Près de trois mois après la tentative de coup d’État au Bénin, la Police républicaine hausse le ton. Depuis ce lundi 2 mars, un avis de recherche assorti d’une prime de 20 millions de francs CFA — soit un peu plus de 30 000 euros — fait le tour des réseaux sociaux du pays. L’État met désormais à prix la tête des neuf cerveaux présumés du putsch du 7 décembre 2025, toujours en fuite.
Pour comprendre l’urgence et l’ampleur de cette annonce, il faut revenir aux premières heures de ce dimanche de décembre à Cotonou. Un groupe de militaires des Forces armées du Bénin conduit par le lieutenant-colonel Pascal Tigri avait lancé, à cette date, une attaque coordonnée contre la résidence du président Patrice Talon. Simultanément, des soldats mutins prennent le contrôle de la Société de radio et de télévision du Bénin (ORTB) et s’emparent de deux hauts gradés en otage : le chef d’état-major de l’armée de terre, le général Abou Issa, et le chef de la garde nationale, le colonel Gomina Faizou.
Depuis les studios de la télévision nationale, Pascal Tigri et ses complices lisent en direct leur déclaration de prise de pouvoir, se proclamant Comité militaire pour la refondation et annonçant la destitution du président Talon, la suspension de la Constitution et la fermeture des frontières.
Neuf noms et neuf visages
Mais le putsch tourne court. Dès la matinée, l’armée loyaliste contre-attaque. Appuyée par la force aérienne nigériane — qui bombarde notamment le camp militaire de Togbin, base des mutins — et par des forces spéciales françaises dépêchées depuis Abidjan, la Garde républicaine reprend rapidement le dessus. Vers la mi-journée, le ministre de l’Intérieur, Alassane Seidou, annonce que la tentative de putsch est matée. Les deux généraux otages sont libérés dans la nuit suivante. Les putschistes, eux, prennent la fuite.
Trois mois après ces événements, une douzaine de militaires et une trentaine de civils ont certes été arrêtés, dont Candide Azannaï, ancien ministre de la Défense, et Soumaïla Sounon Boké, ancien député. Mais les têtes pensantes de l’opération demeurent introuvables.
C’est pour colmater cette brèche que le Centre national d’investigations numériques (CNIN) a diffusé, le 27 février 2026, son avis de recherche officiel accompagné des photos et des identités des neuf fugitifs. La liste comprend : Pascal Tigri, Castro Sambiéni, Ousmane Samary, Bernard Sanhouékoua, Moussa Noma Rafiou, Dassoudo Démanmon, Issa Soumanou, Setondji Laurier et Osseni Yacoubou Moudachirou.
20 millions de FCFA, et peut-être plus
Le communiqué de la Police est sans ambiguïté : 20 millions de francs CFA seront versés à toute personne fournissant des informations crédibles et vérifiables permettant de localiser l’un des individus recherchés. Un numéro de téléphone dédié est mis à disposition, avec garantie d’anonymat pour les informateurs. Surtout, la police précise que la récompense pourra être revue à la hausse si les renseignements transmis conduisent directement à une arrestation.
Selon plusieurs sources, des mandats d’arrêt internationaux ont également été émis contre ces individus.
Cette nouvelle offensive judiciaire intervient dans un contexte politique marqué par les préparatifs des élections présidentielles prévues en avril 2026, auxquelles le président Talon, dont le second mandat touche à sa fin, ne prend pas part.

