Au Gabon, la Task-force présidentielle sur la dette intérieure a validé 726,33 milliards de FCFA (près d’1,3 milliard USD) de dettes moratoires. A l’analyse, cette décision marque un tournant majeur dans la gestion des finances publiques au pays. Face aux réclamations insistantes des partenaires économiques, cette opération est une réponse à une exigence de transparence budgétaire. Elle envoie un signal ambivalent aux marchés financiers de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), mêlant clarification comptable et inquiétudes sur la soutenabilité de la dette.
Avec un encours de dette intérieure désormais porté à 4 345,7 milliards de FCFA (environ 7,6 milliards USD), en hausse de près de 47% sur un an, le Gabon voit sa structure d’endettement profondément modifiée. Cette progression ne traduit pas une nouvelle stratégie d’emprunt agressive, mais l’intégration d’engagements jusque-là non reconnus. Pour les investisseurs régionaux, notamment les banques et sociétés de gestion actives sur le marché des titres publics, « cette démarche améliore la lisibilité du risque souverain, condition essentielle à toute décision d’investissement rationnelle ».
Cependant, la hausse concomitante des arriérés de paiement, estimés à 437,47 milliards de FCFA (environ 770 millions USD) à fin novembre 2025, renforce la prudence. Dans un environnement régional marqué par des tensions de liquidité et une forte exposition bancaire aux États, ces arriérés peuvent peser sur la capacité du Gabon à honorer ses obligations à court et moyen terme.
Marché des titres publics : entre regain de crédibilité et prime de risque accrue
Sur le marché régional des titres publics de la CEMAC, la reconnaissance officielle des dettes intérieures constitue, à moyen terme, un facteur positif. Elle réduit l’incertitude juridique et comptable autour des engagements de l’État et pourrait faciliter un retour progressif de la confiance des investisseurs institutionnels. À ce titre, le Gabon se positionne dans une logique de normalisation, en phase avec les exigences des bailleurs et des agences de notation.
À court terme toutefois, l’impact pourrait être moins favorable. Le service de la dette intérieure, projeté à plus de 1.300 milliards de FCFA (environ 2,3 milliards USD) en 2025, risque d’accroître les besoins de refinancement du Trésor. Cette pression supplémentaire pourrait se traduire par une hausse des rendements exigés sur les émissions de bons et obligations du Trésor, affectant l’ensemble de la courbe des taux régionale par effet de contagion.
Pour les marchés financiers de la sous-région, le cas gabonais illustre un dilemme récurrent : la transparence budgétaire est indispensable à la crédibilité, mais elle peut, à court terme, révéler des fragilités susceptibles de renchérir le coût du financement. La capacité du Gabon à transformer cette clarification en un plan crédible d’apurement et de discipline budgétaire sera déterminante pour stabiliser la perception du risque souverain dans la CEMAC.
Gabon : les moratoires sur la dette intérieure, un signal contrasté pour les marchés régionaux

Bernard Bangda
Bernard Bangda est un journaliste camerounais, spécialisé dans l’investigation et passionné d'économie, des questions d'insécurité transfrontalière, de criminalité environnementale et de changement climatique. Il compte plus de 20 ans dans la pratique du journalisme. Il apporte fraîcheur et originalité grâce à des sujets inédits ! Journaliste web depuis 10 ans, il a rédigé plus de 500 articles pour plusieurs médias en ligne.
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