Les questions liées au commerce intra-UEMOA et à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), notamment l’harmonisation réglementaire et le développement des échanges, ont occupé une place centrale lors du premier Forum international de la presse économique de l’Afrique de l’Ouest (FIPE-UEMOA), tenu du 24 au 25 juin 2026 à Dakar, autour du thème : « Innover pour l’avenir économique de l’Afrique de l’Ouest ».
Réunissant des experts du commerce international, de l’intégration économique régionale et des négociations commerciales, ainsi que des représentants de la société civile, ce panel a mis en lumière les réformes nécessaires au renforcement de l’intégration économique régionale.
Pour Momar Ndao, président de l’Association des consommateurs du Sénégal (ASCOSEN), plusieurs obstacles freinent encore le développement du commerce intra-africain, notamment les difficultés logistiques, les barrières administratives et les coûts de transport. Selon lui, la logistique demeure aujourd’hui le principal facteur limitant de la compétitivité des économies africaines.
Le président de l’ASCOSEN a insisté sur la nécessité d’adopter une véritable approche centrée sur le consommateur. À ses yeux, il ne peut y avoir de commerce sans demande. Les politiques d’intégration doivent donc tenir compte des intérêts des consommateurs, notamment en matière de qualité des produits, de prix et de protection des droits.
Il a également souligné l’importance d’élargir les marchés régionaux afin de stimuler la demande et d’offrir davantage de choix aux consommateurs. Selon lui, les organisations de consommateurs doivent être davantage associées aux processus décisionnels liés à la ZLECAf.
Concernant l’ouverture des marchés, Momar Ndao estime qu’il ne s’agit pas de fermer les frontières, mais plutôt de renforcer la compétitivité des producteurs locaux. Il plaide pour une harmonisation des normes de qualité à l’échelle africaine, ainsi que pour un soutien accru aux industries nationales afin qu’elles puissent faire face à la concurrence continentale.
Enfin, il a rappelé que les consommateurs sont souvent guidés par le prix. Dès lors, la compétitivité des produits locaux passe nécessairement par une réduction des coûts de production et une amélioration de la productivité.
ZLECAf : une intégration avancée, mais encore incomplète
De son côté, Mounir Alioune Kane, expert en commerce et en négociation, a rappelé que la ZLECAf est l’aboutissement d’un long processus d’intégration engagé depuis le Traité d’Abuja de 1991. Il estime toutefois que, malgré les avancées institutionnelles, sa mise en œuvre reste largement inachevée.
Selon lui, les États africains ont réussi à conclure rapidement les négociations grâce à une forte volonté politique, mais les conditions pratiques d’application ne sont pas encore réunies. Il cite notamment le cas du Sénégal, qui n’a pas encore pleinement engagé ses échanges commerciaux dans le cadre de la ZLECAf.
L’expert évoque également les difficultés rencontrées par l’Initiative du commerce guidé, lancée pour tester les mécanismes de la ZLECAf avant son déploiement à grande échelle. Après une première phase impliquant sept pays, la deuxième étape n’a pas véritablement décollé.
Il attire par ailleurs l’attention sur les risques de concurrence pour les économies ouest-africaines, estimant que des pays comme le Maroc, l’Afrique du Sud ou l’Égypte disposent d’appareils productifs plus compétitifs et pourraient rapidement gagner des parts importantes du marché continental.
Il rappelle que les craintes exprimées autrefois face à une éventuelle adhésion du Maroc à la CEDEAO se retrouvent aujourd’hui dans le cadre de la ZLECAf.
Un enjeu central : la préparation du secteur privé
Pour Mounir Alioune Kane, le principal défi n’est plus la négociation des accords, mais la préparation du secteur privé. La ZLECAf étant désormais une réalité, les entreprises doivent se structurer pour tirer profit des opportunités offertes par le marché continental.
Il plaide également pour une meilleure coordination des positions au sein des communautés économiques régionales, notamment l’UEMOA et la CEDEAO, afin de renforcer le poids des pays africains dans les négociations commerciales.
En conclusion, il avertit que les pays qui ne se préparent pas à la concurrence continentale risquent de devenir davantage dépendants des importations africaines, tout en voyant leurs déficits commerciaux se creuser. Pour lui, l’enjeu central est désormais de rendre les entreprises africaines suffisamment compétitives pour tirer profit du marché unique africain, plutôt que de le subir.

