Sur la pelouse, l’affiche paraît équilibrée entre le 27e (Australie) et le 29e (Egypte) au classement FIFA. Dans les comptes nationaux, elle l’est beaucoup moins. À l’échelle des grands agrégats, l’Australie évolue dans une autre division que l’Égypte. Les chiffres.
La Banque mondiale affiche, pour Canberra, un produit intérieur brut de 1 800 milliards de dollars contre 365,25 milliards pour Le Caire. Autrement dit, l’économie australienne pèse près de cinq fois celle de l’Égypte, alors même que le pays-continent ne compte qu’environ 27,6 millions d’habitants, contre 118,4 millions pour la première puissance démographique du monde arabe.
Le contraste paraît donc beaucoup plus net quand on ramène la richesse à l’habitant. Le PIB par tête atteint 65 129,7 dollars en Australie, contre 3 085,8 dollars en Égypte. En clair, un Australien dispose en moyenne d’un niveau de production par habitant plus de vingt fois supérieur à celui d’un Égyptien. Cette photographie résume à elle seule l’écart de développement entre une économie avancée, tirée par les services, les matières premières et une forte productivité, et un pays émergent porté par un immense marché intérieur mais encore freiné par ses besoins d’investissement, ses tensions monétaires et ses équilibres sociaux fragiles.
Pourtant, la dynamique récente raconte une histoire moins déséquilibrée. La croissance ressort à 1,4 % pour l’Australie, contre 4,4 % pour l’Égypte selon les dernières valeurs mises en avant par la Banque mondiale. L’Égypte croît donc plus vite, signe d’un potentiel de rattrapage réel. Mais cette accélération a un prix : l’inflation reste bien plus élevée, à 14,1 %, quand l’Australie évolue autour de 2,9 %. Même logique sur le marché du travail, avec un chômage de 6,8 % en Égypte contre 4,1 % en Australie. D’un côté, une économie mature, moins rapide mais plus stable ; et de l’autre, une économie plus nerveuse, plus jeune, mais aussi plus exposée aux secousses de prix et de financement.
Au fond, ce huitième oppose deux réalités économiques presque inverses : l’Australie a la taille financière, la richesse par habitant et la stabilité macroéconomique ; l’Égypte possède la masse démographique et une vitesse de croissance supérieure, mais doit encore convertir cet élan en prospérité plus large et plus durable.
Avant le coup d’envoi, les chiffres donnent donc un net avantage aux Socceroos devant les Pharaons dans les tableaux Excel. Reste à savoir si, comme souvent en football, le terrain acceptera de démentir les statistiques.

