À l’occasion du lancement du deuxième Social Bond d’AFINHAB, anciennement CRRH-UEMOA, Madame Astou DIOP SENE, Directrice Générale de Finance Gestion et Intermédiation (FGI), revient sur les enjeux de cette opération. Cette émission de 40 milliards FCFA marque une nouvelle étape dans le développement de la finance durable dans l’UEMOA. En tant qu’arrangeur de cette émission, aux côtés de Société Générale Capital Securities West Africa, FGI livre son analyse des mutations du marché, des exigences croissantes des investisseurs et des perspectives qu’ouvre cette nouvelle levée de fonds.
Madame DIOP SENE, pourquoi cette opération d’AFINHAB revêt-elle une importance structurante pour le marché régional ?
Cette opération illustre plusieurs avancées majeures. D’abord, il s’agit de la deuxième émission de ce type pour AFINHAB, confirmant la solidité du modèle et l’essor de la finance durable dans la région. Ensuite, avec une émission qui porte à 100 milliards FCFA le montant levé par ce programme de l’émetteur, une notation AAA attribuée à l’institution par Bloomfield et une note SQS1 accordée par Moody’s à son programme d’émission, AFINHAB s’impose comme un émetteur de référence sur le marché régional. Enfin, et c’est crucial, cette opération démontre que le marché des capitaux régional a la capacité d’absorber des émissions de qualité, structurées avec rigueur. Cela crée un effet de démonstration ; d’autres institutions verront qu’il est possible de lever des fonds importants avec de bonnes notations.
Comment évaluez-vous l’évolution du marché des obligations sociales en Afrique de l’Ouest ?
Le marché a considérablement mûri ces dernières années. Nous voyons une diversification des investisseurs, une amélioration de la liquidité, une meilleure compréhension des instruments financiers. Mais surtout, nous observons un changement qualitatif. En effet, les investisseurs ne cherchent plus seulement la performance financière. Ils veulent contribuer au développement. La taxonomie AMF-UMOA, publiée en mars 2024, a créé un cadre de référence qui rassure les investisseurs et facilite la structuration des opérations.
Quelles sont les attentes actuelles des investisseurs institutionnels ?
Les attentes ont évolué. Historiquement, les investisseurs cherchaient avant tout la sécurité et le rendement. Aujourd’hui, ils demandent trois choses : d’abord, une qualité de signature incontestable — d’où l’importance de la notation AAA d’AFINHAB. Ensuite, une transparence totale sur l’impact social. Enfin, une liquidité garantie — la double cotation prévue sur la BRVM et la bourse de Luxembourg assure cela. Ces trois éléments font de cette opération une réponse parfaite aux attentes actuelles.
Quelle est la profondeur réelle du marché régional des capitaux ?
Le marché a la profondeur nécessaire pour absorber des opérations de qualité. FGI, depuis son lancement en 2019, a mobilisé en moyenne une centaine de milliards FCFA par an en placements. Cela démontre la capacité du marché à lever des fonds importants. Mais cette profondeur dépend de la qualité des opérations. Les investisseurs régionaux et internationaux sont attentifs à la solidité des émetteurs et à la clarté des projets financés. AFINHAB, avec sa notation, son impact social démontré et sa gouvernance rigoureuse, attire à la fois les investisseurs régionaux et les investisseurs internationaux.
Quel rôle les arrangeurs jouent-ils dans la structuration d’une telle opération ?
Notre rôle se présente sous plusieurs facettes. D’abord, nous travaillons avec AFINHAB pour optimiser la structure : montant, taux, durée, mécanismes de sécurisation. Ensuite, nous assurons la conformité réglementaire auprès de l’AMF-UMOA. Puis, nous mobilisons notre réseau d’investisseurs. Enfin, nous contribuons à mettre en valeur la qualité de signature d’AFINHAB auprès des investisseurs. C’est un travail qui reflète la confiance mutuelle entre AFINHAB et ses arrangeurs.
Comment le logement abordable s’inscrit-il dans les priorités d’investissement actuelles ?
Le déficit de logements dans l’UEMOA est structurel et s’aggrave avec la croissance démographique. Les investisseurs comprennent que financer le logement abordable, c’est investir dans la stabilité sociale. Cette opération contribue directement aux Objectifs de Développement Durable des Nations Unies (ODD 1, 10 et 11). C’est un argument puissant pour les investisseurs responsables.
Quelles perspectives voyez-vous pour le marché régional après cette opération ?
Cette opération crée un effet de démonstration majeur. Cela ouvrira la voie à d’autres émissions de qualité et contribuera au développement du marché régional. Nous voyons également une convergence progressive entre les standards africains et les standards internationaux. Le marché des capitaux régional est en train de basculer vers une nouvelle phase de maturité et d’attractivité.

