Guy Gweth : « La Francophonie économique manque de vitalité »

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Par Awa Diallo, Paris

Responsable «Doing Business in Africa» à l’Ecole Centrale de Paris et auteur de «70 chroniques de guerre économique», Guy Gweth estime – dans un entretien à RFI – que «la Francophonie économique manque de vitalité. C’est, dit-il, une vieille dame en talons aiguilles à qui on rêve de faire remporter un sprint face à des concurrents aguerris.»

Pour le fondateur de Knowdys Consulting Group, conseil en intelligence économique et due diligence en Afrique, «la Francophonie a été initialement pensée comme un instrument au service de l’influence française dans le monde et tout particulièrement dans ses anciennes colonies. Mais face au changement de paradigme induit par l’importance accrue de l’Afrique sur l’échiquier géoéconomique mondial et l’exacerbation de la concurrence dans ses marchés, il est urgent de rajeunir l’institution pour l’adapter aux affrontements économiques en cours.»
Pour Guy Gweth, «la Francophonie est inscrite dans les perceptions de l’opinion publique comme une institution de promotion de la culture et des droits de l’homme à la française. Pour qu’elle soit audible et crédible sur le terrain économique, il faudrait qu’elle soit génétiquement modifiée. Car en l’état, elle est trop française, très lourde et pas assez flexible pour répondre aux exigences de rapidité, de flexibilité et d’innovation des opérateurs économiques.»

La solution pourrait venir de l’Afrique francophone, prédit le Responsable de «Doing Business in Africa» à l’Ecole Centrale de Paris et à l’EMLyon Business School : «A la mi-2015, souligne-t-il, on compte près de 275 millions de Francophones dans le monde dont plus de la moitié sont Africains. En 2050, lorsque la planète comptera 700 millions de Francophones, 85% du total et 90% des 15-29 ans seront Africains ! C’est dire si l’Afrique doit prendre le pouvoir qui lui revient au sein de l’institution pour prolonger l’émergence en cours sur le continent.»
Le sommet de Charm el-Cheikh qui s’est ouvert le 7 juin 2015 verra naitre la « Tripartite » le 10 juin suivant. Chantier immense où la Francophonie aura peu œuvré, cet accord de libre-échange unira les marchés de 26 pays dont ceux des Etats d’Afrique australe et de l’Est, de la Communauté de développement d’Afrique australe et de la Communauté Est-africaine. « Portés par le Nigéria, l’Afrique du Sud et l’Egypte, ce sont près de 630 millions d’habitants et un PIB de plus de 1000 milliards de dollars qui sont réunis au sein de la Tripartite après 5 ans de négociations », résume Guy Gweth. Pour lui, « la Francophonie économique est le grand absent de cette dynamique de fond où le concours du Commonwealth est pourtant incontestable. »
Pour l’auteur de « 70 chroniques de guerre économique », si la Francophonie était moins bureaucratisée, moins politisée et plus encrée dans le réel, elle pourrait se doter d’organes opérationnels capables de faciliter le commerce intra-africain qui culmine à 13% avec seulement 60 milliards USD d’exportations entre Africains, contre 67% dans l’espace européen, d’après Knowdys Database. « Mais comment lutter contre l’épaisseur des frontières lorsqu’on est une machine aussi lourde et aussi lente au démarrage que l’OIF? » s’interroge Guy Gweth pour qui « la Francophonie n’a encore pas encore la vitalité nécessaire pour être économique.»
La mise à jour du logiciel de la Francophonie passera inévitablement par une amélioration de sa gouvernance, une redistribution des cartes en faveur de l’Afrique, un rajeunissement de son personnel et une implication plus accrue des acteurs privés dans les processus de prise de décisions à caractère économique. Pour cela, Paris devra lâcher du lest, et ce n’est pas gagné !

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