C’est un véritable séisme au Cameroun. Le 17 mars 2026 à Yaoundé, Théodore Datouo, 65 ans, (il est né le 22 juillet 1960, ndlr), jusqu’ici vice-président de l’Assemblée nationale, est le nouveau président de la Chambre basse du Parlement camerounais. Cet opérateur économique qui a mené dans les délais la construction du nouveau siège de l’Assemblée nationale, originaire de la région de l’Ouest du pays, remplace à ce poste Cavaye Yeguié Djibril, quadragénaire en poste depuis 34 ans.
De sources proches de l’Assemblée nationale, la décision de remplacer le député de la circonscription de Mayo-Sava dans la région de l’Extrême-Nord a été prise par le Comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti politique de Paul Biya, majoritaire dans cette institution. « En réalité, il s’agit d’une décision du président national du RDPC, Paul Biya, qui a choisi de se débarrasser d’un vieux compagnon affaibli par les maladies et l’âge mais qui était aussi devenu de plus en plus incohérent lors de ses prises de parole publiques », susurre un responsable du RDPC sous anonymat. Donc, « encombrant » malgré la victoire de Paul Biya dans la région de l’Extrême-nord que le maître d’éducation physique et sportive de formation peinait déjà à contrôler.
Cette décision, selon certains analystes politiques camerounais, « ouvre une nouvelle ère à l’Assemblée nationale ». Sur Méta, l’avocat Nkongho Felix Agbor a salué « un nouveau tournant ». Pour le défenseur des droits de l’homme, « l’élection de l’Honorable Théodore Datouo à la présidence de l’Assemblée nationale marque un tournant important dans la vie politique de notre pays. Au-delà d’un simple changement de leadership, il s’agit d’un test pour la crédibilité, l’indépendance et le rôle réel de notre Parlement ».
Pour rappel, Théodore Datouo devient le cinquième président de l’Assemblée nationale du pays depuis l’indépendance du Cameroun le 1er janvier 1960. Ce, après Samuel Marigoh Mboua, Salomon Tandeng Muna, Lawrence Fonka Shang et le Lamido (chef supérieur) de Mada, Cavaye Yéguié Djibril. Cette élection redistribue les cartes et redéfinit la géopolitique camerounaise. Elle intervient dans un contexte où, de plus en plus, le microcosme politique est secoué par des informations persistantes sur « une révision constitutionnelle qui devrait (ré)introduire le poste de vice-président de la République ». Selon plusieurs sources politiques au sein du RDPC, « le poste de vice-président de la République pourrait revenir à un originaire des régions anglophones, le Premier ministre reviendrait alors à l’Extrême-nord, région d’origine du président de l’Assemblée nationale sortant ».
Par ailleurs, et dans la même logique, on devrait s’attendre au remplacement du président du Sénat, Marcel Niat Njifendji, grabataire et absent de l’hémicycle depuis belle lurette. Comme il est de tradition avant toute grande décision au Parlement, après l’Assemblée nationale, le secrétaire général du Comité central RDPC, Jean Kuete, a convoqué les sénateurs. « Il est question de leur transmettre la décision du président national de mettre fin au règne de l’actuel timonier du Sénat », confie un habitué de ces navettes entre le Parlement et l’instance administrative du RDPC. Alors que nous allions sous presse, des informations en provenance du Sénat faisaient état de ce que « les sénateurs ont élu Aboubakary Abdoulaye comme leur nouveau président ». A 64 ans, celui qui est également Lamido de Rey-Bouba, va officiellement assumer des fonctions qu’il assume comme intérimaire depuis presque trois mandats.

