La Commission bancaire de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) a rendu publiques les sanctions disciplinaires et pécuniaires prononcées lors de sa 152ᵉ session, tenue les 17 et 18 mars 2026 à Abidjan (Côte d’Ivoire). Cinq établissements de crédit implantés dans quatre États membres — Togo, Niger, Mali et Burkina Faso — sont épinglés pour des manquements graves à la réglementation prudentielle et au dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux. Deux d’entre eux, ZEYNA au Niger et la SOBCA au Burkina Faso, ont purement et simplement perdu leur agrément et sont mis en liquidation.
Les infractions relevées, selon le communiqué de la commission publié le 3 juillet, portent principalement sur des insuffisances de gouvernance, une gestion des risques défaillante, le non-respect des normes prudentielles et des anomalies dans les dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive (LBC/FT-P). Les amendes pécuniaires ont été prononcées en application de l’Instruction n° 006-05-2018 du 16 mai 2018, qui fixe les modalités d’application des sanctions pécuniaires contre les établissements de crédit de la région.
Niger : ZEYNA rayée du paysage bancaire
Le cas de ZEYNA, établissement implanté au Niger, apparaît comme l’un des plus lourds jamais traités par le régulateur communautaire ces dernières années. La Commission bancaire a prononcé le retrait pur et simple de son agrément, une mesure qui entraîne mécaniquement sa mise en liquidation.
Selon le communiqué officiel, cette sanction disciplinaire est motivée par « une infraction généralisée à la réglementation bancaire et en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive ». Le régulateur pointe également « l’exercice illégal d’activités dans d’autres pays de l’Union, en l’absence d’autorisation préalable » — un grief particulièrement rare et sévère, qui suggère une expansion transfrontalière effectuée en dehors de tout cadre légal.
Niger (bis) : une seconde banque écope d’un blâme et 300 millions FCFA d’amende
À cela s’ajoutent le non-respect des exigences en matière de reporting comptable et prudentiel, des manquements dans la gestion de l’établissement et, surtout, l’absence de toute perspective viable de redressement. Autant d’éléments qui, cumulés, ne laissaient plus d’alternative au superviseur.
Outre ZEYNA, une autre banque installée au Niger a été sanctionnée lors de la même session. Le collège a prononcé à son encontre un blâme assorti d’une amende de 300 millions de FCFA (environ 524.000 dollars américains). Les motifs invoqués : des faiblesses au niveau de la gouvernance, de la gestion des risques et du dispositif LBC/FT-P. Les infractions relèvent des deuxième et troisième catégories au sens de l’Instruction n° 006-05-2018. Le nom de l’établissement n’a pas été divulgué par le régulateur, conformément à sa pratique habituelle pour les sanctions n’entraînant pas de retrait d’agrément.
Burkina Faso : la SOBCA en liquidation
Au Burkina Faso, la sanction retient tout autant l’attention. La Société Burkinabè de Crédit Automobile (SOBCA), établissement financier spécialisé installé à Ouagadougou, voit également son agrément retiré et sa liquidation prononcée.
Le régulateur a « clôturé la procédure disciplinaire ouverte à l’encontre de la SOBCA » en actant plusieurs griefs : une infraction quasi-généralisée à la réglementation prudentielle, le non-respect des injonctions de l’Autorité communautaire de supervision depuis 2022 et une absence de perspective viable de redressement.
Contrairement au cas nigérien de ZEYNA, aucun grief explicite lié au blanchiment de capitaux ou à un exercice illégal transfrontalier n’a été retenu contre la SOBCA. La sanction repose essentiellement sur des défaillances prudentielles et sur l’incapacité de la structure à se restructurer.
Togo et Mali : deux blâmes et 600 millions FCFA d’amendes cumulés
Dans les mêmes conditions que la banque nigérienne blâmée, deux autres établissements — l’un implanté au Togo, l’autre au Mali — ont également écopé chacun d’un blâme et d’une amende de 300 millions de FCFA. Les motifs sont sensiblement identiques : gouvernance déficiente, gestion des risques inadéquate, faiblesses du dispositif LBC/FT-P. Dans le cas togolais, le communiqué fait en outre état d’une « infraction quasi-généralisée aux normes prudentielles en vigueur », formulation qui trahit une gravité particulière.
Un tour de vis prudentiel dans un contexte régional tendu
Ces cinq sanctions interviennent dans un climat de resserrement prudentiel affiché par la Commission bancaire depuis 2025. Lors de sa 151ᵉ session tenue les 16 et 17 décembre 2025, l’autorité avait déjà infligé 751 millions de FCFA d’amendes à trois banques implantées en Côte d’Ivoire, au Niger et au Togo pour des manquements similaires.
Avec la 152ᵉ session, le total des amendes pécuniaires atteint 900 millions de FCFA en une seule session, auxquels s’ajoutent deux retraits d’agrément.
En rappel, les décisions du Collège de supervision, publiées pour une durée indéterminée sur les sites de la BCEAO et de la Commission bancaire, sont exécutoires. Elles ne sont susceptibles de recours que devant le Conseil des Ministres de l’UMOA, dans les conditions fixées par l’Annexe à la Convention régissant la Commission bancaire.

