Le débat sur le franc CFA, un sujet d’abord politique avant d’être technique, a connu ces derniers jours, de nouveaux développements avec l’arrestation, le vendredi 25 aout 2017, de M Kémi Séba, de son vrai nom Gilbert Robert CAPO CHICHI, pour avoir brûlé volontairement et publiquement, une coupure de cette monnaie. Je lis depuis, beaucoup de commentaires sur cette affaire.

Pour ma part, je pense qu’il faut dissocier et ne pas placer sur le même plan, les interrogations de populations ou d’experts de bonne foi sur le système franc CFA, des agissements de quelqu’un qui commet un coup d’éclat en violation des lois en vigueur au Sénégal et devra en répondre devant les Tribunaux.

La quasi totalité des commentaires fait de Kémi Séba, une victime de la BCEAO et de la France. Il n’en est rien. Si cela n’avait pas été la BCEAO, l’Etat du Sénégal aurait pu déclencher une action publique contre M. Kémi Séba. A ce stade de la procédure, ce dernier est  présumé avoir violé la loi en brûlant le billet de franc CFA. Il savait, et il l’a reconnu lui-même, qu’en commettant cet acte, il s’exposait aux rigueurs de la loi. Laissons donc la justice faire son travail en toute indépendance et encore une fois, le vrai débat est celui des questions sur l’efficacité du système franc CFA, de ses avantages et coûts mais également et surtout, de l’indispensable comparaison à faire avec tout autre système par lequel on le remplacerait.

L’opportunité du maintien ou non du franc CFA et de ses mécanismes est un sujet sérieux qui mérite des analyses rigoureuses et, si nécessaire, des décisions responsables. Comme tout système, celui du franc CFA a ses avantages et ses inconvénients que seule une évaluation scientifique permettrait d’établir. J’aime à croire en toute logique, que si les responsables politiques et les gestionnaires du franc CFA ne trouvent pas nécessaire de le rejeter, c’est que dans leur majorité, ils considèrent aujourd’hui que le résultat de cette évaluation est avantageux pour les pays et les populations ayant cette monnaie en partage. Le jour où ils seront convaincus du contraire, ils n’attendront personne pour agir. Ils savent aussi que comme tout système, celui du franc CFA est, par définition, perfectible et ils y travaillent certainement à l’abri de toute agitation. Voilà sans doute leur position que le profane que je suis peut comprendre.

En face, il y a les critiques et les contempteurs du franc CFA. La question du franc CFA n’est pas un sujet tabou et il ne peut pas être ouvert de procès en sorcellerie à l’encontre de quiconque voudra l’aborder. A l’ère de la transparence et de la détermination des peuples à interroger les politiques publiques, il est légitime que des réflexions s’engagent sur la pertinence actuelle de ce mécanisme. Ces réflexions doivent cependant être sérieuses et crédibles. Au-delà des analyses inachevées ou non approfondies, des polémiques et de l’exaltation de sentiments nationalistes, il est indispensable que les critiques du système actuel portent à la connaissance du public, des études scientifiques sur le système alternatif qu’ils proposent et des analyses comparatives des avantages et coûts de ce système et celui du franc CFA. Cette approche sera plus constructive et éclairera davantage l’opinion. Le danger d’une démarche inaboutie est de tromper ou d’induire en erreur des populations de bonne foi et de faire le lit des activistes et personnes mal intentionnées de tous bords. Quand des intellectuels échouent à démontrer le bien fondé de leurs réflexions, ils offrent l’opportunité aux fanatiques de commettre un acte aussi extrémiste que celui de M Kémi Séba.

Pour finir, je voudrais appeler notre responsabilité collective et en particulier, les différents penseurs et la jeunesse africaine à savoir raison garder sur ce débat autour du franc CFA. Le franc CFA n’est pas la panacée à tous les problèmes de nos pays. D’autres  réformes et actions importantes sont sans aucun doute nécessaires pour développer nos économies, répondre efficacement aux demandes (emploi, santé, éducation, .etc.) et améliorer le niveau de vie des populations. Ces problématiques vont au delà du franc CFA qui ne doit pas être considéré comme le bouc émissaire. Arrêtons de crier haro sur le baudet.

Modibo Kéita