La Banque centrale du Ghana (Bank of Ghana, BoG), a abaissé son taux directeur de 150 points de base, le faisant passer de 15,5 % à 14 %. Une réduction plus importante qu’attendu par les marchés, rendue possible par le recul de l’inflation.
Cette décision, annoncée à l’issue de la 129ᵉ réunion du Comité de politique monétaire (MPC) tenue du 16 au 18 mars 2026, marque la poursuite du cycle d’assouplissement monétaire engagé après la crise de la dette qui avait fortement déstabilisé l’économie ghanéenne, conduisant le pays à solliciter l’appui du Fonds monétaire international (FMI).
L’inflation annuelle a nettement ralenti pour atteindre 3,3 % en février 2026 — son niveau le plus bas depuis le rebasage de l’indice des prix en 2021 —, contre encore 23,1 % en février 2025 et plus de 50 % à la fin de l’année 2022. Il s’agit de la 14ᵉ baisse consécutive du taux d’inflation, soutenue par l’appréciation du cedi (monnaie locale), l’amélioration de l’offre alimentaire et la rigueur de la politique monétaire conduite ces deux dernières années.
Selon le gouverneur Johnson Pandit Asiama, les taux d’intérêt réels demeurent élevés malgré les assouplissements successifs, ce qui justifie la poursuite du cycle de détente. Il a toutefois souligné que la baisse annoncée reste plus modérée que les précédentes, certaines ayant atteint jusqu’à 350 points de base lors du cycle d’assouplissement engagé en 2025.
Les autorités monétaires estiment que l’inflation devrait se maintenir dans la fourchette cible de 6 % à 10 % à moyen terme. Elles pointent néanmoins des risques à la hausse, notamment liés à la volatilité des cours du pétrole dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes au Moyen-Orient, susceptibles de perturber les chaînes d’approvisionnement mondiales et de relancer les pressions inflationnistes.
Hausse du taux de croissance économique
« Les conditions économiques intérieures se sont améliorées, avec une baisse des pressions inflationnistes et un regain de confiance des acteurs économiques », a déclaré le Dr Johnson Asiama.
Sur le plan macroéconomique, le tableau est globalement encourageant. Le PIB réel a progressé de 6,0 % en 2025, contre 5,8 % en 2024, tiré notamment par les secteurs des services et de l’agriculture. L’indice composite de l’activité économique réelle a enregistré une croissance annuelle de 8,4 % en janvier 2026. La dette publique a, elle, été ramenée à 45,3 % du PIB à fin 2025, contre 61,8 % un an auparavant, témoignant de l’ampleur de l’effort d’assainissement budgétaire accompli sous supervision du FMI. Les réserves de change se sont établies à 14,8 milliards de dollars en fin février 2026, soit l’équivalent de 5,8 mois de couverture des importations.
Cas d’école
La banque centrale met également en avant l’amélioration du secteur bancaire : progression des actifs, hausse des dépôts, recul des créances douteuses — le ratio des prêts non performants (NPL) est passé de 22,6 % à 18,7 % en un an. Il demeure toutefois élevé, et la Banque du Ghana a engagé des mesures réglementaires spécifiques. Par ailleurs, le taux moyen des prêts bancaires s’est replié à 19,2 % en février 2026, contre 30,1 % un an plus tôt, favorisant un redémarrage progressif du crédit au secteur privé.
Le redressement du Ghana est suivi avec attention à l’échelle du continent. Plusieurs économies africaines confrontées à des crises similaires de la dette et à une inflation élevée — notamment la Zambie, l’Éthiopie ou le Kenya — y voient un cas d’école en matière de consolidation budgétaire et de désinflation accélérée.

