer des projets bancables, capables d’absorber des capitaux commerciaux tout en respectant des critères environnementaux et sociaux stricts. Les paysages clés identifiés, que sont le TRIDOM au Cameroun, Grand Virunga en RDC et en Ouganda, mangroves du Mozambique ou hautes terres de Madagascar, constituent autant de pôles d’investissement potentiels.
Mais le rapport souligne aussi les risques. Le déficit de financement reste aggravé par l’imprévisibilité des flux, la faiblesse des systèmes nationaux de suivi et l’insécurité foncière dans certaines zones. Sans clarification des droits d’usage et sans implication durable des communautés locales, les capitaux privés resteront prudents.
A l’analyse, la restauration des paysages apparaît désormais comme un nouveau segment stratégique de l’économie verte africaine. Les 65 milliards USD à mobiliser ne relèvent plus seulement de l’aide au développement, mais d’un véritable marché en construction. « À condition que les États, les bailleurs et les opérateurs économiques parlent le même langage financier, la restauration pourrait devenir l’un des moteurs silencieux de la croissance durable du continent », conclut WWF lors de la présentation de son rapport.
Pour rappel, le document met en lumière un paradoxe central pour le continent. Il s’agit la restauration écologique progresse, mais à une vitesse encore très inférieure aux besoins financiers réels. Entre 2021 et 2025, plus de 18 millions d’hectares ont été placés sous restauration effective dans neuf pays africains, pour un volume de financements mobilisés estimé à un peu plus de 13 millions USD. Un montant jugé « largement insuffisant au regard des ambitions affichées et des opportunités économiques sous-jacentes ».

