Par Serge Kouamelan, Directeur Exécutif de l’Association Professionnelle des Banques et Établissements Financiers de Côte d’Ivoire (APBEF-CI)
J’aurais pu en faire une question et considérer cet article comme contribution à un débat. Mais il n’est plus temps d’en débattre, surtout quand nous regardons avec décence le monde d’aujourd’hui, et de reconnaître que le leadership féminin se distingue par une approche plus humaine et collaborative, misant sur l’empathie, l’écoute active et la bienveillance pour fédérer les équipes et gérer les conflits, sans pour autant manquer d’autorité.
Permettez-moi de vous en convaincre, s’il était nécessaire avec les quelques lignes qui suivent. L’Afrique compte l’un des taux d’entrepreneuriat féminin les plus élevés au monde. 13 % au Canada, 11 % aux États-Unis, 9 % aux Pays-Bas, 7 % et 6 % au Royaume-Uni, pour ne citer que ceux-ci. 27% en Afrique subsaharienne. Pourtant, l’accès des femmes aux notions clés du financement comme aux solutions les plus adaptées, sans parler de l’accès au financement, lui-même, leur demeurent encore limité, pour ne pas dire mesuré. Or, œuvrer, s’engager pour réduire cet écart représente aujourd’hui l’opportunité économique et politique la plus importante pour accélérer la transformation du continent.
Une autre démonstration ?
L’entrepreneuriat féminin est de plus de 41%, en 2024 dans un pays qui s’est éveillé en moins de cinquante ans et dont la dette reste durablement basse, les réserves incroyablement hautes, les infrastructures de plus en plus développées et doté d’un vaste marché du travail.
La Chine. Qui refuserait de s’en servir pour exemple.
Un potentiel économique encore largement sous-exploité
Depuis plusieurs décennies, l’Afrique connaît une dynamique économique portée par la croissance démographique, l’urbanisation et l’essor de l’entrepreneuriat. Dans cette transformation du paysage économique africain, les femmes occupent une place centrale. Jouant, sur l’ensemble du Continent, un rôle majeur dans le commerce, l’agriculture, l’agro-transformation et les services, constituant même l’épine dorsale du tissu entrepreneurial local dans de nombreuses économies africaines, reconnaissons, simplement, que nous ne serions pas à ce niveau de développement, sans elles.
Et pourtant, rôle incontestable, et accès quasi symbolique des femmes au financement dresse un intolérable oxymore.
Intolérable, car nous nous privons d’une voie démontrée par d’autres, je le rappelle, de changer durablement les économies de nos pays.
Un déficit de financement qui freine la croissance
Selon les estimations de la Société Financière Internationale, le déficit de financement des petites et moyennes entreprises dirigées par des femmes en Afrique subsaharienne dépasse aujourd’hui 40 milliards de dollars. Plus de 23.000 milliards de francs CFA. Ce chiffre devrait illustrer l’ampleur des opportunités économiques inexploitées sur le Continent et créer la mobilisation. Mais l’extravagance de cette incongruité ne se mesure pas qu’en chiffres.
Derrière ce manque de financement se trouve un potentiel considérable de création de richesse, d’innovation et d’emplois, laissé pour compte. Les entreprises dirigées par des femmes démontrent une grande résilience, une gestion financière rigoureuse et un fort ancrage dans l’économie réelle. Autant d’atouts qui en font des partenaires économiques solides pour qui ?
Pour les institutions financières.
Ainsi, œuvrer pour l’entrepreneuriat féminin ne constitue pas seulement une politique d’inclusion sociale, c’est aussi une stratégie économique.
Le rôle déterminant du secteur financier africain
Face à ces atermoiements, dois-je rappeler que le secteur bancaire et financier africain a un rôle décisif à jouer. En tant qu’intermédiaires clés du financement de l’économie, les institutions financières disposent d’une capacité unique à orienter les ressources vers les initiatives les plus porteuses de croissance. Certes, de plus en plus d’institutions financières sur le continent, de l’Est à l’Ouest et du Nord au Sud, développent, aujourd’hui, des programmes dédiés à l’entrepreneuriat féminin. Ces initiatives visent notamment à concevoir des produits financiers mieux adaptés, à renforcer l’accompagnement des entrepreneures et à favoriser l’éducation financière. Au-delà de leur impact économique, ces initiatives contribuent également à renforcer l’inclusion sociale et la stabilité des communautés.
La Côte d’Ivoire : une dynamique encourageante
La Côte d’Ivoire illustre bien cette dynamique, car au cours des dernières années, le pays a enregistré des progrès significatifs en matière d’inclusion financière, grâce aux réformes engagées par les autorités publiques, au dynamisme du secteur bancaire et au développement rapide des services financiers numériques. Le mobile money a notamment permis d’élargir l’accès aux services financiers à des millions de personnes auparavant exclues du système bancaire traditionnel. Il est permis de constater que les Femmes utilisent beaucoup plus les services financiers mobiles. Et même celles qui sont analphabètes.
Cependant, comme dans de nombreux pays africains, des écarts majeurs et trop importants persistent entre femmes et hommes en matière d’accès au financement. C’est pourquoi, il est indispensable de rappeler, ici, que ces disparités persistantes constituent un frein tant au renforcement du système financier qu’à l’instauration d’un développement économique pérenne.
L’engagement du secteur bancaire ivoirien
Conscient de ces enjeux, l’APBEFCI, fort de l’engagement de son Président, œuvre sur plusieurs fronts pour que le secteur bancaire ivoirien s’inscrive pleinement dans la dynamique de promotion de l’inclusion financière. À travers les nombreuses actions qu’elle met en œuvre, l’APBECI amène les institutions financières à poursuivre plusieurs objectifs : faciliter l’accès au financement des petites et moyennes entreprises dirigées par des femmes, renforcer l’accompagnement entrepreneurial et promouvoir l’éducation financière. Mais l’exemple devant être au service des objectifs poursuivis, le secteur bancaire s’est engagé à accroître la présence des femmes dans les fonctions de leadership à tous les niveaux managériaux, convaincu que la diversité constitue un facteur d’innovation et de performance.
Une opportunité devant l’Histoire pour l’Afrique
L’Afrique est devenu l’un des continents les plus dynamiques du monde sur le plan entrepreneurial. Mais croissance économique dynamique n’entraîne pas changement de paradigme, à savoir de pays à revenu faible, moyen-faible, moyen-élevé et à élevé, si l’ensemble des talents disponibles n’est pas mobilisé.
Pour accroître la richesse de nos populations, l’inclusion économique des femmes est, dans les circonstances actuelles, le levier le plus puissant pour réussir la transformation du continent.
Investir dans les femmes, c’est investir dans la croissance économique, dans l’innovation, dans la stabilité des communautés et dans la prospérité à long terme.
Pour le secteur financier africain, l’enjeu est clair : faire de l’inclusion financière des femmes un moteur central du développement économique.
Et au fond, la question ne mérite plus d’être posée, car la prochaine révolution économique africaine sera portée par les femmes.

