Alors que l’inflation est retombée à 0,0 % en moyenne dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine en 2025, la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’ouest (BCEAO) estime, dans un rapport publié ce mercredi 24 juin, que plusieurs pays de la zone demeurent plus vulnérables qu’ils n’y paraissent à un regain des tensions sur les prix. Dans son rapport annuel sur l’évolution des prix à la consommation, l’institution régionale basée à Dakar (Sénégal) souligne que la décrue observée l’an dernier ne gomme pas les fragilités structurelles liées à l’insécurité, aux chocs agricoles et aux tensions extérieures, qui pourraient raviver les pressions inflationnistes dès 2026 et 2027.
Parmi les pays les plus exposés figure d’abord le Mali, qui affiche déjà en 2025 le taux d’inflation le plus élevé de l’Union, à 2,3 %, malgré un recul par rapport à 2024. Selon les projections de la BCEAO, ce niveau resterait stable en 2026 comme en 2027, ce qui place le pays durablement dans le haut du classement régional. Dans le scénario pessimiste, l’inflation malienne pourrait même atteindre 3,0 % en 2027, à la limite supérieure du critère communautaire de convergence.
Le Niger apparaît également comme un point de vigilance majeur. Certes, le pays a enregistré en 2025 une forte baisse des prix, avec une inflation de -4,7 %, après le pic de 9,1 % observé en 2024. Mais cette détente tient en partie à un effet de base. La Banque centrale avertit qu’une remontée reste probable, dans un contexte marqué par la baisse de la production céréalière de 10,8 % durant la campagne 2025/2026 et par la persistance de l’insécurité, qui perturbe les circuits d’approvisionnement. En scénario défavorable, l’inflation nigérienne pourrait elle aussi culminer à 3,0 % en 2027.
Le Sénégal se distingue pour sa part comme le seul pays de l’Union où la dynamique des prix s’est accélérée en 2025, passant de 0,8 % à 1,4 %. La BCEAO projette ensuite une inflation de 2,2 % en 2026 puis 2,1 % en 2027. Cette évolution s’explique notamment par les tensions sur les céréales après une forte baisse de la production lors de la campagne 2024/2025, mais aussi par les effets de la demande intérieure et l’évolution des prix administrés.
Derrière ce trio, le Burkina Faso, le Bénin, la Guinée-Bissau et le Togo restent également sous surveillance. Dans le scénario pessimiste retenu par la BCEAO pour 2027, ces pays verraient l’inflation grimper à 2,8 %, contre 2,7 % pour le Sénégal et 2,5 % pour la Côte d’Ivoire.
Pour l’ensemble de l’UEMOA, la remontée attendue des prix serait alimentée par les tensions géopolitiques mondiales, la hausse potentielle des coûts du fret et de l’énergie, ainsi que par les aléas climatiques. La bataille contre l’inflation – établie à -0,2 % au premier trimestre 2026, après -0,8 % au trimestre précédent – est donc loin d’être définitivement gagnée, même si la zone a retrouvé une forme d’accalmie en 2025.
Inflation : le Mali, le Niger et le Sénégal parmi les pays les plus exposés à une remontée des prix dans l’UEMOA

Nephthali Messanh Ledy
Rédacteur en chef de Financial Afrik. Basé à Lomé (Togo), Nephthali Messanh Ledy est diplômé en Journalisme, en Commerce International et en Marketing Communication. Passionné de l’actualité internationale, outre l'économie et les finances africaines.
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