Environ 435 tonnes d’or échappent chaque année aux circuits formels en Afrique. Pour la seule Côte d’Ivoire, ce sont 142 tonnes d’or qui sortent des circuits officiels, engendrant un manque à gagner estimé à 4 600 milliards de francs CFA. Face à cette situation, l’État ivoirien déploie une stratégie articulée autour de trois axes : l’encadrement, la répression — avec plus de 7 000 sites illégaux démantelés — et la formalisation. Cette vision a été présentée en marge des réunions de printemps de la Banque mondiale en cours à Washington.
La vision de la Côte d’Ivoire, représentée par le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa Coulibaly, repose sur quatre piliers majeurs : le renforcement de la gouvernance, l’inclusion des communautés, la professionnalisation et l’optimisation de la chaîne de valeur, à travers des outils tels que la digitalisation du cadastre minier et la création d’un comptoir national d’achat.
À en croire Mamadou Sangafowa Coulibaly, l’expansion de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (EMAPE) s’accompagne d’une montée des flux illicites, dans un contexte marqué par des cours de l’or historiquement élevés. Pour la Côte d’Ivoire, qui ambitionne de devenir le premier producteur d’or d’Afrique à l’horizon 2030, l’enjeu consiste à transformer ce défi en levier de croissance économique, à travers une approche structurée présentée devant le G7, le World Gold Council et des investisseurs internationaux.
Sur le plan international, la Côte d’Ivoire souligne qu’aucune réponse strictement nationale ne peut suffire face à un marché mondialisé reliant l’Afrique de l’Ouest aux grandes centrales d’achat situées aux Émirats arabes unis, en Suisse ou en Inde. Le ministre plaide pour une coordination globale et une traçabilité renforcée, en s’inspirant du modèle du Processus de Kimberley, afin d’empêcher l’intégration de l’or illégal dans les chaînes de valeur formelles. Cette coopération doit également inclure une régulation stricte des intrants chimiques, notamment le mercure et le cyanure, dont les réseaux de circulation parallèles continuent d’alimenter les sites clandestins malgré les interdictions en vigueur.

