L’Afrique championne des comptes bancaires mobiles 

L’inclusion financière des couches les plus vulnérables reste l’un des défis majeurs de l’Afrique nouvelle. Comme l’a rappelé la ministre ivoirienne de l’économie et des Finances, Kaba Nialé, lundi 15 juin, à l’ouverture du Forum International sur la finance en Afrique (FIFAS 2015), les nouveaux modèles financiers africains devront relever les taux de bancarisation qui tournent autour de 15% en Côte d’Ivoire.

Sur le plan technique, cette invention des nouveaux modèles passe par plusieurs facteurs dont l’optimisation des systèmes d’informations et la mise en place des process à même de réinventer l’exploitation d’une agence bancaire, explique Olivier Cruanes, Directeur des projets du Groupe Sab, leader des SI en France.

En Côte d’Ivoire, l’inclusion financière passera aussi par l’accès à l’électricité et la téléphonie mobile. «Actuellement, 620 millions d’africains n’ont pas d’électricité», relève Stephan DAURIAC, Directeur Général Adjoint de la Compagnie Ivoirienne d’Electricité (CIE) chargé du Pôle Finance, Gestion et Logistique.

En Côte d’Ivoire, le taux de non accès est de 72%. «Si l’on reste dans les tendances actuelles, nous ne parviendront pas à l’accès universel avant 2080», poursuit M. Dauriac.

Mais là aussi, la nouvelle technologie est entrain de bousculer la donne: quelque 600 000 clients utilisent leurs comptes prépayés à la CIE pour régler leurs factures. C’est dire que le prépayé, tout terrain de l’Afrique, est l’un des moyens les plus efficaces pour inclure les populations qui vivaient jusque-là à la marge de la Finance.

En fait, l’exclusion financière de la majorité des habitants du continent revêt plusieurs aspects quand on sait, comme le rappelle Hélène Dollo, Directrice de la Microfinance au ministère ivoirien de l’Economie et des Finances, que l’épargne informelle représente 23% du PIB de l’Afrique subsaharienne là où la formelle stagne à 10%. Les acteurs devront s’interroger sur l’adaptabilité de leurs produits aux populations à revenus irréguliers et à ceux vivant en milieu rural

«l’épargne est un indicateur clé du développement», ajoute pour sa part Fatoumata Camara, conseillère chargée des relations institutionnelles au sein de l’institut mondial des Caisses d’Epargne dont l’ objectif est de faire doubler le nombre des comptes d’épargne de ses membres.

Dans tous les cas, ce modèle financier à réinventer doit pouvoir se mettre dans les chaussures du pauvre et profiter de l’opportunité offerte par la téléphonie qui porterait aujourd’hui le taux de la bancarisation de la Côte d’Ivoire à 21% soit 6 points de plus que le taux d’accès au système bancaire classique. Attention à ne pas seulement penser technologie et facteurs techniques. «La résolution de la problématique de l’exclusion passe aussi par l’éducation financière», rappelle Mme Dollo.

Une assertion qu’approuve Sambou Coly, de la fondation MasterCard, laquelle consacre 25 millions de dollars à cet aspect dans ses différents champs d’intervention en Afrique.

En attendant, les chiffres l’attestent, l’Afrique est championne des comptes bancaires mobiles détenus par 12% de sa population contre 2% pour la population mondiale. En chiffres absolus, 60 millions d’africains possèdent un compte mobile. Dans cette population, 28% ne disposent que d’un compte mobile, rappelle Sambou Coly qui estime qu’un bond considérable peut être réalisé si les Etats décidaient de payer les salaires et allocations publiques des 400 millions d’adultes non bancarisés à travers un compte bancaire.

 

Adama Wade, Abidjan

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