En fonction depuis le 1er février 2026 à la tête du bureau régional d’Abidjan de la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO, ce financier au parcours international revient sur les leviers qu’il entend activer pour renforcer l’impact de l’institution dans six pays d’Afrique de l’Ouest Côte d’Ivoire, Sénégal, Gambie, Burkina Faso, Cap-Vert et Guinée. Entre structuration de projets, montée en puissance des partenariats public-privé et mobilisation accrue des capitaux privés, il décline une feuille de route alignée sur la stratégie GRO (Croissance, Résilience, Optimisation), avec en ligne de mire une transformation économique durable et inclusive de la sous-région.
Pouvez-vous retracer votre parcours professionnel et expliquer en quoi vos expériences vous ont préparé à vos nouvelles fonctions de Directeur Régional du Bureau de la BIDC à Abidjan ?
Mon parcours professionnel au sein des secteurs public et privé, en Afrique, aux États‑Unis et au Canada, m’a permis d’acquérir les fondations stratégiques et techniques indispensables à l’exercice de mes fonctions de Directeur Régional du Bureau de la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO (BIDC) à Abidjan. Professionnel de la finance, j’ai évolué dans des domaines tels que la gestion des risques, le financement de projets, les marchés de capitaux, l’analyse de crédit et les partenariats public‑privé. J’ai développé ces compétences au sein de grandes institutions financières internationales, notamment JP Morgan Chase, Bank of America, Export Development Canada et la Société canadienne d’hypothèques et de logement.
Avant de rejoindre la BIDC, j’ai servi l’État du Sénégal en qualité de Directeur du financement et des partenariats public‑privé (PPP), et Coordonnateur de l’Unité PPP (UNAPPP). À ce poste, j’ai conduit et structuré le financement de projets structurants d’infrastructures et contribué à l’élaboration de stratégies nationales de développement. Cette expérience a renforcé ma connaissance des besoins des États membres ainsi que du rôle déterminant que peuvent jouer les institutions financières régionales de développement.
Par ailleurs, j’ai siégé aux Conseils d’Administration de plusieurs banques multilatérales, dont la Banque Islamique de Développement (BID) et la BOAD, une expérience qui a consolidé ma compréhension des enjeux de gouvernance institutionnelle et des priorités régionales de développement. Parfaitement bilingue (français‑anglais), je suis titulaire d’un Executive MBA de l’Université du Québec à Montréal, ainsi que de diplômes en finance et en administration des affaires obtenus à Franklin University, aux États‑Unis.
Dans mes nouvelles fonctions, je compte mettre à profit cette riche expérience pour renforcer la présence de la BIDC dans la région, développer des partenariats stratégiques et contribuer activement à la mission de la Banque en faveur d’un développement économique durable et inclusif au sein de l’espace CEDEAO.
Quelles sont vos priorités stratégiques pour le Bureau Régional d’Abidjan et pour les pays relevant de votre champ d’intervention ?
Le Bureau Régional de la BIDC à Abidjan supervise six pays que sont la Côte d’Ivoire, le Sénégal, la Gambie, le Burkina Faso, le Cap-Vert et la Guinée. La Banque a adopté en avril, un nouveau Plan stratégique quinquennal (2026‑2030), dénommé Stratégie GRO, acronyme de Growth (Croissance), Resilience (Résilience) et Optimisation. Les priorités stratégiques du Bureau Régional d’Abidjan s’inscrivent pleinement dans ce cadre de référence.
Au titre du pilier Croissance, le Bureau Régional d’Abidjan soutiendra des projets capables de stimuler une croissance économique inclusive et soutenue dans les États membres. S’agissant de la Résilience, une attention particulière sera accordée aux projets intégrant de solides critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), incluant la protection de l’environnement, la promotion de l’équité sociale et le renforcement des standards de gouvernance tout au long du cycle des projets.
Enfin, conformément au pilier Optimisation, le Bureau Régional veillera à améliorer l’efficacité opérationnelle, financière et procédurale de la Banque.
Ainsi, le Bureau Régional d’Abidjan va jouer un rôle clé dans la traduction concrète de la Stratégie GRO en résultats de développement tangibles au sein de la sous-région en soutenant notamment les plans de développement des pays sous sa supervision.
