Réagissant à la parution de l’ouvrage « premier lexique bancaire et financier Français-Pulaar », Seybatou Aw, président de la compagnie de réassurance Aveni Ré estime que « nos langues africaines portent en elles la capacité d’exprimer le monde d’hier comme celui de demain ». Voici sa lettre intégrale adressée à Alassane Ba, l’auteur de l’ouvrage.
Cher Alassane,
À la lecture du beau témoignage de notre aîné Mamadou Oumakala, une profonde émotion m’a envahi. Ses mots ont ravivé en moi les souvenirs d’une époque qui a façonné notre génération, celle des solidarités naturelles et des amitiés sincères forgées dans les épreuves de la vie villageoise.
J’y ai retrouvé avec émotion le souvenir de mon grand ami, feu Farba Abdoulel Ba, ton frère, avec qui j’ai entretenu des relations fraternelles exceptionnelles. Son évocation m’a également rappelé d’autres amis, compagnons de jeunesse aujourd’hui disparus : Sall Elibana, Amadou Mobel et tant d’autres qui ont marqué notre parcours et dont la mémoire demeure vivante dans nos cœurs. À travers eux, c’est tout un pan de notre histoire commune qui ressurgit : celle des enfants du Fouta élevés dans la simplicité, l’effort, la dignité et le respect des valeurs héritées de nos parents.
Ton ouvrage s’inscrit précisément dans cette continuité entre mémoire et modernité. En entreprenant de traduire et d’adapter au pulaar les concepts les plus élaborés de la banque, de la finance et de l’économie contemporaine, tu accomplis bien davantage qu’un travail lexicographique. Tu contribues à démontrer qu’aucune langue africaine n’est condamnée à demeurer à la périphérie du savoir moderne. Tu rappelles avec force que nos langues portent en elles la capacité d’exprimer le monde d’hier comme celui de demain.
Ce lexique constitue à mes yeux une œuvre de transmission. Il relie les générations, rapproche les héritages culturels des exigences de la modernité et offre aux futurs chercheurs, enseignants, étudiants et professionnels un outil précieux pour penser le développement dans leur propre langue.
Les peuples qui avancent sont ceux qui savent préserver leurs racines tout en embrassant l’avenir. En donnant à la finance moderne des mots pulaar, tu ne fais pas seulement œuvre d’érudition ; tu participes à la construction d’une souveraineté intellectuelle et culturelle dont l’Afrique a profondément besoin.
Je te félicite pour cette contribution remarquable. Elle honore non seulement la communauté pulaarophone, mais également tous ceux qui croient que le développement durable passe aussi par la valorisation de nos langues, de notre mémoire et de notre patrimoine immatériel.
Avec toute mon amitié fraternelle et mon admiration.
Seybatou AW

