Par Abderrahmane Mebtoul, Docteur d’Etat 1974-professeur des universités expert international
New Delhi accueillera le 31 mai 2026 le 4e Sommet Inde-Afrique sous le thème « IA SPIRIT », consacré au partenariat, à l’innovation, à la résilience et à la transformation inclusive. L’Inde est aujourd’hui le pays le plus peuplé du monde avec environ 1,477 milliard d’habitants. Son PIB nominal devrait atteindre 4 153 milliards de dollars en 2026, avec un PIB par habitant estimé à 2 813 dollars selon le FMI. Malgré un léger ralentissement par rapport à 2024, la croissance demeure particulièrement soutenue, avec des prévisions oscillant entre 6,6 % et 7,8 % en 2025, faisant de l’Inde l’une des économies les plus dynamiques au monde.
Cette croissance repose principalement sur la consommation intérieure, la baisse de l’inflation ainsi que les investissements massifs du gouvernement dans les infrastructures, notamment les routes, les ports et le numérique. Et ce, malgré un environnement international complexe.
Les exportations totales de l’Inde, incluant biens et services, ont atteint environ 825,26 milliards de dollars pour l’exercice 2024-2025. La Chine est devenue le premier partenaire commercial de l’Inde pour l’exercice 2025-2026, avec des échanges estimés à 151,1 milliards de dollars. Les États-Unis demeurent toutefois le premier client des exportations indiennes. La Russie et les Émirats arabes unis figurent également parmi les partenaires stratégiques majeurs, notamment dans les domaines de l’énergie et de la défense.
Au 1er mai 2026, les réserves de change de l’Inde s’élevaient à environ 690,69 milliards de dollars.
Au cœur du sommet Inde-Afrique figure également la question de l’intelligence artificielle. L’Inde s’est imposée comme un acteur incontournable dans les technologies de l’information et les services numériques, consolidant sa position de « bureau du monde » dans les logiciels et l’externalisation, tout en montant en puissance dans l’intelligence artificielle et l’innovation numérique.
Le pays est désormais engagé dans une stratégie ambitieuse visant à faire de l’IA un levier de développement socio-économique pour le « Sud global ». Sans prétendre rivaliser frontalement avec les modèles américains ou chinois sur les grands modèles fondamentaux, New Delhi privilégie une approche pragmatique centrée sur les applications concrètes et le déploiement massif de solutions d’IA.
Dans le cadre de la stratégie « India AI », le marché indien de l’intelligence artificielle devrait passer de 13,05 milliards de dollars en 2025 à 130,63 milliards de dollars d’ici 2032, avec un taux de croissance annuel composé de 39 %.
Une coopération économique Inde-Afrique en forte progression
Après les précédentes éditions organisées en 2008, 2011 et 2015, qui avaient permis d’élargir la coopération dans les domaines du développement et du renforcement des capacités, l’Inde accueillera donc le quatrième Sommet du Forum Inde-Afrique (IAFS-IV) à New Delhi, en collaboration avec Union africaine.
L’événement réunira les dirigeants africains, des représentants de l’Union africaine ainsi que plusieurs organisations régionales afin de renforcer la coopération entre les deux parties. Une réunion des hauts fonctionnaires est prévue le 28 mai 2026, suivie le 29 mai par une réunion des ministres des Affaires étrangères Inde-Afrique, destinée à préparer les principaux axes du sommet.
Les autorités indiennes soulignent que ce forum constitue une plateforme essentielle de dialogue avec l’Afrique, fondée sur les principes de respect mutuel, d’égalité et de solidarité. Le sommet devrait également renforcer le partenariat Sud-Sud et promouvoir des initiatives de développement inclusif.
L’Inde est aujourd’hui le quatrième partenaire commercial de l’Afrique et figure parmi ses cinq principaux investisseurs. Pour l’exercice 2024-2025, les échanges commerciaux entre l’Inde et l’Afrique se sont élevés à 81,99 milliards de dollars, dont 42,6 milliards de dollars d’exportations indiennes et 39,2 milliards de dollars d’importations.
Les exportations indiennes vers l’Afrique concernent principalement les produits pétroliers, les produits pharmaceutiques, les automobiles, les biens d’équipement, les céréales, les produits chimiques et les textiles. Les importations africaines vers l’Inde sont dominées par le pétrole brut, le gaz naturel, le charbon, les engrais, les légumineuses et les pierres précieuses.
Parmi les principaux partenaires africains de l’Inde figurent le Nigeria, l’Afrique du Sud, l’Angola, l’Égypte, l’Algérie, le Kenya, le Sénégal, Maurice, le Maroc et le Mozambique.
Les investissements cumulés de l’Inde en Afrique ont atteint environ 80 milliards de dollars entre 1996 et 2025. Les entreprises indiennes sont particulièrement présentes dans les secteurs de l’énergie, des mines, des télécommunications, de l’industrie manufacturière, de l’agriculture et des services.
Elles interviennent notamment dans les secteurs minier, pétrolier et gazier, particulièrement au Mozambique. Elles sont également très actives dans le secteur des engrais au Maroc, au Sénégal et en Tunisie, ainsi que dans de nouveaux projets d’exploration en Égypte.
Plusieurs groupes indiens participent aussi à la construction et à la maintenance des réseaux électriques, des infrastructures de télécommunications, des routes, des ponts, des centrales électriques, des bâtiments publics, des métros et des réseaux ferroviaires dans plusieurs pays africains.
En conclusion, ce sommet Inde-Afrique confirme que l’Afrique, appelée à devenir entre 2030 et 2050 l’un des principaux moteurs de la croissance mondiale, constitue désormais un enjeu géostratégique majeur pour les grandes puissances comme pour les pays émergents.
Le continent africain dispose d’un PIB encore limité au regard de ses immenses potentialités — environ 3 120 milliards de dollars selon le FMI en 2025 — pour une population avoisinant 1,5 milliard d’habitants. Son véritable décollage dépendra toutefois d’une amélioration de la gouvernance et de la valorisation du savoir, dans un monde marqué par une profonde recomposition géopolitique et économique.
NB : Pour les données relatives à la coopération Inde-Afrique, l’auteur remercie vivement l’ambassade de l’Inde à Alger pour les informations fournies.

