Par Dr Mohamed H’MIDOUCHE
Expert international et observateur des dynamiques africaines
| Porté par la victoire du Maroc face aux Pays-Bas et par la ferveur des supporters africains dans les stades, le football du continent affirme une nouvelle confiance. Au-delà de l’exploit sportif, cette Coupe du monde 2026 révèle une conviction désormais assumée : l’Afrique peut rivaliser avec les grandes nations du football mondial, à condition de transformer son talent, sa passion et ses coups d’éclat en puissance durable. |
Une victoire marocaine à portée continentale
La victoire du Maroc face aux Pays-Bas n’est pas seulement une qualification. Elle est une démonstration. Elle rappelle que l’Afrique n’a plus à jouer complexée face aux grandes nations du football mondial. Elle peut rivaliser, résister, imposer son rythme et gagner, à condition de croire en elle-même, de s’organiser avec rigueur et de transformer son immense potentiel en puissance collective.
Face à une sélection néerlandaise réputée pour sa culture tactique, sa discipline et son expérience, les Lions de l’Atlas ont démontré que le football africain n’est plus condamné à jouer les seconds rôles. Menés, bousculés, parfois mis sous pression, ils ont su revenir dans le match, garder leur lucidité et s’imposer au terme d’une séance de tirs au but pleine de caractère.
Cette victoire s’inscrit dans une dynamique plus large. Plusieurs sélections africaines se sont distinguées dans cette Coupe du monde 2026, chacune par sa combativité, son talent et sa capacité à bousculer les hiérarchies établies. L’Afrique du Sud a livré une prestation courageuse face au Canada. La Côte d’Ivoire a confirmé son tempérament de grande nation de football. D’autres équipes encore en lice — le Sénégal, la République démocratique du Congo, l’Algérie, l’Égypte, le Ghana ou encore le Cap-Vert — portent à leur tour l’espoir d’un continent qui refuse désormais de se contenter de promesses.
Les supporters africains, douzième homme du continent
Ce qui frappe aussi dans cette édition, c’est la force populaire africaine. Dans les stades, les supporters des sélections africaines qualifiées — Maroc, Sénégal, Côte d’Ivoire, Afrique du Sud, Ghana, Algérie, Égypte, Cap-Vert, République démocratique du Congo et Tunisie — remplissent les tribunes de couleurs, de chants, de drapeaux et d’une ferveur incomparable. Ils ne sont pas de simples spectateurs : ils deviennent un acteur du match. Leur présence transforme les enceintes sportives en scènes de communion continentale.
Mohamed Ouahbi, sélectionneur du Maroc, l’a résumé avec justesse dans une déclaration relayée par Le Matin : face aux grandes équipes européennes, les joueurs marocains n’avancent plus avec la peur, mais avec la conviction qu’ils peuvent rivaliser. Cette phrase traduit un changement psychologique majeur. Pendant longtemps, l’Afrique a parfois abordé certains matchs avec admiration, voire avec retenue, face aux nations historiques du football mondial. Aujourd’hui, cette barrière mentale tombe.
Le sélectionneur marocain a également souligné l’importance des supporters, dont les encouragements dans les stades poussent les joueurs à se dépasser. Il a raison. Dans une Coupe du monde, le mental compte autant que la technique. Lorsque des milliers de voix accompagnent chaque course, chaque duel, chaque arrêt et chaque tir au but, les joueurs sentent qu’ils ne portent pas seulement un maillot, mais une fierté et une espérance collective.
Transformer les exploits en puissance durable
La victoire marocaine contre les Pays-Bas illustre ainsi une évolution profonde. Elle montre qu’une équipe africaine peut battre une grande nation européenne non pas sur un malentendu, mais avec intelligence, solidarité et maîtrise émotionnelle. Elle rappelle que le football moderne ne se gagne plus seulement avec des individualités prestigieuses, mais avec un projet, une identité de jeu et une capacité à gérer les moments difficiles.
Ce succès doit parler à toute l’Afrique. Il doit inviter les fédérations, les clubs, les académies et les décideurs sportifs à construire dans la durée. Le continent possède les talents. Il possède la passion. Il possède des publics extraordinaires. Ce qui doit encore être consolidé, c’est la continuité institutionnelle, la qualité de la formation, la gouvernance, la préparation scientifique et la professionnalisation des championnats locaux.
Car le véritable adversaire de l’Afrique n’est pas toujours sur le terrain. Il est parfois dans le doute, dans l’improvisation ou dans l’idée que l’exploit suffit là où les grandes nations construisent des cycles. Pour franchir un nouveau cap, le football africain doit transformer ses coups d’éclat en régularité, ses talents en projets et ses émotions en puissance durable.
Le Maroc montre aujourd’hui qu’une ambition claire, lorsqu’elle s’appuie sur des infrastructures, une vision de long terme et une culture de performance, peut changer le regard du monde. Mais cette réussite ne doit pas être perçue comme une exception. Elle doit être comprise comme une invitation adressée à tout le continent.
L’Afrique ne demande plus la permission d’exister dans le football mondial. Elle y est déjà. Ses joueurs brillent partout. Ses supporters illuminent les stades. Ses sélections progressent, apprennent et rivalisent. Il reste désormais à transformer cette présence en puissance, cette puissance en constance, et cette constance en conquête.
En battant les Pays-Bas, le Maroc a rappelé une vérité simple : croire en soi n’est plus, pour l’Afrique, un simple slogan d’encouragement. C’est désormais une stratégie sportive, une exigence collective et peut-être le chemin le plus sûr pour aller, demain, jusqu’au bout. Plus que jamais, l’Afrique doit croire en elle-même.
Sources et liens utiles
• Le Matin – publication Facebook officielle sur la déclaration de Mohamed Ouahbi après Maroc-Pays-Bas — https://www.facebook.com/LeMatinjournal/posts/ouahbi-%C3%A0-propos-du-match-marocpays-bas-ce-nest-pas-juste-technique-ce-nest-pas-j/1427226406106167/
• Le Matin – vidéo Instagram officielle de Mohamed Ouahbi avant/après Maroc-Pays-Bas — https://www.instagram.com/reel/DaJUOKWs87K/

