« Faire de la santé maternelle un moteur de transformation économique en Afrique »
En marge des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque africaine de développement à Brazzaville, Financial Afrik s’est entretenu avec Mme Diene Keita, Directrice exécutive du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) et Secrétaire générale adjointe des Nations Unies. L’entretien réalisé le 26 mai intervient à la suite de la signature d’un partenariat stratégique entre l’UNFPA et la Banque Africaine de Développement. Le partenariat entre les deux institutions porte sur la santé maternelle, le dividende démographique et les nouveaux mécanismes de financement au service du développement africain.
Financial Afrik : Le Fonds des Nations unies pour la population vient de signer un nouvel accord de partenariat avec la Banque africaine de développement. Comment comptez-vous concrètement traduire l’objectif de faire de la santé maternelle un véritable levier de transformation économique et de captation du dividende démographique en Afrique ?
Diene Keita : Merci pour cette question. Au lendemain de la Journée de l’Afrique célébrée le 25 mai de chaque année, ce partenariat revêt une portée hautement symbolique. Il s’inscrit pleinement dans la vision de l’Agenda 2063 de l’Union Africaine, celle de l’Afrique que nous voulons.
Concrètement, notre ambition commune est de placer les indicateurs macroéconomiques et sociaux essentiels au cœur des politiques publiques afin d’accompagner les États dans la construction d’une croissance inclusive et durable.
Aujourd’hui, l’Afrique concentre encore plus de 70 % des décès maternels enregistrés dans le monde, alors même que la grande majorité de ces décès pourraient être évités. Pour inverser cette tendance, il faut investir dans des infrastructures sociales adaptées, renforcer la formation du personnel de santé — médecins, infirmiers, sages-femmes — et garantir leur disponibilité jusque dans les zones les plus reculées.
Ce partenariat entre la BAD et l’UNFPA vise précisément à aider les gouvernements à mieux planifier leur développement, en intégrant une réalité fondamentale : l’élimination de la pauvreté et des inégalités passe nécessairement par des investissements massifs dans la santé et l’éducation.
Notre second objectif est de veiller à ce que les ressources mobilisées soient effectivement orientées vers ces priorités.
Financial Afrik : Quels mécanismes innovants de financement et de mise en œuvre envisagez-vous de déployer avec la Banque africaine de développement pour accélérer les investissements dans les systèmes de santé, notamment la formation du personnel, la digitalisation et la résilience des infrastructures sanitaires ?
Diene Keita : Le document signé aujourd’hui pose les bases d’un mécanisme structuré de financement à grande échelle.
L’enjeu est de mobiliser l’ensemble des parties prenantes : les États africains, les partenaires internationaux, les fondations, les investisseurs privés ainsi que tous les instruments innovants de financement disponibles.
L’idée est de mutualiser ces ressources autour d’un objectif unique : traiter de manière intégrée les questions de santé, d’éducation, de formation et de développement des infrastructures.
Il s’agit aussi d’agir sur ce que nous appelons le “dernier kilomètre”, c’est-à-dire rapprocher effectivement les services essentiels des femmes qui en ont le plus besoin.
La digitalisation, la collecte de données fiables, la planification territoriale et la montée en compétences du personnel de santé feront partie intégrante de cette démarche. C’est à cette condition que nous pourrons bâtir des systèmes sanitaires résilients, inclusifs et capables de soutenir durablement la transformation économique du continent.
Financial Afrik : votre dernier mot ?
Diene Keita : Merci à vous. Je remercie Financial Afrik pour l’intérêt porté à ces enjeux majeurs pour l’avenir du continent. Ce partenariat ouvre une nouvelle étape pour accélérer les ambitions africaines en matière de développement humain.

