Abdoul Hien, Directeur général, Mitrelli Côte d’Ivoire et Sénégal.
Au cours de la dernière décennie, la Côte d’Ivoire s’est imposée comme l’un des marchés énergétiques les plus dynamiques d’Afrique. L’extension rapide de l’accès à l’électricité, combinée à une augmentation significative des capacités de production, de transport et de distribution a soutenu la croissance économique et renforcé les ambitions régionales du pays.
Aujourd’hui, le secteur de l’électricité entre dans une nouvelle phase.
Les récentes perturbations observées sur le réseau, notamment dans le Grand Abidjan, ne remettent pas en cause ces progrès. Elles mettent plutôt en lumière un défi structurel : maintenir la fiabilité du système électrique dans un contexte de forte croissance de la demande.
Portée par l’urbanisation, le développement industriel (notamment des industries extractives) et des conditions climatiques plus exigeantes, la consommation d’électricité progresse rapidement. Dans ce contexte, les infrastructures existantes — en particulier les réseaux de transport et de distribution — sont soumises à une pression croissante.
Cette évolution reflète une transition observée dans plusieurs économies africaines : le passage d’une logique d’accès à une logique de performance et de fiabilité constante du système électrique.
Dans cette nouvelle phase, les priorités s’élargissent : il ne s’agit plus uniquement d’augmenter les capacités de production, mais d’assurer une distribution stable et continue, capable de répondre aux besoins des ménages comme des secteurs productifs.
Les impacts sont déjà visibles. Pour les entreprises, en particulier les industries énergivores, la fiabilité de l’approvisionnement devient un facteur clé de compétitivité. À l’échelle macroéconomique, elle conditionne l’attractivité des investissements et la création d’emplois.
Dans ce contexte, les acteurs capables de concevoir et de déployer des solutions intégrées deviennent essentiels pour accompagner cette transition.
Les leviers d’action sont identifiés : en plus de l’augmentation des capacités de production, la modernisation des infrastructures, les investissements dans les capacités de transport et de distribution, ainsi qu’une approche intégrée du système.
Fait important à saluer, les initiatives récentes des autorités ivoiriennes traduisent cette évolution des priorités. Le gouvernement a notamment annoncé la signature d’un accord de mise en œuvre d’un programme de 300 millions de dollars visant à renforcer le réseau électrique national, soutenir le marché régional de l’électricité et consolider la position du pays comme hub énergétique en Afrique de l’Ouest.
Cette dynamique s’accompagne également du déploiement d’un programme d’urgence d’environ 56,2 millions de dollars,destiné à stabiliser le réseau, après des perturbations récentes liées notamment à la surcharge et aux limites de capacité de certains ouvrages.
Ensemble, ces initiatives illustrent un changement d’échelle : il ne s’agit plus seulement de répondre à des contraintes immédiates, mais de construire un système énergétique plus résilient, capable de soutenir durablement la croissance du pays et l’intégration régionale.
Depuis plus d’une décennie, Mitrelli s’inscrit dans cette dynamique à travers la mise en œuvre de projets d’infrastructures à grande échelle sur le continent, en partenariat étroit avec les gouvernements et les acteurs locaux. Notre expérience en Afrique nous a montré que répondre aux enjeux de fiabilité nécessite plus que des infrastructures : cela suppose des modèles intégrés combinant ingénierie, financement et exécution dans une approche cohérente.
En Angola, par exemple, nos interventions couvrent des programmes nationaux d’électrification ainsi que l’extension des réseaux de transport d’électricité, contribuant à l’accès à l’électricité pour des millions de personnes en milieu rural et urbain. Elles incluent également le déploiement de solutions solaires et de projets hydroélectriques. Ces initiatives contribuent à mettre en place les infrastructures nécessaires à un approvisionnement plus stable pour les communautés, tout en soutenant le développement économique local.
Cette expérience renforce une conviction simple : la réussite de cette nouvelle phase repose sur des approches intégrées, portées par une vision de long terme et adaptées aux priorités nationales.
Car la prochaine étape du développement du système électriqueen Côte d’Ivoire ne se joue plus uniquement sur l’accès, mais aussi sur la fiabilité.

