Pour le Fonds monétaire international (FMI), au-delà des perspectives macroéconomiques, le principal talon d’Achille du Cameroun reste la solidité de son système bancaire face aux risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme (LCB-FT). Et pour cause, soutient l’institution financière internationale dans sa consultation annuelle publiée le 30 mars 2026, cette vulnérabilité pourrait compromettre durablement le financement de la croissance.
Placée sous surveillance post-programme depuis la fin de l’accord avec le FMI en juillet 2025, l’économie camerounaise est désormais appelée à s’appuyer davantage sur ses banques pour soutenir l’investissement. Mais l’institution de Bretton Woods alerte sur ce que « cette intermédiation financière reste exposée à des faiblesses structurelles, amplifiées par la présence persistante du pays sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) ».
Depuis juin 2023, cette classification signale aux marchés internationaux des insuffisances dans le dispositif de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme. En octobre 2025, 13 des 24 actions exigées par le GAFI n’étaient toujours pas mises en œuvre. Pour le FMI, l’enjeu dépasse largement la conformité réglementaire. Il s’agit d’un facteur clé de perception du risque pays, qui pèse directement sur les banques camerounaises.
Concrètement, ce statut complique les relations de correspondance bancaire, allonge les délais de transaction et renchérit le coût des opérations internationales. Les établissements locaux se retrouvent soumis à une vigilance accrue de leurs partenaires étrangers, dans un contexte où la moindre défaillance de contrôle interne peut entraîner des ruptures de relations financières. Résultat : une capacité amoindrie à accompagner les entreprises et à canaliser les flux d’investissement.
Cette fragilité se combine également au ralentissement du crédit au secteur privé. Après une progression estimée à 12,3% en 2024, celle-ci devrait tomber à 11,2% en 2025, avant une reprise modérée en 2026, sous condition de réformes jugées « décisives et soutenues ». Or, la croissance projetée, 3,3% en 2026 et 4,6% à moyen terme, repose précisément sur une montée en puissance des investissements, notamment dans les infrastructures et le secteur minier.
Les marchés ont déjà intégré ces risques. En janvier 2026, l’eurobond de 430 milliards de FCFA (environ 750 millions USD) émis par le Cameroun a certes été sursouscrit, mais à un taux élevé, reflétant un environnement financier perçu comme plus risqué. Pour le FMI, « la persistance des lacunes en matière de LCB-FT contribue à ce renchérissement du coût de financement, aux côtés de l’exposition croissante des banques à la dette publique et des faiblesses de gouvernance des établissements d’État ».
À Yaoundé, les autorités affichent leur volonté d’accélérer les réformes et espèrent des progrès lors du prochain examen du GAFI attendu en 2026. « Une sortie de la liste grise allégerait la pression sur le secteur bancaire, améliorerait l’accès aux financements internationaux et pourrait, à terme, réduire le coût de la dette souveraine », souligne-t-on dans la capitale camerounaise.
Faute de progrès rapides, le FMI prévient cependant que le risque blanchiment-terrorisme pourrait devenir l’un des principaux goulets d’étranglement de la transformation économique du Cameroun. Dans un contexte de fortes ambitions de croissance, la solidité du cadre LCB-FT apparaît désormais comme une condition aussi stratégique que les grands projets d’investissement eux-mêmes.

