Face au durcissement des conditions d’accès au crédit bancaire et à l’ampleur des besoins de financement des économies africaines, les fonds d’investissement s’imposent progressivement comme l’un des instruments les plus crédibles pour accompagner les ambitions de transformation du continent. C’est dans cette perspective que s’est tenue, le 13 juin 2026 à Dakar, la deuxième édition du Forum Dakar Business Connect (DBC), organisée par le magazine économique Le Marché autour du thème : « Les fonds d’investissement au Sénégal : vecteur de financement public et catalyseur de l’entrepreneuriat ? ».
Réunissant plus de 320 participants issus des secteurs bancaire, assurantiel, financier, entrepreneurial, universitaire et institutionnel, cette rencontre de haut niveau a confirmé l’intérêt croissant porté aux mécanismes alternatifs de financement dans un contexte marqué par la raréfaction de la liquidité et le renforcement des exigences prudentielles imposées aux banques.

Le constat est désormais largement partagé : partout en Afrique, les États comme les entreprises font face à un accès plus complexe aux ressources financières. Sous l’effet des normes prudentielles internationales et des contraintes de bilan, les établissements bancaires réduisent leur appétit pour les financements de long terme. Dans ce nouvel environnement, les fonds d’investissement apparaissent comme des relais indispensables grâce à leurs interventions en fonds propres, quasi-fonds propres ou dette structurée.
Les débats se sont articulés autour de deux panels stratégiques. Le premier a porté sur la contribution des fonds d’investissement au financement des projets publics et des infrastructures. Les intervenants ont souligné leur capacité à mobiliser des ressources longues, à améliorer la gouvernance des projets et à attirer d’autres investisseurs.
Pour Constantin Dabiré, président-directeur général de la Société africaine d’ingénierie et d’intermédiation financière (SA2IF), les besoins de financement du continent dépassent désormais les capacités du financement bancaire traditionnel. « Les besoins deviennent de plus en plus importants alors que la question de la liquidité constitue un défi majeur dans les économies africaines. Le financement bancaire classique commence à montrer ses limites », a-t-il affirmé. Selon lui, les fonds d’investissement apportent non seulement des ressources financières mais également un supplément de crédibilité qui facilite la mobilisation de capitaux additionnels. « Nous devons explorer toutes les pistes possibles pour financer les investissements et améliorer durablement les conditions de vie des populations », a-t-il plaidé.
Le second panel s’est intéressé au rôle des fonds dans le développement de l’entrepreneuriat, des PME et des startups. À travers le témoignage d’Henri Ousmane Guèye, fondateur d’Eyone Medical, les participants ont pu mesurer l’impact concret du capital-investissement sur la croissance des entreprises innovantes. Le dirigeant a expliqué que ces financements avaient permis à son entreprise de renforcer son organisation afin de déployer des solutions numériques à l’échelle du système national de santé. « Les investisseurs recherchent des entreprises capables de créer durablement de la valeur », a-t-il rappelé, avant d’appeler à une plus grande confiance envers les entrepreneurs africains, qu’il qualifie de « véritables champions » capables de porter des solutions souveraines adaptées aux réalités locales.
Initiateur du forum, le directeur de publication du magazine Le Marché, Dr Abdou Diaw, a rappelé que Dakar Business Connect a été conçu comme un espace de dialogue entre porteurs de projets, investisseurs, institutions financières et décideurs publics. Après une première édition consacrée à la titrisation, le choix des fonds d’investissement répond, selon lui, à un déficit persistant d’information sur les solutions de financement disponibles. « Beaucoup de ressources existent aujourd’hui, mais ceux qui ont besoin de financement ne peuvent pas les capter parce qu’ils n’ont pas accès à l’information », a-t-il regretté, plaidant pour une meilleure mobilisation de l’épargne nationale au service du développement économique.
Au terme des échanges, un consensus s’est dégagé : les fonds d’investissement ne constituent plus une alternative marginale mais un pilier appelé à jouer un rôle central dans le financement du Sénégal et de l’Afrique. Face à l’ampleur des besoins en infrastructures, à la pression démographique et aux contraintes budgétaires des États, les participants ont insisté sur l’urgence de structurer davantage cet écosystème, de renforcer l’éducation financière et de créer un environnement plus attractif pour les investisseurs. Une conviction s’est imposée : l’avenir du financement africain passera autant par l’innovation financière que par la capacité à mobiliser des capitaux patients capables d’accompagner durablement les États, les entreprises et les champions économiques de demain.

