À la suite de la cérémonie d'ouverture, les travaux techniques des premiers États généraux de l'Assurance pour Tous ont débuté avec un premier atelier consacré à l'écoute des populations : « Écouter et diagnostiquer : donner la parole aux usagers ».
À Cotonou, ce premier panel a placé les femmes au cœur de la réflexion sur l'assurance inclusive. Pour Madame Evelyne Fassinou, les femmes sont à l'origine de près de 80 % des décisions de dépenses au sein des ménages. Les protéger, c'est donc renforcer la résilience de toute la famille. Mais cette protection ne peut être efficace que si les produits d'assurance sont conçus à partir de leurs besoins réels. « Le plus simple est de les écouter », a-t-elle plaidé.
Pour illustrer cette réalité, cinq femmes ont livré leurs témoignages, dressant le portrait de cheffes de ménage partagées entre activité professionnelle et responsabilités familiales, confrontées aux dépenses de santé, aux frais de scolarité des enfants et aux multiples besoins du foyer. « Parmi les cinq femmes dont nous avons entendu les témoignages, aucune n'a prononcé le mot "assurance". C'est à nous de leur proposer une solution adaptée », a souligné Mme Fassinou. Selon elle, le secteur doit sortir d'une logique centrée sur le produit pour construire une approche centrée sur la femme. Cela suppose de commencer par comprendre ses besoins, puis de l'associer à la conception, à l'expérimentation et à l'évaluation des solutions proposées. Elle a cité les exemples d'AXA Mansard au Nigeria et d'Activa au Cameroun, qui développent des approches plus proches des réalités du terrain. « L'assurance doit aller vers les femmes et ne pas attendre qu'elles viennent à elle », a-t-elle insisté.
Si la digitalisation constitue un levier important, elle ne saurait être une réponse suffisante. Pour l'intervenante, il est nécessaire d'élargir la notion de protection. Une femme ne protège pas uniquement sa propre personne, mais également sa famille et tout son écosystème. Les offres doivent ainsi intégrer un continuum de services allant de la prévention au conseil, de l'assistance à la garantie d'assurance.
Mme Fassinou a également appelé à lever les principaux freins à l'assurance en simplifiant les produits, en proposant des modalités de paiement adaptées aux revenus et aux habitudes des femmes, ainsi que des procédures plus pratiques et accessibles. L'objectif, selon elle, est de placer la continuité de la vie économique et familiale au cœur des solutions. « La finalité ne doit pas être uniquement d'indemniser un sinistre, mais de permettre aux familles de poursuivre leur vie malgré le choc. » Enfin, elle a lancé un appel aux assureurs, aux régulateurs et à l'ensemble des partenaires de l'écosystème. Le marché des femmes, a-t-elle rappelé, n'est pas un marché de niche : il pourrait représenter près de 1 700 milliards de dollars d'ici à 2030, dont environ la moitié dans les pays émergents. « Les défis nous imposent d'agir plus vite », a-t-elle conclu.