« ATIDI est devenue une institution incontournable pour mobiliser les investissements en Afrique »
À l’occasion des Assemblées générales 2026 d’ATIDI à Nairobi, le Professeur Kelly Mua Kingsly, Président du Conseil d’administration, revient sur les 25 ans de l’institution et les nouvelles ambitions de l’agence panafricaine. Il évoque les défis de la mobilisation des investissements, le rôle croissant d’ATIDI dans la réduction des risques en Afrique et la nécessité de renforcer les capacités financières de l’organisation pour accompagner les priorités de développement du continent.
Quel bilan tirez-vous de ces Assemblées générales d’ATIDI à Nairobi, qui marquent également le 25e anniversaire de l’institution ?
Professeur Kelly Mua Kingsly : Je ressors de ces Assemblées générales avec un réel sentiment de satisfaction. Lorsque l’on regarde le chemin parcouru en vingt-cinq ans, on mesure l’ampleur de la transformation. Nous sommes partis d’une idée portée par quelques visionnaires. Aujourd’hui, ATIDI est devenue une institution presque indispensable au développement économique du continent.
Pourquoi indispensable ? Parce que le monde traverse une succession de crises : chocs économiques, tensions financières, pandémies, conflits géopolitiques, hausse des taux d’intérêt. Dans ce contexte, la mobilisation des capitaux est devenue beaucoup plus complexe qu’elle ne l’était il y a vingt-cinq ou trente ans.
Les fondateurs d’ATIDI avaient anticipé cette évolution. Ils avaient compris qu’un jour les pays africains auraient besoin d’un instrument capable de rassurer les investisseurs et de faciliter l’accès aux financements.
ATIDI joue aujourd’hui un rôle essentiel dans la correction de la perception du risque africain. La réalité est que le risque est souvent largement surestimé par les investisseurs internationaux. Notre mission consiste précisément à démontrer que cette perception ne correspond pas toujours aux fondamentaux économiques des pays africains.
En apportant des garanties et des mécanismes de couverture des risques, nous permettons aux investisseurs de franchir le pas. Nous devenons ainsi un partenaire stratégique des États, des banques de développement et du secteur privé.
Cette évolution est d’autant plus importante qu’elle s’inscrit dans la nouvelle dynamique impulsée par la Banque africaine de développement, qui souhaite mobiliser davantage de capitaux privés au service du développement du continent. Aujourd’hui, même des partenaires occidentaux rejoignent ATIDI ou souhaitent travailler avec nous. C’est un signal extrêmement fort.
Vous avez a récemment participé aux travaux du G7. Quel en était l’objectif ?
Notre présence au G7 traduit avant tout la reconnaissance internationale acquise par ATIDI. Cette reconnaissance ouvre plusieurs perspectives. Elle renforce notre crédibilité auprès des marchés financiers internationaux, facilite l’accès à de nouveaux partenaires et améliore notre capacité à mobiliser des financements. Elle constitue également une porte d’entrée vers davantage de coopération avec les investisseurs institutionnels et les partenaires du monde occidental.
En définitive, cela confirme qu’ATIDI est aujourd’hui reconnue comme l’une des principales institutions africaines capables d’accompagner les États souverains dans la mobilisation des investissements et dans la sécurisation des financements.
Le message est simple : les Africains disposent désormais d’un outil crédible pour attirer les ressources nécessaires à la transformation structurelle de leurs économies, avec l’appui de leurs partenaires internationaux.
ATIDI ambitionne désormais de porter son capital à 2 milliards de dollars. Où en est ce processus ?
L’augmentation de capital constitue l’une de nos principales priorités stratégiques. Nous comptons aujourd’hui vingt-quatre États membres. Notre ambition est d’élargir progressivement cette base afin de couvrir l’ensemble des cinquante-quatre pays africains. Chaque nouvelle adhésion renforcera naturellement notre capacité financière.
Parallèlement, nous souhaitons attirer davantage d’investisseurs institutionnels et de partenaires internationaux qui souhaitent participer au développement de l’Afrique.
Les États africains doivent comprendre qu’investir dans ATIDI ne constitue pas simplement une contribution au développement. C’est également un investissement rentable. Les participations prennent de la valeur au fil du temps et offrent un rendement tout en renforçant la capacité du pays à attirer des investissements privés.
Autrement dit, les États peuvent être à la fois actionnaires, bénéficiaires des garanties offertes par ATIDI et bénéficiaires des investissements que cette crédibilité supplémentaire permet de mobiliser.
ATIDI a distribué 17 millions de dollars de dividendes. Cela renforce-t-il l’attractivité de l’institution ?
Absolument. Les dividendes démontrent la solidité financière d’ATIDI. Certains actionnaires choisissent de les réinvestir afin de soutenir la croissance de l’institution ; d’autres peuvent préférer les percevoir en trésorerie. Cette flexibilité constitue un véritable atout.
Je pense néanmoins que les pays francophones restent encore sous-représentés dans notre capital. Ils gagneraient à renforcer leur participation. ATIDI ne se limite pas à garantir des projets. Elle contribue également à rendre les pays plus visibles auprès des investisseurs internationaux.
Nous organisons régulièrement des roadshows afin de présenter les opportunités d’investissement de nos États membres aux grands investisseurs internationaux. C’est une plateforme exceptionnelle de promotion économique dont les pays africains devraient davantage tirer parti.
Quel rôle ATIDI entend-elle jouer dans la mise en œuvre de la Nouvelle Architecture Financière Africaine (NAFA) ?
ATIDI sera naturellement un partenaire de premier plan de la Nouvelle Architecture Financière Africaine. Notre mission est parfaitement complémentaire de celle des autres institutions continentales, notamment la Banque africaine de développement.
La NAFA vise à mobiliser davantage de ressources africaines pour financer le développement du continent. De notre côté, nous apportons les garanties qui permettent de sécuriser ces investissements.
Autrement dit, la Banque africaine de développement, la NAFA et ATIDI sont appelées à travailler ensemble pour accompagner les États africains, renforcer leur attractivité et accélérer les investissements nécessaires à leur transformation économique.

