Plusieurs capitales ont réagi*, entre samedi 28 février et dimanche 1er mars, aux bombardements frappes américano-israéliennes sur l’Iran et aux réponses de Téhéran. Entre Dakar, Pretoria, N’djamena, Abuja et Rabbat, entre autres, l’heure est à l’inquiétude et, parfois, à la condamnation.
La nuit du samedi 28 février a marqué un tournant dans l’histoire contemporaine du Moyen-Orient. Les États-Unis et Israël ont lancé une opération militaire conjointe et coordonnée contre l’Iran, ciblant des installations nucléaires, les systèmes de défense stratégique, ainsi que le complexe résidentiel du Guide suprême de la Révolution islamique, l’Ayatollah Ali Khamenei. Ce dimanche 1er mars, les médias iraniens ont annoncé la mort de celui qui dirigeait la République islamique depuis 1989, après une première annonce faite dès la veille par Donald Trump.
L’Iran a répliqué par d’intenses salves de missiles balistiques sur Israël, et sur les bases militaires américaines installées au Qatar, à Bahreïn, au Koweït, aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite. Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni en urgence dans la nuit. Et depuis, sur le continent africain, les voix se sont élevées, multiples, divergentes, mais toutes marquées par l’inquiétude.
L’Union africaine sonne l’alarme en premier
Dès les premières heures des bombardements, l’Union africaine a été parmi les premières institutions internationales à réagir. Dans un communiqué officiel, le président de la Commission de l’UA, Mahamoud Ali Youssouf a lancé un appel solennel à la « retenue, à la désescalade urgente et à un dialogue soutenu ».
Dans son message, le diplomate djiboutien élu en février 2025 à la tête de l’institution panafricaine a alerté sur les « graves conséquences pour les marchés de l’énergie, la sécurité alimentaire et la résilience économique — en particulier en Afrique, où les conflits et les pressions économiques demeurent aigus ». Une mise en garde qui prend une résonance particulière dans un continent dont des dizaines de millions de personnes dépendent des marchés mondiaux de l’énergie et des denrées alimentaires. En fin de journée du 28 février, et face à la riposte iranienne contre des États arabes, l’UA a publié un deuxième communiqué condamnant les frappes de missiles et de drones iraniens contre ses voisins.
L’Afrique du Sud entre mesure institutionnelle et véhémence politique
Membre des BRICS aux côtés de l’Iran, l’Afrique du Sud s’est retrouvée dans une position diplomatique particulièrement délicate. Le président Cyril Ramaphosa a publié un communiqué exprimant sa « profonde inquiétude » face à l’escalade des tensions, appelant toutes les parties à faire preuve « de la plus grande retenue ». La présidence a également rappelé, sur le fond du droit international, que la légitime défense ne peut s’exercer de façon anticipée, s’inscrivant ainsi dans une posture critique vis-à-vis de l’argument israélien de la « frappe préventive ».
La formation politique ANC (Congrès national africain), le parti au pouvoir, est allée plus loin, appelant à mettre fin aux « tactiques d’intimidation des États-Unis » au Moyen-Orient et réaffirmant son attachement au principe de non-agression entre nations souveraines. « Notre position est de toujours désapprouver toute attaque contre un autre État, quelles qu’en soient les raisons », a déclaré un dirigeant du parti.
Plus virulents encore, les Combattants pour la liberté économique (EFF) de Julius Malema ont dénoncé en termes cinglants une alliance Washington-Tel Aviv « résolument déterminée à défendre les intérêts israéliens dans toute la région, quel qu’en soit le coût humain », soulignant qu’Iran « a le droit de se défendre » face à une agression caractérisée.
Abuja appelle les parties à cesser le feu et Dakar en appelle au droit international
Le gouvernement du président Bola Tinubu a choisi une voix équilibrée mais ferme. Le ministère nigérian des Affaires étrangères a en effet publié un communiqué appelant toutes les parties à cesser le feu et à retourner à la table des négociations, dans l’intérêt de la paix mondiale. Ce, « pour le bien de la coexistence mondiale », selon le texte officiel.
