Togo, un hub des affaires sous pression de la rue

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Loin de l’alarmisme des envoyés spéciaux de la presse main stream, Lomé vaque à ses occupations en attendant la prochaine manifestation. L’opposition compte organiser une nouvelle démonstration de force, les 20 et 21 septembre 2017. En attendant, l’avenue circulaire qui divise la ville en deux s’étire sous la canicule ordinaire, à peine adoucie par la bise de l’Atlantique.   Sur la même place où 72 heures plutôt, les 6 et 7 septembre, des milliers de personnes s’étaient réunies pour réclamer le retour à la constitution de 1992, avant d’être dispersés à coup de gaz lacrymogène, règne la même scène ordinaire d’une Afrique informelle, commerçante et résiliente.
Et pendant que les marchands ambulants surveillent leurs échoppes, en comptant le manque à gagner accumulé depuis le début des manifestations politiques, le 19 août (évalués à 1,5 milliards de FCFA  par jour en ce qui concerne les recettes de l’Etat), le parlement togolais continue, lui,  d’être le théâtre d’ âpres négociations. Le blocage des pourparlers est d’autant plus étonnant que le pouvoir et l’opposition semblent rechercher le même but.
Le même but ou presque. Le premier a déposé un projet d’amendement constitutionnel devant la Commission des lois constitutionnelles. Le deuxième  s’arc-boute sur la constitution de 1992 qu’il voudrait faire appliquer à la lettre. Quand le parti au pouvoir, Unir, propose le principe de la limitation de mandat et d’un scrutin présidentiel à deux tours, la coalition des 14 partis d’opposition exige avant tout la rétroactivité de la loi.  
 
Et dans ce bras de fer constitutionnel, une phrase semble résumer les divergences entre les uns et les autres: “En aucun cas, nul ne peut faire plus de deux mandats”.   Cette anicroche glissée il y a 25 ans pour barrer la route au général Gnassingbé Eyadéma est aujourd’hui déterrée pour empêcher le présidentiel actuel, Faure Gnassingbé, de se représenter dans le cadre d’une nouvelle constitution.
En clair, la tentation du rapport de force semble l’emporter sur l’option de la réforme négociée.   Et pourtant, au delà de l’unité de façade brandie lors des marches, l’on sent une féroce guerre de positionnement entre les différents leaders de l’opposition. Drapé dans sa sacralité de chef de l’opposition, Jean Pierre Fabre, président de l’Alliance nationale pour le changement (ANC) à qui une certaine presse reprochait – à raison peut être, d’avoir perdu de son hargne, assiste avec inquiétude à la montée en force de Tikpi Salifou Atchadam. Le leader du Parti national panafricain (PNP), véritable chouchou des médias, a éclipsé tous les autres avec son discours simple, plus porté sur le rapport de force (y compris par la rue) que par les tractations politiques à lesquelles il ne croit pas.
En dépit de la surechère médiatique entre les différents protagonistes, les tractations se poursuivent. L’opposition qui craint une nouvelle fois de tomber dans les divisions (quasi-inévitable au vu de ses 113 partis) d’antan avance en rangs serrés.
Les journées de lundi, mardi et mercredi prochains seront décisives pour un accord politique qui préservera un pays trop focalisé dans ses contradictions internes au point d’oublier qu’il est, en fait, au centre des grandes rivalités entre le monde arabe et Israël et des guerres d’influence entre divers intérêts. En témoigne le report sine die du sommet Israël-Afrique. Hub de l’Afrique de l’Ouest et siège e nombreuses institutions financières régionales, le Togo qui s’est relevé de 15 ans d’embargo, n’a pas le choix : il doit continuer à aller de l’avant en étoffant ses dispositions fiscales favorables à l’installation des grands groupes, en veillant à atténuer les inégalités et en transformant ses performances macroéconomiques en emplois et en revenus au profit de la jeunesse et de ses 7,6 millions habitants.

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