Alors que les États-Unis affichent leur volonté de renforcer leur influence en Afrique, leur présence diplomatique sur le continent reste incomplète, estime Greg Tosi, avocat et lobbyiste basé à Washington. Dans plus de 40 pays africains, constate-t-il, Washington ne dispose pas d’ambassadeur confirmé, y compris dans plusieurs États clés sur les plans économique, sécuritaire et politique. Cette situation dépasse la seule question administrative, et affecte la capacité des États-Unis à entretenir un dialogue de haut niveau, à accompagner les investissements et à défendre durablement leurs intérêts, indique l’auteur de cette tribune.
Par Greg Tosi
Les États-Unis cherchent à étendre leur influence en Afrique alors même que leur présence diplomatique sur le continent s’amenuise de façon notable.
Plus de 40 pays africains seraient actuellement dépourvus d’un ambassadeur des États-Unis confirmé par le Sénat. Ces postes vacants concernent certaines des plus grandes économies du continent, ses partenaires les plus importants en matière de sécurité ainsi que plusieurs théâtres diplomatiques majeurs : le Nigeria, le Kenya, la République démocratique du Congo, l’Égypte, la Libye, le Soudan, le Ghana, le Sénégal, la Tanzanie et la Côte d’Ivoire.
Il ne s’agit pas simplement d’une question de gestion du personnel américain : cette situation a des conséquences directes pour les gouvernements, les entreprises et les institutions régionales africaines.
Les ambassades américaines continuent de fonctionner sous la direction de chargés d’affaires expérimentés et de diplomates de carrière, dont beaucoup accomplissent un travail remarquable. Toutefois, un chargé d’affaires ne bénéficie pas toujours, aux yeux du gouvernement hôte, de la même autorité politique, du même mandat présidentiel ni du même accès qu’un ambassadeur confirmé. Cette distinction revêt une importance particulière lorsque les décisions en jeu touchent à la sécurité nationale, aux investissements majeurs, aux concessions minières, au financement d’infrastructures, aux négociations sur la dette ou encore aux relations avec la Maison Blanche.
La pénurie actuelle de diplomates américains s’explique par plusieurs facteurs. Les ambassadeurs nommés pour des raisons politiques quittent généralement leurs fonctions après un changement d’administration. L’administration Trump a également rappelé un nombre important d’ambassadeurs de carrière, dont plus d’une douzaine en poste en Afrique. Parallèlement, les nominations de remplaçants ainsi que les confirmations par le Sénat ont progressé lentement.
Washington recourt de plus en plus à des conseillers présidentiels de haut rang et à des envoyés spéciaux, tels que Massad Boulos, pour mener des négociations de haut niveau en Afrique. Cette approche peut produire des résultats. Les États-Unis ont joué un rôle important dans les négociations entre la RDC et le Rwanda, et les envoyés spéciaux peuvent souvent se déplacer rapidement d’une capitale à l’autre tout en bénéficiant d’un accès direct aux présidents.
Toutefois, la diplomatie des envoyés ne saurait se substituer à une représentation diplomatique permanente. Si un envoyé en visite peut négocier un accord, c’est à l’ambassadeur en poste qu’il incombe d’en assurer la mise en œuvre. Celui-ci dispose des moyens nécessaires pour maintenir un contact quotidien avec les administrations locales, suivre l’évolution de la situation sécuritaire, coordonner les agences américaines, soutenir les négociations commerciales et veiller à ce que les engagements perdurent au-delà de la cérémonie de signature.
Pour l’économie africaine et le développement des entreprises, l’absence d’ambassadeurs américains soulève deux problèmes concrets.
Premièrement, elle freine les investissements américains dans les pays africains. Les entreprises américaines qui s’implantent sur les marchés africains ont souvent besoin de l’appui de l’ambassade pour organiser des réunions ministérielles, résoudre des différends réglementaires ou se positionner sur des marchés publics. Un ambassadeur parvient souvent à capter l’attention des autorités locales là où les agents techniques de l’ambassade n’y parviennent pas.
Deuxièmement, il est nécessaire de mettre en place des mécanismes d’engagement structurés qui ne dépendent pas exclusivement de la présence d’un ambassadeur. Les ministères africains des Affaires étrangères, du Commerce et des Finances devraient instaurer des dialogues stratégiques réguliers avec les chargés d’affaires américains, les bureaux compétents du département d’État, les membres du Congrès et les associations professionnelles américaines. Ces échanges devraient porter sur les projets d’investissement en préparation, les obstacles réglementaires, les grands projets d’infrastructure et les opportunités offertes aux entreprises américaines. Les ambassades africaines à Washington devraient également renforcer leurs relations directes avec le Congrès, la Development Finance Corporation, l’Export-Import Bank et les acteurs du secteur privé.
Ces mesures ne sauraient se substituer entièrement à la nomination d’ambassadeurs titulaires, mais elles peuvent éviter que les vacances de postes diplomatiques ne se traduisent par un recul sur le plan commercial.
L’Afrique occupe désormais une place centrale dans la compétition mondiale pour les minerais, l’énergie, la technologie, la logistique et la sécurité. Washington ne peut prétendre de manière crédible que le continent constitue une priorité stratégique tout en laissant autant d’ambassades sans direction permanente.
Les gouvernements africains devraient continuer d’exhorter les États-Unis à faire en sorte que leurs ambitions se traduisent par une présence diplomatique à la hauteur. Sur la scène internationale, l’influence n’appartient pas seulement au pays porteur du message le plus puissant, mais aussi à celui dont les représentants sont systématiquement présents autour de la table.

![L’Afrique ne peut se permettre une Amérique sans ambassadeurs [Tribune]](https://www.financialafrik.com/wp-content/uploads/2026/07/Greg-Tosi-337x600.png)