« Cet eurobond est un gain stratégique en termes de gestion financière»
Nommé en janvier 2025, le ministre des Finances, du Budget et du Portefeuille public de la République du Congo, Christian Yoka, vient de réussir la première sortie du pays sur les marchés internationaux depuis vingt ans. Le Congo a en effet mobilisé 670 M$ dans un contexte où nombre d’États africains peinent encore à y accéder. Porté par une trajectoire macroéconomique restaurée et une discipline budgétaire affirmée, il détaille pour Financial Afrik la logique de cette opération stratégique et les perspectives d’assainissement de la dette congolaise.
Monsieur le Ministre, cela fait vingt ans que le Congo n’était pas sorti sur le marché financier international. Qu’est-ce qui explique ce timing et le montant recherché dans cette opération ?
Christian Yoka — Effectivement, cela fait vingt ans. La dernière opération internationale remonte à la période où le Congo, comme d’autres pays, bénéficiait d’initiatives d’allégement de dette — notamment au titre de l’initiative PPTE. À l’époque, une partie de la dette avait été convertie dans le cadre du Club de Londres, ce qui avait permis au pays de sortir sur le marché.
Ensuite, la situation a évolué. Pendant plusieurs années, le niveau des revenus pétroliers et la conjoncture économique ne justifiaient pas de recourir au marché. Puis, en 2014-2015, il y a eu un retournement brutal des prix des matières premières, suivi d’une succession de chocs : d’abord l’effondrement des cours du pétrole, ensuite la pandémie Covid, puis les conséquences géopolitiques du conflit en Europe. Autant d’éléments qui ont limité la capacité de nombreux pays africains à accéder aux marchés internationaux.
Aujourd’hui, le contexte est différent. Depuis 2021, nous avons renoué avec une croissance positive, nous avons conduit à terme un programme avec le FMI avec succès, et restauré les grands équilibres macroéconomiques. La stabilité du taux de change, la discipline budgétaire et des excédents primaires attestent de la solidité de notre gestion.
Dans ce cadre, l’opportunité s’est présentée de procéder à cette opération, visant principalement à refinancer la dette domestique, car la structure de la dette congolaise est très majoritairement intérieure. La dette extérieure représente environ 39% du total.
Le montant recherché a été calibré sur l’échéancier de notre dette intérieure, notamment celle arrivant à maturité en toute fin d’année 2025 et début 2026 . Il s’agit de refinancer une part de cette dette dans de bonnes conditions de maturité.
Le coupon frôle 10 %. Ce taux n’est-il pas trop élevé ?
Il faut le lire avec lucidité, mais aussi dans son contexte. Nous convertissons ici une dette de très court terme — trois mois — en une dette de sept ans, dont deux ans de différé. Cela change totalement la structure financière et permet d’allonger la maturité du portefeuille. C’est un gain stratégique en termes de gestion financière.
Ensuite, il faut comparer avec notre marché domestique : aujourd’hui, à cinq ans, les taux internes avoisinent les 12 à 13 %. Dès lors, un taux de l’ordre de 10 % reste compétitif. Au final, cette opération est rationnelle : elle sécurise le court et moyen terme, envoie un signal positif au marché et accompagne notre trajectoire d’assainissement.
L’opération n’est en effet pas une dette concessionnelle ; il existe d’autres guichets pour cela. En l’espèce, nous nous présentons au marché, dans une logique de transparence et de confiance, et nous obtenons une appréciation positive des investisseurs. C’est un signal important.
Où se situe aujourd’hui le niveau de la dette congolaise, extérieure, régionale et domestique ?
La dette extérieure représente environ 39 % du portefeuille. La dette régionale et domestique constitue la majorité.
En 2020, le ratio dette/PIB était de plus de 107 %. Aujourd’hui, nous sommes revenus à 91 %. Nous projetons 86 % en 2026, puis 70 % en 2030. La trajectoire est clairement baissière.
Depuis janvier, nous avons réduit de plus de 20 % nos émissions sur le marché domestique. Notre budget 2026 propose une maîtrise importante de nos dépenses, donc un meilleur contrôle de notre endettement, ce qui améliorera encore notre ratio endettement/PIB.
Par ailleurs, nous menons un exercice de rebasage du PIB, en collaboration avec nos partenaires au développement, car certains secteurs — comme le gaz et les télécoms — étaient insuffisamment intégrés. Cela améliorera mécaniquement la photographie économique, mais surtout, cela reflétera mieux la réalité productive du pays.
Et concernant la dette pétrolière ? On a évoqué Glencore et Trafigura…comme traders réclamant des dettes au Congo ?
Cette dette a été largement apurée. Le secteur pétrolier demeure structurant : il génère des excédents primaires qui, en plus des réformes structurelles que nous menons,nous permettent de poursuivre notre consolidation budgétaire et de réduire la dette.
Un mot de conclusion pour nos lecteurs ?
Nous agissons avec méthode, discipline et transparence. Cette opération n’est pas seulement financière, elle symbolise la normalisation et la crédibilité retrouvée de l’économie congolaise.
Elle améliore notre accès au financement, assainit notre portefeuille de dette, renforce la liquidité du marché domestique et régional. Le Congo assume ainsi ses responsabilités. Je me permets de rappeler que le Président Sassou-Nguesso est le président en exercice de la CEMAC. Le cap fixé en faveur de la stabilité macro-économique régionale ne souffre donc d’aucune ambiguïté.
L’opération de marché que nous venons de finaliser est une marque de confiance du marché et un acte de responsabilité que nous assumons avec rigueur et transparence. Nous avons à cœur d’expliquer de manière régulière ce que nous faisons, car l’information est un vecteur de confiance.

