Le nouveau code de la nationalité gabonaise, adossé à la Constitution promulguée par ordonnance présidentielle n°0004/PR/2026, introduit une distinction entre « Gabonais d’origine », « Gabonais d’adoption » et « Gabonais par filiation ». Ce texte, adopté sans passage par le Parlement, consacre une différenciation des statuts de citoyenneté aux implications immédiates : dans ce cadre, ni un profil comme Bally Bagayoko, ni un profil comparable à celui de Zohran Mamdani ne pourraient prétendre exercer les fonctions de maire à Libreville.
Le cas de Bally Bagayoko est illustratif. Élu maire de Saint-Denis en France et issu de l’immigration malienne, il incarne un système dans lequel la citoyenneté politique prime sur l’origine. Dans le dispositif gabonais, une telle trajectoire est juridiquement impossible. Les citoyens naturalisés ou ayant acquis la nationalité se voient interdire, en première génération, l’accès à plusieurs fonctions stratégiques, notamment la magistrature, les fonctions gouvernementales ou la collaboration avec le chef de l’État.
Le cas de Zohran Mamdani offre un contraste. Né en Ouganda et installé jeune aux États-Unis, il a pu s’insérer dans la vie politique américaine. Aux États-Unis, la citoyenneté, une fois acquise, est juridiquement pleine et entière et ouvre l’accès aux fonctions électives locales sans distinction d’origine.
Le contraste avec certaines trajectoires africaines est documenté. L’exemple de Alassane Ouattara reste emblématique : bien qu’ancien Premier ministre et responsable international, sa nationalité a été contestée au tournant des années 2000 dans un contexte marqué par la notion d’ivoirité.
Le cas de Kenneth Kaunda illustre une autre dynamique. Président de 1964 à 1991, il n’a pas vu sa nationalité contestée durant son exercice du pouvoir. En revanche, dans les années 1990, une réforme constitutionnelle a introduit une exigence selon laquelle les candidats à la présidence devaient être nés de parents zambiens de naissance. Cette disposition visait politiquement Kaunda, dont les parents étaient originaires du Malawi (ancien Nyassaland). Il ne s’agissait pas d’une contestation de sa nationalité, mais d’un durcissement des conditions d’éligibilité.
Au Gabon, le nouveau code formalise ce type de logique en amont. Il institue une différenciation durable entre catégories de citoyens. Le texte prévoit également un durcissement des conditions de conservation de la nationalité. L’article 64 introduit la possibilité de déchéance pour tout citoyen engagé dans une institution étrangère jugée contraire aux intérêts nationaux, ainsi que pour toute personne impliquée dans des « actions subversives et déstabilisatrices » contre les institutions, en cas de refus d’obtempérer dans un délai de trois mois.
Par ailleurs, l’article 57 dispose que les personnes naturalisées, ainsi que celles ayant acquis la nationalité par le droit du sol, le mariage ou la résidence, ne peuvent se porter candidates à un mandat présidentiel ou parlementaire, ni figurer sur une liste électorale locale avant un délai de dix ans. L’article 58 complète ce dispositif en leur interdisant, en première génération, l’accès à plusieurs fonctions publiques, notamment ministérielles, judiciaires ou militaires à des niveaux stratégiques.
Des critiques ont été formulées. Dans une tribune publiée par Gabon Actu, Ali Akbar Onanga Y’Obegue estime que ce texte « introduit des mécanismes d’exclusion » et pourrait accentuer les clivages.
Le débat porte désormais sur la nature de la citoyenneté ainsi définie. D’un côté, des systèmes où la citoyenneté constitue un statut juridique unifié ouvrant l’accès à la participation politique. De l’autre, des cadres où elle demeure conditionnée par l’origine ou l’ascendance.
Dans le cas gabonais, le nouveau code marque une évolution vers une structuration juridique différenciée de la citoyenneté, avec des effets directs sur l’accès aux fonctions électives et aux responsabilités publiques.

