La présidence sud-africaine a confirmé, le 15 mars 2026, avoir réceptionné le mémoire en défense d’Israël déposé devant la Cour internationale de Justice (CIJ). Ce dépôt fait suite à deux reports obtenus par l’État hébreu, qui ont décalé l’échéance initiale de juillet 2025 au 12 mars 2026. Les services juridiques de Pretoria procèdent désormais à une évaluation approfondie de ce document.
La question stratégique porte sur une option procédurale : soumettre une réplique écrite complémentaire pour réfuter les arguments adverses, ou solliciter l’ouverture immédiate de la phase des plaidoiries orales. Ce choix, qui appartient exclusivement à l’Afrique du Sud en tant que partie demanderesse, aura des incidences directes sur le calendrier de la procédure.
Pour rappel, la requête engagée par l’Afrique du Sud en décembre fin 2023 repose sur des allégations de violations de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. L’argumentation juridique de Pretoria soutient que les opérations militaires menées à Gaza contreviennent aux obligations internationales d’Israël. Cette procédure de longue haleine vise à établir une responsabilité étatique, au-delà des mesures d’urgence déjà débattues, en s’appuyant sur une documentation exhaustive des actions menées sur le terrain et de leur intentionnalité présumée.
L’Afrique du Sud ne porte pas seule ce dossier. Plusieurs États africains — dont l’Algérie— ont déposé des déclarations d’intervention ou manifesté leur soutien à la démarche judiciaire de Pretoria. Cette mobilisation continentale illustre une conscience africaine partagée, héritée en partie d’une longue expérience des politiques coloniales et ségrégationnistes que l’Afrique du Sud a elle-même subies sous l’apartheid. La cause palestinienne y résonne comme un écho direct de ces combats historiques pour la dignité des peuples.
Depuis le début du litige, la CIJ a rendu trois ordonnances provisoires à caractère contraignant. Ces mesures imposaient à Israël de prévenir tout acte génocidaire et de garantir un accès humanitaire sans entrave à la population civile. Toutefois, la position de Pretoria reste ferme : ces injonctions n’auraient pas été respectées de manière effective. L’Afrique du Sud pointe une déconnexion entre les exigences de la Cour et la réalité sur le terrain, caractérisée par la persistance des frappes et des restrictions logistiques sévères.
Le débat juridique s’inscrit dans un contexte de dégradation critique des indicateurs humanitaires à Gaza, qualifié de « catastrophique » par le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres. Les pénuries alimentaires chroniques et l’accès limité aux soins de base constituent des éléments de preuve centraux que l’Afrique du Sud entend faire valoir lors des prochaines étapes de la procédure. Le choix de recourir ou non à une réplique écrite sera déterminant pour la célérité avec laquelle la Cour pourra se prononcer sur le fond de cette affaire historique — et pour l’ensemble du continent africain, attentif à cette jurisprudence en devenir.

