Le Togo pris au piège de sa propre dette

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Après des investissements tous azimuts réalisés sur la période 2012-2016, avec pour conséquence, un endettement accru, le Togo ne pourra plus désormais prétendre à de nouveaux emprunts non concessionnels, d’autant plus que les emprunts concessionnels sont encadrés. C’est là un des engagements que l’on peut retenir du dernier rapport « Perspectives Economiques en Afrique » de la Banque africaine de développement (BAD), publié lundi 22 mai aux assemblées générales de l’institution. Rapport qui revient sur  l’accord conclu par le pays au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC).

Un véritable piège _ voire un handicap _ que Lomé ne pourra esquiver, du moins jusqu’en 2019, pour maintenir une croissance jusque-là favorisée, d’une part, par les investissements publics qui ont fait grimper considérablement la dette publique.

Mardi 03 janvier 2017. L’exécutif annonce, par le biais d’un communiqué sanctionnant un conseil des ministres tenu le même jour, que des discussions étaient déjà en cours avec le Fonds monétaire international (FMI) en vue de la conclusion d’un programme sur 3 ans. Ce programme, a-t-il poursuivi, devrait permettre « à notre pays de maitriser son endettement tout en soutenant notre croissance économique en vue de créer la richesse nécessaire pour l’amélioration des conditions de vie des populations ».

Quatre mois plus tard, le FMI d’annoncer que son conseil d’administration a approuvé le nouvel accord en faveur du Togo au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC), pour un montant de 176,16 millions de DTS (120 % de la quote-part du Togo, soit environ 241,5 millions de dollars américains), ceci « en appui aux réformes économiques et financières entreprises par le pays ». Une décision qui aura permis un premier décaissement immédiat d’environ 34,5 millions de dollars, avec un reliquat annoncé pour être échelonné sur la durée du programme, sous réserve de revues semestrielles.

Nouvellement conclu avec le FMI, le programme vise à réduire le déficit budgétaire global de manière considérable en début de période afin d’assurer la viabilité à long terme de la dette et de la position extérieure, et à corriger les faiblesses existantes du secteur financier, surtout dans les deux banques publiques dont l’Etat vient d’autoriser la fusion.

Par ailleurs, il vise à consolider la stabilité macroéconomique et de promouvoir une croissance durable et inclusive, tout en ciblant les dépenses sociales et en engageant des dépenses dans les infrastructures de manière viable sur le plan financier.

Cette croissance, longtemps portée par le niveau élevé des investissements publics engagés par le gouvernement pour s’attaquer aux déficits en infrastructures, a connu un ralentissement en 2016 (5% contre 5,3 % un an plus tôt), après la courbe haussière observée depuis 2012.

Et pour cause, Lomé, acculée par le poids d’une dette passée de 75,4% du Pib en 2015 à 76%, contre un plafond de 70% fixé par l’UEMOA, ne sera plus en mesure de financer ses programmes, le tout couronné par un détournement du trafic portuaire vers d’autres ports de la sous-région. Pourtant, le ratio était de 42% au lendemain de l’atteinte de l’initiative Pays Pauvre Très Endetté (PPTE) en 2010, et 48,6%  un an plus tard.

Selon le rapport élaboré et présenté conjointement par la BAD, le Centre de développement de l’organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), l’accord du FMI destiné à financer le programme (2017-2019) « considère que l’État ne peut plus contracter de nouveaux emprunts non concessionnels sachant que les emprunts concessionnels sont encadrés ». Et de poursuivre que la dette publique pourrait baisser de 76% du PIB en 2016, à 56,4% à l’horizon 2021.

Par ailleurs, les réformes prévues par le programme devraient conduire à une consolidation de la croissance, projetée à 5.1 % cette année par le rapport. « Le secteur primaire se porterait mieux avec une contribution à la croissance de 1,9 point en 2017 suivi du secteur tertiaire avec 1,7 point et en dernière position, le secteur secondaire avec 0,9 point », précise-t-il. « Ainsi, la projection 2017 de la contribution au PIB des branches non marchandes est de -0,9 point contre 0,8 point pour la TVA et 0,7 point pour les droits de douane.

 

Projet « suspendus »

Et pourtant, Lomé n’est visiblement pas à terme de ses ambitions d’investissements. Des projets restés en chantiers, d’autres restés au stade de lancement, les exemples ne manquent pas.

D’ailleurs, le ministre de l’économie et des finances, lors du vote du budget 2017, a déclaré une kyrielle de projets suspendus et/ou annulés. Le plus surprenant fut celui du financement et la réalisation du barrage d’Adjarala, projet commun développé avec le Bénin sur le fleuve éponyme, dans le but de faire face au déficit énergétique dont souffrent les deux voisins.

D’un cout total estimé entre 275 et 300 milliards de F CFA, les travaux qui devront être réalisés par le chinois Sinohydro Africa, devront en principe être financés par les deux pays. Le Bénin avait obtenu d’Exim Bank of China, un prêt concessionnel de près de 150 milliards en novembre 2016 pour financement partiel des travaux, ce qui venait s’ajouter à quelques 36 milliards glané quelques mois plus tôt par le chef de l’État togolais lors d’un périple en Chine.

Au rang des projets annoncés délaissés pour cause d’endettement, on cite, entre autres, le Projet PURISE – destiné à la réhabilitation des infrastructures et des services électriques financé par la Banque mondiale, le projet BID3 pour la construction des infrastructures scolaires, et le projet d’aménagement de 1.000 ha de périmètres agro-sylvo pastoraux et halieutiques.

Des projets pourtant pas moins utiles pour le développement socio-économique, et de là, la croissance du PIB.

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