evier discret mais déterminant du financement du développement, l’assurance revient au centre des priorités des bailleurs internationaux. Présente aux premiers États généraux de l’Assurance pour Tous organisés à Cotonou, la Société financière internationale (IFC), branche du Groupe de la Banque mondiale dédiée au secteur privé, affiche clairement son ambition : accélérer l’inclusion assurantielle en Afrique en combinant financements, accompagnement technique et réformes structurelles. Invité du plateau spécial de Financial Afrik, Vincent Arthur Floreani, responsable pays de l’IFC au Bénin, détaille la stratégie de l’institution et les perspectives d’un secteur encore largement sous-exploité.
Pour l’IFC, l’assurance ne constitue pas un simple segment des services financiers. Elle est un instrument de développement économique à part entière. « Notre mission est d’éradiquer la pauvreté et de promouvoir une croissance inclusive et durable. Dans ce cadre, l’assurance joue un rôle essentiel », explique Vincent Arthur Floreani.
Le responsable de l’IFC identifie trois fonctions majeures de l’assurance. La première consiste à protéger les ménages et les entreprises contre les chocs susceptibles de faire basculer des millions de personnes dans la pauvreté. La deuxième relève de la protection sociale, notamment à travers les couvertures santé, prévoyance ou retraite, qui améliorent durablement les conditions de vie des populations. Enfin, l’assurance constitue un puissant mécanisme de mobilisation de l’épargne de long terme au service du financement des économies.
Cette vision se traduit par des engagements financiers significatifs. Au cours des vingt dernières années, l’IFC a investi près de 2,5 milliards de dollars dans des compagnies d’assurance à travers le monde, dont environ un milliard de dollars en Afrique. Parmi les groupes accompagnés figurent notamment Activa en Afrique centrale ou encore AXA en Égypte.
Mais l’institution ne limite plus son action aux seuls financements. Elle met désormais l’accent sur l’accompagnement des transformations structurelles du secteur.
Depuis deux ans, l’IFC accompagne ainsi la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines (FANAF) dans la mise en place de son Observatoire de l’assurance inclusive, avec un axe particulièrement novateur consacré à l’égalité femmes-hommes.
Selon Vincent Arthur Floreani, les travaux réalisés mettent en évidence un potentiel économique largement sous-estimé. « Nous estimons qu’environ 1 700 milliards de dollars de marchés additionnels pourraient être captés si les produits d’assurance répondaient davantage aux besoins spécifiques des femmes et si leur accès aux services était renforcé. »
L’enjeu dépasse la seule clientèle féminine. Les études soutenues par l’IFC montrent également que la gouvernance du secteur reste insuffisamment diversifiée. À peine 16 % des directions générales des compagnies d’assurance africaines sont aujourd’hui occupées par des femmes, contre une moyenne mondiale proche de 30 %.
Or, selon les analyses présentées lors des États généraux, une meilleure représentation féminine dans les instances dirigeantes pourrait améliorer la rentabilité des compagnies jusqu’à près de 30 %.
L’Observatoire mis en place avec la FANAF ambitionne désormais de transformer ces constats en actions concrètes, en favorisant à la fois l’innovation produit, le partage de données sectorielles et la diffusion des bonnes pratiques.
Pour l’IFC, l’avenir de l’assurance africaine ne dépend pas uniquement des capacités financières des assureurs. Il repose également sur la qualité de l’écosystème.
« Il y a certes besoin de financer les compagnies d’assurance, mais aussi de les accompagner dans leur transformation. Et, au-delà, il faut structurer l’ensemble de l’écosystème », souligne Vincent Arthur Floreani.
Dans cette architecture, la FANAF apparaît comme un partenaire stratégique capable de fédérer les différents acteurs et de porter les réformes nécessaires à l’échelle régionale.
Le responsable de l’IFC insiste également sur la complémentarité des institutions internationales présentes à Cotonou. Aux côtés de la Banque africaine de développement, du PNUD et d’autres partenaires techniques et financiers, l’objectif est de construire une approche coordonnée plutôt que concurrentielle.
Le message adressé aux bailleurs est clair : approfondir le marché africain de l’assurance suppose de conjuguer plusieurs leviers simultanément. D’abord, développer des produits mieux adaptés aux réalités des populations. Ensuite, accompagner les compagnies dans leur modernisation, tant sur les aspects financiers que techniques. Enfin, renforcer les institutions sectorielles capables d’organiser durablement le marché.
« Plus les populations sont couvertes, plus l’assurance devient efficace, accessible et abordable », résume Vincent Arthur Floreani, plaidant pour une coopération renforcée entre tous les partenaires du secteur.
À Cotonou, où les États généraux de l’Assurance pour Tous ont placé l’inclusion au cœur des débats, l’IFC confirme ainsi son intention de faire de l’assurance un véritable outil de résilience économique, de réduction des inégalités et de mobilisation de capitaux au service du développement africain. Derrière les chiffres des investissements engagés se dessine une conviction partagée : sans un marché assurantiel plus profond, plus inclusif et mieux structuré, le financement durable du développement africain restera incomplet.

