Premier producteur mondial de cacao avec près de 40 % de l’offre mondiale, la Côte d’Ivoire est confrontée à des tensions logistiques dans l’écoulement de sa grande campagne. Les membres de l’Organisation interprofessionnelle agricole café-cacao (OIA), réunis le 18 mars 2025 à Abidjan, ont examiné l’état des lieux et les défis liés à l’évacuation des stocks résiduels. Sur les 100 000 tonnes initialement inventoriées dans les magasins des coopératives, le bilan reste partiel : selon Doua Obedé, 3e vice-président de l’organisation, environ 37 774 tonnes ont été enlevées à ce jour, auxquelles s’ajoutent 13 000 tonnes actuellement en cours de traitement dans les ports. Ce bilan laisse un volume critique estimé entre 55 000 et 60 000 tonnes encore en attente d’enlèvement — une situation qui cristallise les inquiétudes des présidents de coopératives, dont les capacités de stockage atteignent leurs limites.
Parallèlement, le passage de la grande campagne à la campagne intermédiaire introduit une transition tarifaire significative pour les producteurs. La baisse du prix d’achat de 2 800 à 1 200 francs CFA représente un ajustement économique notable. Si les planteurs semblent disposés à accepter ce nouveau tarif pour la petite campagne, l’enjeu prioritaire demeure le paiement intégral des stocks anciens au prix garanti de 2 800 francs CFA. « Le prix de 1 200 francs est d’ailleurs accepté et je crois que les producteurs ont déjà commencé à vendre la petite campagne. Nous n’avons pas de problème avec cela, mais faisons en sorte que les producteurs puissent gagner les 2 800 francs sur le stock résiduel des 100 000 tonnes pour que le climat social reste paisible », a déclaré M. Doua.
Le blocage de l’opération semble provenir d’une distorsion entre l’inventaire prévisionnel et l’exécution réelle des flux. L’OIA pointe une anomalie dans la répartition des volumes : une partie significative du stock subventionné aurait été captée par des opérateurs non inscrits sur la liste initiale des bénéficiaires. Des volumes spécifiques — 15 000 tonnes orientées vers Transcao et 30 000 tonnes vers un opérateur privé non identifié — auraient ainsi été acheminées hors des circuits des coopératives ciblées. Ce dysfonctionnement appelle une réorientation urgente des flux vers les acteurs initialement recensés par le Conseil du Café-Cacao, afin de rétablir l’équité de la mesure gouvernementale.
Face à cette situation, l’OIA privilégie une approche institutionnelle plutôt que la confrontation. Le dossier est désormais porté au sommet de l’État, avec l’implication de l’Assemblée nationale, de la Primature et de la Présidence de la République. L’objectif de cette démarche de plaidoyer est d’assurer une remontée fluide de l’information technique vers l’exécutif, afin que les 291 milliards de francs CFA (environ 509 millions de dollars) mobilisés par l’État atteignent effectivement leurs destinataires. En s’appuyant sur les données de la Direction de la commercialisation intérieure, l’OIA espère une résolution rapide qui permettrait aux coopératives de libérer leurs entrepôts et d’assainir la trésorerie de l’ensemble de la filière.

