Depuis le 20 avril 2026, Douala, la capitale économique du Cameroun, abrite une concertation sur la finalisation de l’avant-projet d’un code minier applicable à tous les six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Organisée par la Commission de la CEMAC, cette réunion s’engage dans une refonte stratégique de son cadre minier. Cadres des ministères des Mines de ces pays (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad) et parlementaires, auxquels se sont joints la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), la Commission de surveillance du marché financier (Cosumaf), la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale (BVMAC) et l’Institut sous-régional de la statistique et de l’économie appliquée (ISSEA) entendent de faire du fruit de leurs réflexions un instrument juridique capable de transformer l’attractivité du secteur extractif en Afrique centrale.
« La concertation régionale de Douala constitue une étape décisive vers l’harmonisation des règles minières au sein de la CEMAC », souffle un expert de l’ISSEA. Pour qui « le code minier en gestation entend créer un environnement juridique stable, lisible et compétitif, capable d’attirer des investissements miniers de long terme dans une région encore sous-exploitée ».
Pour un cadre du ministère camerounais des Mines, « le futur code minier communautaire vise d’abord l’alignement sur les standards internationaux ». Notre interlocuteur indique alors que « nous ne perdons pas de vue que la sécurité juridique, la protection des investissements et les mécanismes de règlement des différends constituent des signaux attendus par les investisseurs ».
Par ailleurs, à la Commission de la CEMAC, l’on s’attend à ce que cette convergence réglementaire réduise les disparités nationales. En effet, soutient un délégué centrafricain, « cette convergence limite l’arbitrage réglementaire et facilite la structuration de projets miniers transfrontaliers à forte intensité capitalistique ».
Pour les groupes miniers et les fonds spécialisés, l’enjeu est majeur. « Un cadre commun réduit les coûts de conformité et améliore la visibilité sur les rendements à moyen et long terme », se satisfait David Olama, un opérateur minier camerounais qui suit avec attention les travaux de Douala.
Pour renforcer l’attractivité des activités extractives en zone CEMAC, les participants tiennent à ce que le projet mette également l’accent sur la bonne gouvernance. En effet, soutient un acteur de la société qui exerce la veille citoyenne dans le secteur extractif en Afrique centrale, « transparence des titres miniers, traçabilité des flux financiers et obligations de redevabilité renforcent la confiance des partenaires financiers ».
Par ailleurs, l’on indique que « le code communautaire ambitionne de renforcer le pouvoir de négociation des États face aux multinationales, tout en sécurisant les contrats existants ». Cette approche équilibrée rassure les investisseurs institutionnels. Elle favorise des partenariats public-privé plus stables et mieux structurés dans l’exploitation minière. Le texte en préparation valorise aussi le contenu local. « Développement de l’ingénierie régionale, sous-traitance locale et montée en compétence de la main-d’œuvre deviennent des piliers économiques », déclare un cadre minier tchadien.
Pour le capital-investissement et les banques de développement, « ces orientations ouvrent des perspectives nouvelles en ce qu’elles facilitent le financement de chaînes de valeur minières intégrées ». À terme, l’harmonisation minière pourrait stimuler les marchés financiers régionaux. « Nous envisageons l’introduction en Bourse des sociétés minières, les émissions obligataires vertes et les financements structurés », admet un responsable à la BVMAC.
Au-delà du secteur extractif, le futur code minier CEMAC s’impose comme un catalyseur macroéconomique. Il positionne l’Afrique centrale comme une destination crédible pour les investissements miniers responsables.
Sauf qu’il reste une inconnue : le calendrier d’adoption. « Si celui-ci est respecté, la région pourrait transformer son potentiel géologique en moteur durable de croissance et de rentabilité pour les investisseurs internationaux », conclut un cadre de la BEAC.

