Par Aboubakr Kaira Barry, CFA, Directeur général, Results Associates, et Président de l’Omou Financial Literacy Center, Bethesda, Maryland, USA
La balance des paiements de la Guinée — le tableau de bord annuel de l’argent qui entre et qui sort du pays, exprimé en dollars américains (US$) — raconte une histoire plus complexe que le récit habituel du boom minier. Elle montre combien d’argent entre en Guinée, toutes sources confondues et pas seulement les mines, et combien en sort par les importations, les sorties de profits et d’autres paiements.
Les investisseurs étrangers misent clairement gros sur la Guinée. Entre 2020 et 2024, les investissements directs étrangers — des capitaux à long terme placés dans les mines, les infrastructures et d’autres actifs productifs — ont fortement augmenté, portés en grande partie par la bauxite, le minerai de fer et les infrastructures liées à Simandou. C’est un signe important de confiance, mais ce n’est qu’une partie de l’histoire.
En apparence, les performances à l’exportation de la Guinée semblent solides. Les exportations de biens ont augmenté sur la période, et le pays a maintenu un excédent commercial important, c’est-à-dire qu’il a vendu plus de biens à l’étranger qu’il n’en a acheté. Pourtant, le compte courant — la mesure la plus large des transactions d’un pays avec le reste du monde à travers le commerce, les services, les revenus d’investissement et les transferts — s’est affaibli, passant d’un excédent à un déficit, les sorties d’argent augmentant plus vite que les entrées.
La raison est simple. Les paiements liés aux services importés, notamment les services techniques et d’ingénierie associés aux grands projets miniers, ont fortement augmenté. Dans le même temps, le revenu primaire — principalement les profits rapatriés par les investisseurs étrangers — a lui aussi fortement progressé. En somme, les mines guinéennes génèrent davantage de recettes d’exportation, mais une grande partie de cet argent quitte le pays par le biais des paiements de services et du rapatriement des profits.

Source : Base de données de la balance des paiements du STA du FMI, données annuelles, 2020–2024.
Une autre sortie de fonds provient des Guinéens et des entreprises basées en Guinée. Dans la catégorie « autres investissements » de la balance des paiements, ceux-ci ont accumulé d’importants actifs à l’étranger, principalement sous forme de dépôts bancaires et d’autres créances en devises. Ce n’est pas nécessairement illégal, mais en l’absence de transparence, les citoyens ne peuvent pas savoir qui constitue ces actifs à l’étranger, ni si cela reflète des décisions commerciales ordinaires ou quelque chose de plus problématique.

Source : Base de données de la balance des paiements du STA du FMI, « Autres investissements — Solde net », 2020–2024.
Lorsque ces sorties s’ajoutent aux paiements du compte courant, les sorties totales d’argent de la Guinée ont dépassé les entrées durant quatre des cinq dernières années. La banque centrale a dû puiser dans ses réserves pour absorber cet écart. Les réserves de change — le stock de devises étrangères détenu par la banque centrale — ont d’abord augmenté, avant de chuter fortement à mesure qu’elles comblaient ce déficit. Lorsque les recettes extractives sont gérées avec prudence, les réserves de change se renforcent généralement dans la durée, plutôt que d’être répétitivement mises à contribution. Un renversement futur de ces pertes récentes serait un signe que le boom minier guinéen commence à soutenir une prospérité durable.

La Guinée a néanmoins accompli de réels progrès en matière de transparence extractive. La dernière validation de l’ITIE pour la Guinée, en mai 2026, lui a attribué une note globale « bonne » de 73,5 points selon la Norme 2023, reconnaissant les avancées du pays dans la publication des contrats et la divulgation des données de production et de revenus, y compris autour de Simandou. Cela confère à la Guinée un bilan de transparence plus solide que celui de nombreux pays riches en ressources comparables.
Mais une lacune importante demeure : la transparence sur les bénéficiaires effectifs. La notion de bénéficiaire effectif désigne les personnes réelles qui possèdent ou contrôlent en dernier ressort une entreprise et bénéficient de ses profits, même lorsque la propriété légale se dissimule derrière plusieurs couches de sociétés. Sans une loi solide et une mise en œuvre effective, les citoyens et les institutions publiques ne peuvent pas clairement identifier qui se trouve derrière les entreprises qui perçoivent les revenus liés au secteur minier.
Cela compte parce que la transparence ne se limite pas aux contrats et aux volumes de production. Il s’agit aussi d’identifier qui bénéficie de la richesse générée, de détecter les conflits d’intérêts et de renforcer la confiance du public. Dans un contexte où des sommes importantes quittent le pays, cette visibilité devient encore plus essentielle.
Le PEFA (Public Expenditure and Financial Accountability — Dépenses publiques et responsabilité financière) est un diagnostic international standardisé de la capacité d’un gouvernement à gérer les fonds publics, noté de A (meilleure pratique) à D (en deçà du niveau de base, signifiant que les exigences minimales ne sont pas satisfaites). La dernière évaluation de la Guinée, en 2019, a attribué au pays la note D pour l’intégrité des données financières et la comptabilité — une faiblesse sérieuse dans les systèmes censés assurer le suivi des recettes minières.
C’est pourquoi le message de politique publique est simple. Premièrement, la Guinée devrait finaliser et mettre en œuvre un cadre solide sur les bénéficiaires effectifs, couvrant toutes les entreprises liées aux flux de revenus extractifs. Deuxièmement, elle devrait renforcer ses systèmes de comptabilité, de reporting et de contrôle, afin que les recettes minières puissent être intégralement retracées, de la collecte jusqu’à leur utilisation finale. Simandou et le boom minier plus large offriront presque certainement des infrastructures majeures. Mais les infrastructures seules ne garantissent pas une prospérité partagée. Le véritable test est de savoir si les recettes générées deviennent visibles, redevables et bien gérées, de manière à améliorer la vie des Guinéens ordinaires.