En parallèle, Abuja a émis une alerte consulaire d’urgence pour les nombreux Nigérians résidant en Iran et dans les pays du Golfe affectés par les frappes de représailles iraniennes, leur conseillant de limiter leurs déplacements, d’éviter les zones stratégiques et de suivre strictement les directives des autorités locales.
Dakar a été parmi les premiers capitales africaines à prendre la parole. Dans un communiqué du ministère de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères, le Sénégal a condamné « l’usage de la force » qu’il considère comme « une menace à la souveraineté des États et à la stabilité mondiale », tout en appelant à un cessez-le-feu immédiat. Les autorités sénégalaises ont insisté sur le fait que la diplomatie demeure « le seul chemin crédible et durable » pour résoudre la crise, exhortant également leurs ressortissants dans la région à faire preuve de la plus grande prudence.
Au Tchad, condoléances et double condamnation
La réaction du président tchadien Mahamat Idriss Déby Itno a particulièrement retenu l’attention par sa dimension personnelle et émotionnelle. Après l’annonce de la mort de l’Ayatollah Khamenei le 1er mars, le chef de l’État tchadien a publié un message de condoléances sur ses réseaux sociaux : « C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris le décès du Guide de la Révolution islamique, l’Ayatollah Ali Khamenei, survenu dans les circonstances tragiques des récentes frappes. En cette heure de deuil, je tiens à exprimer au Gouvernement et au peuple iraniens mes condoléances les plus sincères et les plus émues. Le Tchad, attaché aux principes de paix et de solidarité internationale, partage la douleur de la nation iranienne ».
Mais le président tchadien a également condamné avec une égale fermeté les frappes de missiles iraniennes contre les pays du Golfe, affirmant que N’Djamena ne saurait cautionner d’attaques contre des États frères, quelle qu’en soit l’origine.
Indignations en Algérie, Rabbat condamne les ripostes
La presse algérienne n’a pas hésité à qualifier les attaques de « frappes américano-sionistes », reflétant la position traditionnellement pro-palestinienne d’Alger dans les conflits au Proche et Moyen-Orient. L’Algérie, qui partage avec l’Iran une méfiance commune envers les puissances occidentales, a appelé à un cessez-le-feu immédiat.
Sur le plan pratique, la compagnie nationale Air Algérie a annoncé dès le samedi 28 février la suspension de ses vols vers Amman, Dubaï et Doha, invoquant « les plus hauts standards de sécurité et de sûreté » pour ses passagers et ses équipages. Une décision qui témoigne de la gravité de la situation perçue depuis Alger.
Pour sa part, le positionnement du Royaume du Maroc reflète la complexité de sa position géopolitique. Signataire des Accords d’Abraham en 2020, Rabat entretient des liens militaires, sécuritaires et commerciaux solides avec Tel Aviv. Sans surprise, le Maroc n’a pas (encore) formulé de déclaration sur les frappes américano-israéliennes contre l’Iran. Cependant, face aux missiles tirés par Téhéran contre les États arabes du Golfe, le Royaume a publié un communiqué dénonçant avec fermeté les « attaques abjectes » de missiles iraniens qui ont violé l’intégrité et la sécurité des États arabes frères.
Au-delà des positionnements diplomatiques, c’est l’impact économique qui préoccupe au plus haut point les capitales africaines. La suspension des vols d’Air Algérie, la flambée du prix du carburant au Nigeria ou la menace sur les approvisionnements en énergie de l’Égypte, illustrent à quel point cette guerre à des milliers de kilomètres du continent peut fragiliser des économies déjà sous tension.
*Ce texte rapporte les sorties des différentes capitales africaines disponibles au 1er mars 2026, à 15h GMT. Certaines positions officielles sont susceptibles d’évoluer, ou de se faire signaler, dans les prochaines heures


Un commentaire
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