Bolloré-Necotrans: remorquage et sauvetage par temps de brume

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Les litiges maritimes finissent souvent par des arrangements qui, même s’ils sont mauvais, sont préférables aux bons procès . Qui aurait parié que  Bolloré et Necotrans, deux irréductibles concurrents sur la scène africaine, engagés qui plus est, dans un litige juridique aux relents politiques  sur le port de Conakry, vont faire la paix?  

La conjoncture a poussé le second, présent en Afrique depuis 30 ans, à chercher la protection du premier dans un premier arrangement obtenu auprès de divers créanciers dont Natixis, BNP Paribas, la Bred et Société Générale.  Arrangement  contre arrangement, Bolloré avait obtenu l’abandon des poursuites sur le port de Conakry, où il avait supplanté son concurrent par une décision contestée  au prix de la reprise de 49% de la société de terminaux de conteneurs du Gabon (STCG). C’était au mois de mai dernier. Mais depuis, les bateaux ont coulé bien des noeuds.  Necontrans a été placé en redressement judiciaire le  29 juin 2017 avec une période d’observation de 6 mois, au bénéfice de 11 des sociétés du groupe situées en France, dont Necotrans Holding, la société de tête.

Plusieurs repreneurs étaient positionnés pour la reprise de Necontrans.  Les informations évoquaient l’intérêt manifesté par le  singapourien Olam, le fonds Abraaj ou encore le hub marocain  Tanger Med (TMSA).    A la date limite de dépôt des offres, le 31 juillet, le tribunal avait donné un nouveau délai jusqu’au 11 août afin de permettre aux candidats d’améliorer leurs offres.

Au terme de cette période, 15 offres ont été examinées, aucune ne portant sur la totalité du périmètre de ces sociétés, mais sur la reprise d’activités autonomes de certaines des sociétés en redressement judiciaire. Le tribunal a finalement retenu l’offre présentée par le « consortium Bolloré ». Celle-ci comprend les “offres conjointes, non solidaires et non dissociables” de African Ports & Corridors Holdings (APCH), véhicule d’investissement basé à Maurice et constitué par le gérant de fonds African Investment Infrastructure Managers, filiale de la compagnie d’assurance britannique Old Mutual, de Bolloré Africa Logistics (BAL), filiale du groupe Bolloré, du groupe marocain Premium, spécialisée dans la distribution de biens d’équipement, et enfin du groupe de construction navale libanais Privinvest des frères Iskandar et Akram Safa.
Dans les faits, il s’agit d’une vente en pièces détachées. L’APCH a repris la  société  Terminaux Vraquiers du Sénégal et le terminal de Kribi au Cameroun. Le Groupe Bolloré  reprend notamment la société de manutention du terminal à conteneurs de Cotonou (Bénin), les terminaux de manutention conventionnelle détenus et opérés par Necotrans ou encore des participations minoritaires dans des places portuaires où Bolloré est déjà présent (comme au Bénin, au Cameroun ou au Brukina Faso). Premium récupère quant à lui l’activité de commercialisation, réparation et maintenance de camions, et Privinvest enfin acquiert des compétences de Necotrans dans le secteur pétrolier et gazier.
L’offre du consortium Bolloré – APCH – Premium – Privinvest permet le maintien de 86 des 119 emplois directs dans les sociétés françaises de Necotrans en redressement judiciaire, et de 1.100 emplois dans les filiales africaines, pour une valorisation globale d’environ 17,2 millions d’euros, selon les administrateurs judiciaires. Grégory Quérel, le président de Necotrans, s’il a émis un avis favorable à ces offres indivisibles, a regretté que le périmètre social de ces offres soit aussi faible, peut-on lire dans le jugement. Il a notamment souligné que deux-tiers des filiales du groupe, principalement des agences en Afrique, ne sont pas reprises.
Combinée avec l’offre retenue par le tribunal de la société Octavia de l’homme d’affaires Pascal Beveraggi sur NB Mining, qui porte l’activité minière en République démocratique du Congo, ce sont au total près de la moitié des emplois des quelque 4.000 salariés du groupe Necotrans qui sont préservés. Le communiqué de Bolloré, diffusé vendredi,  évoque, lui,  une “reprise partielle” de Necotrans dans le cadre d’un consortium avec “trois groupes internationaux”. Dans les milieux portuaires africains, l’affaire soulève beaucoup de questions.   Pourquoi ce consortium non solidaire a obtenu la reprise des filiales de Necontrans pour moins que les 20 millions d’euros que proposaient Olam?   Le géant singapourien qui a  réduit une offre initiale de 80 millions d’euros en raison d’informations sur  un reliquat à payer sur la concession de Kribi  voit filer une belle occasion de s’implanter dans les ports africains.