À Lomé, lors de la 2e édition des BOAD Development Days organisée autour du thème « Bâtir l’avenir de l’UEMOA : financer un habitat durable, inclusif et moteur de souveraineté énergétique », Manuel Moses a livré, ce vendredi 12 juin, un plaidoyer en faveur d’un meilleur partage du risque dans l’immobilier. Le directeur général d’ATIDI (l’Assurance pour le développement du commerce et de l’investissement en Afrique) a défendu une idée soutenue par l’assistance restée attentive lors de sa présentation : sans garanties solides, sans refinancement de long terme et sans architecture financière adaptée, l’accès massif au logement restera hors de portée pour une large partie des ménages ouest-africains.
Dans son intervention, le Zimbabwéen a replacé le débat dans deux mégatendances mondiales : l’urbanisation et le climat. À ses yeux, loger les populations ne relève pas seulement du social ; c’est aussi une question de compétitivité, de création de richesse intergénérationnelle et d’emplois. Il a insisté sur l’importance de bâtir des logements adaptés aux réalités africaines : matériaux locaux, efficacité énergétique, orientation climatique des bâtiments et intégration de solutions renouvelables. Manuel Moses a également rappelé que le logement est un levier de dignité, mais aussi un actif économique capable de structurer une classe moyenne plus large.
Le cœur de son message a toutefois porté sur la nécessité de « dérisquer » le secteur. Le dirigeant de l’assureur multilatéral panafricain a expliqué que des institutions comme ATIDI peuvent aider les banques et les investisseurs à dépasser leurs limites de portefeuille en prenant une partie du risque sur des projets immobiliers plus ambitieux. Cette logique permettrait d’élargir l’offre de crédit au logement, tout en rassurant les financeurs. Il a aussi mis en avant l’intérêt des garanties de performance pour les promoteurs et PME du bâtiment, en citant des mécanismes déjà déployés ailleurs sur le continent pour sécuriser les programmes de logements abordables.
Changer d’échelle
Autre axe majeur : le refinancement hypothécaire. Pour Manuel Moses, le défi n’est pas seulement de prêter, mais de prêter plus longtemps. En allongeant la maturité des financements, les mensualités deviennent plus soutenables et le logement plus accessible. Il a ainsi plaidé pour des lignes de crédit dédiées à l’habitat et pour le renforcement de véhicules de refinancement capables de créer un véritable marché secondaire du crédit immobilier dans l’UEMOA.
En reliant cette réflexion à la souveraineté énergétique, l’ancien cadre de la Société Financière Internationale (SFI) a enfin ouvert la voie à des programmes combinant habitat abordable et mini-réseaux renouvelables. Un message clair : en Afrique de l’Ouest, la finance du logement ne pourra changer d’échelle qu’en articulant garanties, refinancement et transition énergétique.

