En marge du Forum international de la presse économique de l’Afrique de l’Ouest (FIPE-UEMOA), ouvert ce mercredi 24 juin à Dakar sous le thème « Innover pour l’avenir économique de l’Afrique de l’Ouest », le Pr Thierno Thioune, agrégé des facultés d’économie à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, a plaidé pour une lecture africaine du développement économique du continent.
Des perspectives jugées favorables
M. Thioune a d’abord rappelé que les perspectives économiques du continent restent globalement favorables. Il a souligné que certaines régions, notamment l’Afrique de l’Est, enregistrent des taux de croissance supérieurs à 6 %, ce qui, selon dit-il, confirme le potentiel économique africain.
Il a également mis en avant le facteur démographique. Près de 70 % de la population africaine a moins de 30 ans, a-t-il rappelé, estimant que cette réalité constitue à la fois un défi et une opportunité. Selon M. Thioune, cette dynamique ne pourra devenir un levier de transformation qu’à condition d’investir davantage dans l’éducation, la formation et l’insertion professionnelle des jeunes.
Le professeur a aussi insisté sur les autres atouts structurels du continent, parmi lesquels l’abondance des ressources naturelles, le potentiel énergétique et l’existence d’un marché de plus de 1,4 milliard de consommateurs, renforcé par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
L’intégration régionale comme levier économique
Malgré ces atouts, le professeur Thioune a relevé la faiblesse persistante du commerce intra-africain, qu’il a situé autour de 16 %, un niveau inférieur à ceux observés en Europe ou en Asie.
L’intégration économique, a-t-il déclaré, constitue un levier majeur pour la croissance, la stabilité et la réduction des inégalités. Estimant qu’elle devait se traduire concrètement par une plus grande circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes.
Il a également souligné la nécessité de transformer les ambitions régionales en mesures opérationnelles, à travers notamment l’harmonisation des politiques économiques et fiscales, ainsi que le renforcement des infrastructures de transport et de logistique.
Le rôle des médias économiques
Le Pr Thioune a par ailleurs mis en avant le rôle des médias économiques dans ce processus. Pour lui, l’information économique doit être rendue accessible au-delà du cercle des experts, afin de permettre aux citoyens, aux entrepreneurs et aux décideurs de mieux comprendre les dynamiques en cours.
Dans cette perspective, il a qualifié la presse économique d’« infrastructure stratégique », au même titre que les routes, les ports ou les réseaux énergétiques, estimant qu’elle influe sur l’attractivité des pays et sur la perception des investisseurs.
Pour une production africaine du récit économique
L’un des axes centraux de son intervention a porté sur la capacité de l’Afrique à produire sa propre analyse de son développement économique. Le professeur a regretté que les lectures du continent demeurent souvent construites à partir de référentiels extérieurs, qu’il juge parfois incomplets ou peu adaptés aux réalités locales.
Il a appelé à un renforcement des capacités africaines en matière de production de données, de recherche et d’analyse économique, afin de permettre au continent de mieux documenter sa trajectoire et de mieux valoriser ses performances.
Transformer la croissance en prospérité partagée
En conclusion, le Pr Thioune a estimé que les fondamentaux de croissance de l’Afrique sont solides, mais que le principal défi reste leur transformation en emplois durables et en prospérité partagée.
Cette évolution, a-t-il soutenu, suppose d’innover non seulement dans les technologies, mais aussi dans les modèles de coopération, de gouvernance et de communication. Il a enfin souligné que l’innovation devait également porter sur la manière dont l’Afrique raconte son histoire économique et construit sa vision de l’avenir.

