Par Abderrahmane Mebtoul, Professeur des universités, expert international docteur d’Etat 1974 en management stratégique

La Coupe du monde 2026 est conjointement organisée par trois pays : les Etats-Unis, le Canada et le Mexique C’est la première fois dans l’histoire de la compétition que trois nations s’associent pour accueillir le tournoi, qui rassemble un format record de 48 équipes. Les pays organisateurs ont fait les choses en grand. Les infrastructures et la logistique ont permis aux équipes de se concentrer uniquement sur le jeu. Le sport comme la musique et la culture sont des facteurs de rapprochement des peuples. Si chaque équipe brandit avec fierté et passion son drapeau, avec le désir puissant de vaincre, espérons que les différents matchs se jouent dans un esprit sportif positif et dans la joie avec un respect mutuel, loin hélas des conflits qui embrasent le monde . C’est un moment de bonheur et de partage .
1.-. Cependant, le patriotisme ne saurait s’assimiler au nationalisme chauviniste , car , les citoyens sont fiers d’être américains, chinois, russes , français, allemands, espagnols, italiens, sud-coréens . Pour le cas de l’Afrique , chacun est fier d’être africain, d’où l’importance d‘un dialogue productif en tolérant nos différences, l’unanimisme étant le signe de la décadence de toute société. Comme tout africain , je souhaite de tout cœur que nos équipes gagnent. Et quel que soit le résultat de la finale, elle aura permis de réconcilier les peuples avec eux-mêmes.
A toute victoire, nous assistons dans chaque pays à une fièvre de liesse populaire en faveur du drapeau national, des immeubles, des maisons, des voitures, bus et camions décorés de drapeaux de chaque pays. Qu’elles sont belles ces petites filles et qu’ils sont beaux ces petits garçons, innocents et sans calculs monétaires, habillés du drapeau de leur pays. Ainsi, grâce au football, le monde se réconcilie avec lui même et bon nombre d’équipes notamment africaines réconcilie également leur pays avec sa communauté émigrée, montrant qu’un Africain , sportif, intellectuel, ou opérateurs économiques, évoluant dans un autre environnement, loin des tracasseries bureaucratiques, s’épanouit. On ne peut faire revenir les « génies », il ne faut pas se tromper de cibles, que si on améliore d’abord le sort de ceux qui sont sur place pour éviter également leur départ par leur revalorisation et surtout par la considération supposant un renversement des échelles de valeur reposant sur la morale, le savoir et non sur les rentes, où hélas les pratiques sociales contredisent souvent les discours des gouvernants.
2.-. Remercions donc vivement les équipes africaines pour ce renouveau d’espoir qu’elle suscite au profit exclusif de l’Afrique. Lié à ce processus de développement indissociable, pour bénéficier véritablement de son intégration au marché international, le football africain doit absolument construire un modèle économique dont la professionnalisation lui permettant de conserver ses meilleurs joueurs plus longtemps supposant des mécanismes de régulation qui arbitrent de manière plus équilibrée entre recherche du profit et les aléas des compétitions. La leçon principale que l’on peut tirer est que la population africaine d’une manière générale et sa jeunesse d’une manière particulière ( 70% de la population) est capable de miracles pour peu qu’ on lui tienne un discours de vérité grâce à une nouvelle communication et une gouvernance rénovée, et ce grâce à une mobilisation citoyenne, cette jeunesse dynamique bien plus importante que toutes les ressources en ressources naturelles que recèle l’Afrique.
Car, le véritable patriotisme se mesurera à l’avenir par la contribution de chaque africain à l’accroissement de sa participation à la valeur ajoutée locale et mondiale et aux gouvernants une moralité sans faille. En fait, la population africaine à travers cette mobilisation grâce au football, demande plus de liberté, plus de justice sociale la récompense du travail de l’intelligence et non les rentes en contrepartie de soumissions de clientèles, en un mot un Etat de droit et la démocratie sans renier ses valeurs culturelles. Face à des mesures autoritaires bureaucratiques centralisées sans adhésion et concertation, l’autosatisfaction source de névrose collective, la faiblesse de contrepoids politiques et économiques, la société enfante la sphère informelle dominante en Afrique, qui a ses propres règles qui lui permettent de fonctionner , règles beaucoup plus solides que celles que le pouvoir central veut imposer car reposant sur la confiance. .
3.-Face à cet événement mondial du football avec une mobilisation sans pareille , les autorités devraient méditer avec une extrême attention. Et oui , qui a dit que les Africains n’aimaient pas leur pays puisque la leçon vient de jeunes qui donnent des leçons aux adultes. Les derniers évènements et mesures biaisées montrent clairement que certains segments des pouvoirs publics (central et local), du fait de l’ancienne culture bureaucratique et administrative, n’ont pas une appréhension claire de l’essence de la crise actuelle et des profondes reconfigurations géostratégiques qui s’annoncent .
La leçon que l’on peut tirer de cette mobilisation de jeunes sans arrières pensées, est que ce serait une grave erreur politique de certains partis politiques- pouvoir et opposition- ou de certaines personnes en mal de publicité de faire de cette mobilisation spontanée une adhésion à leur politique et s’il y a eu cette immense mobilisation, c’est que le politique est hors jeu. Car, selon l’adage l’espoir fait vivre, la majorité des Africains s’attachent , faute de mieux , à des signes d’espoir et que la leçon avec cette immigration et de cet exode de cerveaux massif , un pays sans son élite étant comme un corps sans âme, témoigne d’une situation de désespoir que certains responsables malveillants tentent de banaliser alors qu’ils constituent un malaise social profond. Après l’euphorie sportive, la majorité de la population africaine sera donc à nouveau confrontée à la dure réalité économique et sociale c’est dire le niveau de leur pouvoir d’achat et le gouvernement de trouver des solutions adéquates pour un développement durable Ainsi, la gouvernance renouvelée en Afrique, gouverner c’est prévoir, c’est penser à l’avenir de cette jeunesse car l’âge moyen de nos filles et garçons 16/25 ans et entre temps ont une exigence comme tout , avoir un emploi, un logement, se marier , avoir des enfants ? Avec une demande sociale croissante, l’ obligation, pour les dirigeants, est de préparer l’avenir des générations futures .
En conclusion, toute analyse objective ne peut isoler le sport d’une vision d’ensemble. L’Afrique a besoin qu’un regard critique et juste soit posé sur sa situation, sur ce qui a déjà été accompli et de ce qu’il s’agit d’accomplir horizon 2026/30/2050 . Au vu de cette immense énergie de la population, l’Afrique a toutes les potentialités pour devenir un continent pivot et relever les défis du développement face à la mondialisation, en ce monde en perpétuel mouvement, impitoyable où toute Nation qui n‘avance pas recule. après l’euphorie sportive, la majorité de la population africaine sera donc à nouveau confrontée à la dure réalité économique et sociale c’est dire le niveau de leur pouvoir d’achat et le gouvernement de trouver des solutions adéquates pour un développement durable.