Dans un contexte ouest‑africain marqué par d’importants besoins de financement du développement, comment comptez‑vous renforcer l’impact des interventions de la BIDC sur le terrain ?
Comme indiqué précédemment, le nouveau Plan stratégique offre une feuille de route claire pour l’action de la Banque au cours des cinq prochaines années. Il revient désormais aux bureaux régionaux, notamment celui d’Abidjan, de concrétiser ces ambitions et d’en assurer la pertinence opérationnelle sur le terrain. L’impact de la Banque au cours des cinq dernières années est indéniable. La BIDC n’est plus une institution méconnue : sa visibilité et sa crédibilité se sont considérablement renforcées dans la sous-région. Nous entendons consolider cette dynamique en continuant d’investir dans les infrastructures, l’agriculture, l’industrie, les PME/PMI, les programmes sociaux et les projets alignés sur les critères ESG.
À l’avenir, nous élargirons notre présence géographique et sectorielle, tout en augmentant le volume de nos interventions afin d’amplifier notre impact sur le développement. Grâce à une expansion maîtrisée et à des interventions ciblées, la BIDC continuera d’être un acteur majeur de la transformation économique durable des États membres.
Quelle place accordez‑vous aux partenariats public‑privé et à la mobilisation des capitaux privés dans la stratégie régionale que vous souhaitez mettre en œuvre ?
La Banque a recours aux partenariats public‑privé (PPP) pour des raisons à la fois stratégique et pragmatique. Dans un contexte de hausse des niveaux d’endettement public dans la région, le recours à des mécanismes de financement innovants s’impose pour réaliser des infrastructures essentielles sans alourdir les finances publiques. Les PPP offrent une solution efficace, en réduisant, voire en éliminant, la nécessité pour les États de mobiliser des ressources budgétaires immédiates. Dans certains cas, la contribution des gouvernements peut se limiter à des apports non pécuniaires appropriés, tout en permettant la réalisation d’infrastructures structurantes sans compromettre la soutenabilité de la dette publique.
Fort de son pouvoir de mobilisation et de concertation, la BIDC est idéalement positionnée pour attirer et catalyser les capitaux privés en cofinancement de projets à fort impact socio‑économique. En élargissant le recours aux PPP et en favorisant l’investissement privé, la Banque continuera de jouer un rôle déterminant dans la promotion d’un développement durable au sein de la région.
Comment la BIDC peut‑elle mieux soutenir les PME, les infrastructures structurantes et les projets à fort impact social et économique ?
La BIDC reconnaît pleinement le rôle central des infrastructures et des Petites et Moyennes Entreprises (PME) dans la dynamique de croissance et de développement économique. C’est pourquoi ces secteurs figurent en bonne place parmi ses priorités de financement. À ce jour, près de 47 % du portefeuille de projets de la Banque est consacré au financement des infrastructures, tandis que plus de 700 millions de dollars américains ont été alloués au soutien des PME dans le cadre du plan stratégique en cours.
Consciente que les PME représentent environ 90 % du tissu entrepreneurial de la sous‑région et constituent la principale source d’emplois, la Banque poursuivra sa collaboration avec les banques commerciales locales afin d’améliorer l’accès au financement pour ces entreprises. Cette approche vise à renforcer la résilience et le dynamisme des économies des États membres.
Quelles synergies envisagez‑vous avec les gouvernements, le secteur privé et les institutions financières régionales et internationales afin de maximiser l’impact du développement dans la sous-région ?
Dans le domaine du financement du développement, la stricte concurrence cède progressivement la place à la « coopétition », combinaison de coopération et de compétition, à mesure que l’ampleur des déficits d’infrastructures et des besoins de développement devient plus manifeste. Aucun acteur, à lui seul, ne peut relever ces défis. Une collaboration accrue entre gouvernements, institutions financières de développement et secteur privé est donc indispensable. La BIDC entretient de longue date des partenariats étroits avec les États, les institutions financières de développement et les acteurs privés pour financer des projets structurants, animée par une ambition commune de réduction de la pauvreté et d’amélioration des conditions de vie des populations.
Le Bureau Régional d’Abidjan s’inscrira résolument dans cette dynamique, en renforçant la coordination entre les parties prenantes, de la structuration des projets à leur financement, en passant par l’assistance technique et le conseil. L’objectif demeure clair : maximiser l’impact des interventions et accélérer le développement durable de la sous‑région.

