Avec le lancement de son Guichet Unique de Cartographie des Infrastructures, annoncé le jeudi 2 avril 2026, le Togo franchit une nouvelle étape dans sa transformation numérique. Cette plateforme permet de recenser et visualiser sur une même carte l’ensemble des réseaux, notamment enterrés, de l’électricité aux télécommunications, afin de prévenir toute destruction d’infrastructures existantes lors de la réalisation de nouveaux travaux.
Au-delà de l’outil, le projet illustre un changement d’échelle dans l’action publique : celui d’un pays qui structure ses données, identifie ses besoins opérationnels et mobilise le numérique comme levier de transformation.
Utiliser la data au service des Togolais
L’ambition du Guichet Unique repose sur un principe simple : construire sans détruire. Concrètement, il s’agit d’une plateforme numérique nationale qui centralise et cartographie l’ensemble des infrastructures de service, notamment les réseaux d’électricité, d’eau, de gaz et de télécommunications, afin de rendre ces informations accessibles et exploitables par les différents acteurs concernés.
Jusqu’ici, ces données restaient dispersées, parfois incomplètes, compliquant la planification des travaux et multipliant les risques d’endommagement d’ouvrages existants. Le dispositif vise à constituer un référentiel national unique, rendu obligatoire par décret : tous les différents intervenants sur le terrain ont l’obligation d’y déclarer leurs infrastructures et chantiers, garantissant ainsi une base de données complète et continuellement mise à jour, au service de la décision publique et des opérateurs.
Le projet repose sur trois composantes complémentaires : une plateforme web recensant l’ensemble des réseaux (électricité, eau, gaz, télécommunications, voirie…) ; Centipos, un réseau national de 25 stations de référence permettant une localisation des infrastructures au centimètre près, dont les corrections de position sont transmises en temps réel ; et une application mobile dédiée aux inspections de terrain, permettant aux équipes techniques de localiser précisément les ouvrages, de vérifier les informations existantes et de mettre à jour les données en temps réel.
Les données ainsi collectées, continuellement mises à jour, sont accessibles et exploitables par l’ensemble des opérateurs. L’ensemble fonctionne comme une chaîne continue, allant de la déclaration des travaux à l’analyse des interactions entre réseaux, jusqu’à l’intervention sur le terrain et la mise à jour des informations », explique le responsable du projet.
Ce qui distingue le projet, c’est notamment son échelle. Après un an de cartographie, de développement et de tests, le système est opérationnel au niveau national. Avec 25 stations de référence reliées à un calculateur central, il est présenté comme l’un des projets de cartographie les plus étendus en Afrique de l’Ouest.
Pour les opérateurs publics comme privés, les enjeux sont concrets : réduction des interruptions de chantier, limitation des pertes liées aux travaux interrompus, amélioration de la planification. Grâce notamment à Centipos, les usages dépassent le seul secteur du BTP et concernent également le cadastre, le foncier, ou encore certaines applications agricoles et environnementales. Cette approche, centrée sur la résolution de contraintes opérationnelles, traduit un positionnement pragmatique du numérique, orienté vers des usages concrets.
Une stratégie par couches
Ce lancement s’inscrit dans une trajectoire plus large. Le Togo a d’abord investi dans ses infrastructures : arrivée du câble sous-marin Equiano de Google en 2022 pour augmenter fortement la capacité internet du pays, projet de déploiement de fibre optique sur les lignes électriques, ou encore mise en service de son premier data center en 2021.
Depuis 2024, les initiatives se sont multipliées, notamment autour de la gestion de la donnée et de la modernisation administrative. Le Géoportail national, lancé en 2025, centralise les données géospatiales de l’État. L’Observatoire national du numérique vise à mesurer, grâce aux données de toutes les infrastructures socio-économiques, l’impact des politiques publiques. Parallèlement, le pays prépare une stratégie nationale sur l’intelligence artificielle ainsi qu’un Code du numérique destiné à actualiser le cadre réglementaire pour booster la croissance économique.
À ces dispositifs s’ajoutent des projets orientés vers les usages. Le système e-ID Togo permet une identification biométrique unique des résidents. Le Programme d’Accélération Numérique du Togo (PANT), programme structurant soutenu par la Banque mondiale, déploie à l’échelle nationale les infrastructures haut débit en fibre optique, les compétences et l’écosystème d’innovation qui sous-tendent de nombreuses initiatives numériques du pays, notamment en connectant écoles, centres de santé et administrations. La digitalisation des mairies et la mise en ligne de services d’état civil participent à la transformation des services publics.
L’ensemble traduit une approche progressive, articulée autour de plusieurs leviers : infrastructures, données, services et formation. Si ces dispositifs produisent les effets attendus, le Togo pourrait consolider sa place parmi les acteurs les plus structurés du numérique en Afrique de l’Ouest.
Reste la question de l’impact concret de ces initiatives. Le Guichet Unique de Cartographie des Infrastructures constitue à cet égard un cas d’application à suivre. Son approche structurée et ses ambitions affichées sont prometteuses. Reste à en mesurer les effets réels sur le terrain.

