À J-7 des Assemblées annuelles 2026 du Groupe de la Banque africaine de développement, Brazzaville s’apprête à devenir, pour quelques jours, l’épicentre des débats économiques et financiers africains. Rarement le contexte aura été aussi chargé de contradictions : une Afrique appelée à accélérer sa transformation industrielle tout en faisant face à un renchérissement du coût du capital, à une fragmentation géopolitique croissante et à des besoins de financement estimés à plusieurs centaines de milliards de dollars par an.
Le thème retenu cette année — « Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté » — résume à lui seul l’équation stratégique du continent. Derrière cette formule se dessine une volonté claire : déplacer progressivement le centre de gravité du financement africain en misant davantage sur les ressources domestiques, les marchés de capitaux régionaux, les investisseurs institutionnels africains, les fonds souverains et les mécanismes innovants de financement.
Ces Assemblées revêtent également une portée institutionnelle particulière. Elles seront les premières de Sidi Ould Tah à la présidence du Groupe de la BAD. L’ancien dirigeant de la BADEA arrive avec une doctrine articulée autour de la Nouvelle architecture pour le financement du développement de l’Afrique (NAFAD), prolongement du Consensus d’Abidjan issu du Dialogue sur la nouvelle architecture financière africaine tenu en avril dernier. L’ambition est désormais de faire émerger une ingénierie financière africaine capable de réduire la dépendance du continent aux financements extérieurs traditionnels.
Le programme des Assemblées reflète cette orientation très politique et stratégique. Les réunions statutaires des gouverneurs réuniront les ministres des Finances, gouverneurs de banques centrales et représentants des 81 pays membres autour des grandes priorités de la Banque. Les débats devraient largement tourner autour de la soutenabilité de la dette, de la mobilisation des capitaux privés, de la réforme de l’architecture financière internationale, du financement des infrastructures et de la transformation industrielle.
Le “Governors Dialogue” figure parmi les temps forts annoncés. Cette séquence de haut niveau devrait permettre aux décideurs africains et internationaux d’échanger sur les voies de mobilisation de l’épargne africaine et sur les moyens de mieux canaliser les flux financiers vers les secteurs productifs du continent.
Comme chaque année, les “knowledge events” et panels thématiques occuperont une place importante dans l’agenda. Plusieurs sessions porteront sur les marchés de capitaux africains, la finance climatique, les corridors logistiques et énergétiques, les investissements dans les infrastructures, la transformation locale des matières premières, le financement des PME ainsi que les nouvelles chaînes de valeur industrielles africaines.
Les rencontres B2B et forums investisseurs constitueront également un temps fort de cette édition. Banques régionales, fonds d’investissement, institutions multilatérales, entreprises et souverains y multiplieront les échanges autour des opportunités de financement et de partenariat. Plus de 3 000 participants sont attendus au Centre international de conférences de Kintélé.
Brazzaville entend aussi profiter de cette séquence pour repositionner l’Afrique centrale dans les grands flux financiers africains. Longtemps perçue comme en retrait dans le développement des marchés de capitaux continentaux, la région veut démontrer sa capacité à participer pleinement à la mobilisation de l’épargne africaine. Les autorités congolaises comptent également mettre en avant les enjeux de finance climatique liés au Bassin du Congo ainsi que les perspectives de financement vert associées à la deuxième forêt tropicale du monde.
Au-delà des discours et des panels, ces Assemblées seront surtout observées comme un test de crédibilité. Dans un monde marqué par les tensions géopolitiques, le protectionnisme et la raréfaction des ressources concessionnelles, l’Afrique cherche désormais à bâtir sa propre souveraineté financière. Brazzaville pourrait ainsi marquer le passage d’un narratif de dépendance à une logique de financement endogène du développement africain.
INFOS PRATIQUES — ASSEMBLÉES ANNUELLES 2026 DE LA BAD
Lieu :
Centre international de conférences de Kintélé, Brazzaville, République du Congo.
Dates :
Du 25 au 29 mai 2026.
Thème :
« Mobiliser des ressources à grande échelle pour le financement du développement de l’Afrique dans un monde fragmenté ».
Participants attendus :
Plus de 3 000 délégués, dont des chefs d’État, ministres des Finances, gouverneurs de banques centrales, dirigeants d’institutions financières internationales, investisseurs, banques, entreprises et experts.
Temps forts du programme :
• Réunions statutaires du Conseil des gouverneurs
• Governors Dialogue
• Panels et “Knowledge Events”
• Forums investisseurs et rencontres B2B
• Sessions sur la finance climatique, les marchés de capitaux et les infrastructures
• Rencontres bilatérales et diplomatiques
Présidence :
Premières Assemblées annuelles conduites par Sidi Ould Tah en qualité de président du Groupe de la BAD.
Ville hôte :
Brazzaville souhaite profiter de l’événement pour renforcer son positionnement comme plateforme de dialogue économique et financier en Afrique centrale.
Programme officiel :
Programme des Assemblées annuelles 2026 de la BAD
Inscription et agenda
À propos
Retrouvez l’équipe de Financial Afrik aux assemblées annuelles de la BAD avec des plateaux, des directs, des interviews et des analyses à chaud en français et en anglais.

