RDC: les dessous de la nomination de Modeste Bahati

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Modeste Bhati a 30 jours devant lui pour clarifier la majorité parlementaire.

Par Rodrigue Fénelon Massala, grand reporter.


En République Démocratique du Congo (RDC), l’année 2021 débute par un acte politique de grande portée qui constituera un tournant dans le processus amorcé par le président Félix Tshisekedi dans la perspective de la construction de sa nouvelle orientation politique articulée autour de “l’Union Sacrée”.

En effet, le chef de l’Etat Congolais Felix Tshisekedi a désigné dans une ordonnance publique lue à la télévision à l’aube du 1er janvier 2021, le senateur Modeste Bahati comme “informateur”. Le leader de l’ Alliance des Forces Démocratiques du Congo (AFDC) aura la lourde mission d’identifier la nouvelle majorité parlementaire au sein de la chambre basse du parlement de la RDC après la rupture de la coalition Cach -FCC. Désigné, Modeste Bahati dispose constitutionnellement de 30 jours pour identifier la majorité.

Au regard de ce qui précède, il sied de noter que le choix porté sur Modeste Bahati, actuellement sénateur , a été motivé selon nos sources par le caractère pondéré de l’homme qui est très intégré à la fois au sein du microcosme politique congolais d’une part et de la société civile congolaise d’autre part. Professeur d’ économie à l’université de Kinshasa, syndicaliste sous l’ ère Mobutu, il se fit remarquer à la conférence nationale au début des années 90. A l’époque, il épousait la même vision que feu Étienne Tshisekedi, père du président congolais actuel, qui dirigeait en son temps le regroupement politique dénommé “Union Sacrée”.

Au sortir des accords de Sun City et des élections de 2006, Modeste Bahati est élu député et désigné questeur de l’assemblée nationale dans le bureau présidé alors par Vital Kamerhe, (ancien directeur de cabinet du président Félix Tshisekedi, actuellement incarcéré dans le cadre du procès des 100 jours), après son passage à l’assemblée nationale.

Plusieurs fois ministre sous l’ ère Mobutu et de Joseph Kabila dont-il fut l’inamovible ministre de l’Economie et du Budget, Modeste Bahati, natif du Maniema, dans l’Est de la RDC, est un vieux routier de la politique congolaise connu pour sa discrétion et sa culture du silence. Selon nos informations, ce politicien au sang froid aurait pu au lendemain de l’investiture de Felix Tshisekedi à la tête de la RDC , être nommé Premier ministre car disposant de plusieurs soutiens au sein du Front commun pour le Congo (FCC) avant son shisme avec Kabila, et bénéficiant de la confiance du chef de l’Etat Felix Tshisekedi. Ce dernier lui sait gré d’être un des premiers leaders politiques de poids à adhérer à sa vision de la création de l’Union Sacrée dont l’objectif premier demeure l’intérêt supérieur de la nation face aux blocages et aux dysfonctionnement constatés au sein de la coalition Cach-FCC.

Au vu du contexte tendu, Modeste Bahati mènera une mission à la fois tactique et stratégique dans le cadre politique. L’homme politique devra dans 30 jours indiquer au chef de l’Etat la véritable majorité parlementaire afin de permettre à ce dernier de désigner un nouveau premier ministre. La nouvelle alliance Tshisekedi Bahati Katumbi Bemba a désormais un challenge à relever, celui de constituer une majorité confortable solide et responsable. La tâche s’avère difficile car du côté du sénateur à vie Josph Kabila et de son FCC, l’on a affûte également les stratégies.

Le choix de Modeste Bahati s’est effectué après les rencontres entre Felix Tshisekedi et Jean Pierre Bemba d’une part et entre le président Tshisekedi et Modeste Bahati d’autre part. Selon les sources exclusives de Financial Afrik, Bahati a eu plusieurs entretiens hors caméra avec le chef de l’Etat. Il a aussi le soutien décisif de plusieurs chefs d’Etat africains. Certes, la chute du Bureau de Jeanine Mabunda a quelque peu bouleversé l’équilibre au sein du parlement mais, selon les observateurs, ce déboulonnage n’est pas un indicateur décisif. C’est un secret de polichinelle, Mabunda ne faisait plus l’unanimité au sein de sa propre formation politique. La nouvelle donne a toutefois bousculé le camp FCC de Joseph Kabila. Cependant, il faudra rester “lucide et prudent”, souligne un diplomate en poste à Kinshasa.

Au regard de tout ce qui précède, force est de constater que l’agenda politique 2021 fixé par Felix Tshisekedi sera riche en rendez-vous. Le premier test politique se jouera lors de la désignation du prochain bureau de l’assemblée. L’Union Sacrée prônée par le président Tshisekedi est une main tendue qui va au-delà des clivages politiques.C’est dans cette perspective politique que l’informateur Modeste Bahati mènera contre vents et marées la mission qui lui a été confiée par le chef de l’Etat de la RDC. Bahati a une obligation de résultat dans la cohésion.

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