Présent en Afrique depuis un demi-siècle, Airbus entend renforcer son ancrage industriel et humain sur un continent où le transport aérien affiche l’une des plus fortes croissances au monde. Entre investissements industriels, développement des compétences et expansion des flottes, le groupe européen considère l’Afrique comme un marché stratégique de long terme.
Cette année, Airbus célèbre les 50 ans de sa première livraison sur le continent africain. En 1975, South African Airways recevait un A300, marquant le début d’une présence progressivement transformée en un véritable écosystème industriel et de services.
« Nous sommes très heureux de cette étape dans l’histoire d’Airbus. Nous avons débuté il y a cinquante ans avec un A300 pour South African Airways et nous sommes fiers de l’écosystème que nous avons créé depuis », souligne Gabriel Semelas, président d’Airbus Afrique et Moyen-Orient.
Aujourd’hui, le constructeur européen soutient près de 3 000 emplois directs en Afrique et environ 20 000 emplois indirects à travers son réseau de partenaires et de fournisseurs. Plus de 400 entreprises africaines sont intégrées à sa chaîne d’approvisionnement, pour un volume d’achats dépassant 1 milliard de dollars sur le continent.
Une présence industrielle du Maroc à l’Afrique du Sud
L’essentiel de l’empreinte industrielle d’Airbus en Afrique est concentré en Afrique du Nord. Le Maroc et la Tunisie totalisent près de 2 500 emplois liés aux activités du groupe, notamment dans la fabrication d’aérostructures, de systèmes de câblage et de composants aéronautiques de précision.
Pour Gabriel Semelas, ces implantations illustrent la capacité de l’Afrique à développer une industrie aéronautique compétitive.
« Notre ambition n’est pas seulement de produire en Afrique. Il existe une réelle volonté de faire monter les compétences localement. Aujourd’hui, près de 100 % des effectifs de nos sites marocains sont marocains et environ 90 % de nos collaborateurs en Afrique du Sud sont sud-africains », explique-t-il.
En Afrique australe, Airbus a récemment renforcé sa présence avec l’ouverture d’un centre régional d’assistance aux clients à Johannesburg. Le groupe construit également un centre de maintenance dédié aux hélicoptères au Maroc.
« Il est très important pour nous d’être proches de nos clients et de contribuer au développement du capital humain dans les pays où nous opérons », insiste le dirigeant.
Un marché de 1 500 avions sur vingt ans
Au-delà de son empreinte industrielle, Airbus mise sur le fort potentiel du marché africain. Plus de 300 appareils du constructeur sont actuellement exploités par une quarantaine de compagnies aériennes sur le continent.
Selon les projections du groupe, près de 1 500 nouveaux avions seront nécessaires au cours des vingt prochaines années pour accompagner la croissance du trafic aérien et le renouvellement des flottes.
« L’Afrique est un marché clé pour Airbus », affirme Gabriel Semelas. « Dans les vingt prochaines années, 1 500 appareils viendront s’ajouter à la flotte existante. »
Cette dynamique est portée par une progression soutenue du trafic. Selon les données de l’IATA, l’Afrique a enregistré l’un des taux de croissance les plus élevés au monde, avec une hausse de 9,4 % l’année dernière.
Pour Airbus, cette expansion devra toutefois s’accompagner d’investissements massifs dans les infrastructures et dans la formation.
« Le développement du capital humain est probablement le facteur le plus important pour construire l’avenir de l’aviation africaine », estime le dirigeant. Le groupe multiplie ainsi les partenariats avec les universités, les centres de formation et les écoles spécialisées afin de former les futurs pilotes, ingénieurs et techniciens.
Le défi de la connectivité régionale
Si les perspectives sont prometteuses, Airbus considère que le principal défi du continent reste celui de la connectivité régionale.
Pour répondre à cet enjeu, le constructeur accompagne plusieurs États dans leurs projets de développement aéronautique. Le groupe a récemment signé un protocole d’accord avec le Nigeria afin d’explorer de nouvelles coopérations dans l’aviation civile, la formation et l’aérospatial.
« Cette opportunité n’existe pas seulement au Nigeria. Nous explorons les possibilités dans plusieurs pays du continent afin d’identifier les capacités industrielles et humaines susceptibles de soutenir le développement du secteur », indique Gabriel Semelas.
Cinquante ans après son arrivée en Afrique, Airbus ne se contente donc plus d’y vendre des avions. Le constructeur européen cherche désormais à participer à l’émergence d’une industrie aéronautique plus intégrée, portée par les compétences locales et capable d’accompagner durablement la croissance du transport aérien africain.

